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Par défaut Langage et stylistique française

 

 

 

 



Langage et stylistique

Leçons de stylistique française
Par Mohamed Nabil Nahas Homsi Docteur d’État




Langage et stylistique : leçons de stylistique française

sommaire
- Avant-propos 3
- Introduction : qu’est-ce que la Stylistique ? 4 - Leçon 1 : Mots grammaticaux et mots lexicaux 6
- Leçon 2 : Les fonctions du langage 10
- Exercices 13
- Leçon 3 : Enoncé énonciation 16
- Exercices 19
- Leçon 4 : Les types de textes 22
- Exercices 25
- Leçon 5 : Les actes de langage 29
- Exercices 32
- Leçon 6 : Les registres de langue 34
- Exercices 39
- Leçon 7 : Péjoratifs et mélioratifs 45
- Exercices 51
- Leçon 8 : Sens propre et sens figuré 49
- Exercices 51 - Leçon 9 : Les figures de style 58
- Exercices 78
- Leçon 10 : Rhétorique des genres littéraires 82
- Exercices 91
- Leçon 11 : Les paroles rapportées 95
- Exercices 98
- Leçon 12 : Logique du discours : éléments d’analyse de l’argumentation 103
- Exercices 109
- Leçon 13 : Les sons 112
- Leçons 14 : Mesure et rythme 116
- Bibliographie 119





Avant-propos

Après avoir connu une période faste dans les années 50-60, apparaissant comme une discipline nouvelle, la stylistique s’est trouvée en retrait, dans les années 75-85, par rapport à l’explosion d’autres domaines, pour vivre depuis peu une sorte de renaissance, qui en fait désormais une discipline porteuse et novatrice, une discipline au croisement des « sciences » du langage et des « sciences » de la littérature.
Il est vrai qu’on ne peut rendre compte du sens d’un texte sans observer de manière rigoureuse l’objet qu’il constitue, un objet fait de mots organisés. C’est là qu’intervient la stylistique, car si les définitions de cette discipline - que certains refusent de considérer comme une science - sont divergentes, toutes admettent que son propos est l’analyse et l’interprétation des faits langagiers pour examiner, scruter, isoler et étudier les diverses composantes d’un texte. En effet, l’étude stylistique d’un texte implique une analyse grammaticale, linguistique, rhétorique de celui-ci. Toutefois, en raison de sa recherche d’interprétation, elle ne saurait se réduire à une grammaire appliquée ni même à une linguistique du texte.
Cet ouvrage propose une étude des instruments d’analyse permettant de repérer, de classer et surtout d’interpréter ces faits de langage. Les leçons dont il est composé ont été enseignées sous forme de cours polycopié pendant plusieurs années consécutives aux étudiants de licence à la Faculté de langues et de traduction de l’université Roi Saoud, ce qui a permis à leur auteur d’en mesurer l’efficacité et l’ a encouragé à prendre la décision de les faire publier. Si la rédaction du contenu remonte à plusieurs années, des modifications importantes et multiples y ont été apportées, à la lumière des constatations faites en cours de route, l’objectif final étant, bien entendu, de rendre la matière moins rebelle et plus accessible.
La plupart des leçons seront suivies d’exercices d’application multiples et variés. Mais il n’en va pas de même pour certaines autres, notamment celles qui sont consacrées à l’étude des sons, de la mesure et du rythme pour lesquelles nous avons jugé inutile de surcharger l’ouvrage d’exercices qui ne seront pas d’un grand secours à un public de futurs traducteurs. Si elles figurent ici c’est d’abord pour satisfaire les lecteurs passionnés de poésie, et ensuite parce qu’il est inconcevable qu’elles fassent défaut à une œuvre qui traite de la stylistique.
Nous espérons avoir pu atteindre l’objectif que nous nous sommes fixé en concevant cet ouvrage et souhaitons vivement qu’il puisse réponde aux attentes des lecteurs.




Introduction
Qu’est-ce que la stylistique ?
Le terme de style (du latin stilus=poinçon servant à écrire) est emprunté à l’antique instrument qui servait à marquer la cire des tablettes. Ce mot, qui a désigné dès le latin classique la manière d’écrire d’un individu, d’un écrivain, d’une école ou d’un genre, s’applique aujourd’hui à de nombreux domaines (on peut tout autant parler du style d’un fauteuil, d’un comportement, d’une vie que du style d’une oeuvre littéraire).
Pour l’ancienne rhétorique, le style, c’est le beau style, affaire d’ornements, de figures, donc d’enseignement. Cette orientation demeure dominante en France jusqu’à la fin du XVIIe siècle; on le définissait à l’époque comme «un je ne sais quoi». A partir du XVIIIe siècle, on tend de plus en plus à attribuer le style au génie personnel. Avec le romantisme, il devient la marque de l’individu, du groupe ou du genre dans l’utilisation du langage commun. Il faut attendre le début du XXe siècle pour que cette notion de style, marque de l’individualité du sujet dans le discours, soit épurée grâce à une discipline scientifique qui se donne le nom de stylistique et s’intéresse essentiellement aux objets linguistiques.
Qu’est-ce que la stylistique ? C’est l’étude scientifique de l’utilisation, à des fins expressives ou esthétiques, des ressources particulières d’une langue : elle a pour objet d’étudier la manière spécifique dont un écrivain use des constructions syntaxiques ou des relations de sens ou de forme existant entre les mots. On définit le style par référence à une norme comme un écart :
a. écart par rapport au code.
b. écart par rapport à un niveau non-marqué de la parole, sorte d’usage moyen «simple».
c. écart par rapport au style du genre dont l’œuvre fait partie, et qui constitue une sorte de langue établie préalablement (on peut étudier le style de Balzac, par exemple, à l’intérieur du style du roman).
Dans tous les cas, il s’agit d’étudier des effets de style sur fond de langue, celle-ci étant la somme des moyens d’expression dont nous disposons pour mettre en forme l’énoncé, alors que le style serait comme l’aspect et la qualité qui résultent du choix entre ces moyens d’expression. Ainsi, par exemple, si l’homme de la rue dit “je m’en souviens”, qui est une expression banale; l’homme cultivé choisit “je me le rappelle” exprimant la même chose avec une expression pédante. A ces deux expressions, le poète, lui, préfère l’expression poétique “il m’ en souvient”.
Le domaine du style est illimité, car tous les éléments et procédés d’expression, à quelque catégorie grammaticale qu’ils appartiennent, peuvent être objet de choix. Ainsi, la stylistique recouvre tout le domaine de la langue et l’étude de l’expressivité linguistique doit être faite en fonction des divisions traditionnelles de la grammaire: phonétique, morphologie, lexicographie, syntaxe, structure de l’énoncé. Soit la phrase suivante :
Je peux vous affirmer que c’est exact; mais il vaudrait peut-être mieux que ce ne le soit pas.
Telle personne, dans telle circonstance, prononcera: exa-c-t; telle autre, ou la même dans d’autres circonstances, dira exa; le ton et l’aspect de l’énoncé en seront modifiés, et l’auditeur en retiendra une impression différente.
Si, au lieu de je peux vous dites je puis la qualité de l’énoncé diffèrera : je peux relève du registre courant et familier tandis que je puis est accentué dans le sens de la distinction. Il y a ainsi une stylistique des formes.
On peut choisir entre ce et ça; le premier sera plus littéraire, le second très familier; cette fois c’est le vocabulaire qui est en jeu.
Fait-on varier la construction en employant, au lieu du subjonctif présent soit, qui représente une tolérance de l’usage, l’imparfait fût, qui est correct et savant; la qualité du style devient fonction de la syntaxe.
Enfin, l’ordre des mots est aussi un élément de style, comme il apparaît suivant que je dis, banalement : il vaudrait peut-être mieux, ou, avec une inversion élégante : peut-être vaudrait-il mieux.
Ce cours se veut comme une initiation à l’approche linguistique des textes ou plus exactement comme un guide de lecture. Il a pour ambition de développer chez les étudiants une forme d’attention au langage des textes souvent délaissée ou jugée affaire de techniciens.

Leçon 1

Mots grammaticaux et mots lexicaux

Il est très utile de présenter dès le début la distinction entre les mots grammaticaux et les mots lexicaux. Cette distinction nous permet, en effet, de classer les mots du français en deux grands ensembles qui ont des caractéristiques très différentes.

I. Les mots grammaticaux
A Les mots grammaticaux sont les déterminants (articles et adjectifs non qualificatifs), les prépositions et les conjonctions de coordination et de subordination :
Ex. : Le jeune homme lisait un roman de science-fiction dans son coin.
Le : article défini, déterminant de jeune homme ;
un : article indéfini, déterminant de roman ;
de : préposition ;
dans : préposition ;
son : adjectif possessif, déterminant de coin .
B Quelles sont leurs caractéristiques essentielles ?
B1. Les mots grammaticaux sont en nombre limité
Ex. : L’enfant s’avançait vers la maison.
On découvre dans cette phrase trois mots grammaticaux : l’article défini l’, la préposition vers et l’article défini la. On peut remplacer chacun d’entre eux par d’autres mots :
L’ peut être remplacé par cet, son, un, quelque, etc.
la peut être remplacé par les mêmes mots sous leur forme féminine : cette, sa, une, quelque, etc.
vers peut être remplacé par dans, en direction...
Dans chaque cas, les mots qui peuvent remplacer chacun des trois mots grammaticaux sont en nombre limité.
B2. On crée très rarement de nouveaux mots grammaticaux
La liste des mots grammaticaux est courte et on l’allonge difficilement. Alors que l’on crée un nouveau nom ou un nouveau verbe lorsque le besoin s’en fait sentir. Les mots grammaticaux constituent donc un stock de mots qui ne peut être aisément augmenté.
B3. Les mots grammaticaux sont fréquents et ont un sens peu précis
Les mots grammaticaux étant peu nombreux, le même mot grammatical peut être utilisé de façon très fréquente dans un texte, ou même dans une phrase :
Un jour vers midi sur la plate-forme arrière d’un autobus à peu près complet de la ligne 5, j’aperçus un personnage au cou fort long qui portait un feutre mou entouré d’un galon tressé au lieu d’un ruban. (Raymond Queneau, Exercices de style)
Dans ce texte, on remarque que :
1. Les seuls mots qui sont utilisés plus d’une fois sont des mots grammaticaux : un (six fois), de (quatre fois), la (deux fois).
2. Le sens de ces mots grammaticaux est très large :
un peut signifier
une unité (un et pas deux),
La non-précision (un quelconque), etc.
de est une préposition qui peut indiquer :
la possession (le chapeau de Pierre),
la matière (une table de bois),
la provenance (il sort de la cuisine), etc.
Remarque : Ces mots grammaticaux sont courts, ils dépassent rarement une syllabe. Ils sont à la fois fréquents, peu précis et courts. Il est intéressant de constater que plus un mot est fréquent, plus son sens est large et peu précis. Ceci tient au fait qu’il est utilisé dans un grand nombre de phrases différentes au sein desquelles les autres mots lui donnent un sens particulier. De même, on peut noter que plus un mot est fréquent et son sens variable, plus il est court. Ceci s’explique par le fait que celui qui parle refuse de faire un effort (d’utiliser un mot trop long) si ce mot n’apporte pas une information précise.
B4 Les mots grammaticaux se distribuent en deux groupes
1. Ceux qui déterminent le nom : articles, adjectifs non qualificatifs ;
2. Ceux qui servent à mettre en relation les mots dans une phrase : les prépositions.

II. Les mots lexicaux
Les mots lexicaux sont les noms, les verbes, les adjectifs qualificatifs, les adverbes :
Le loup sortit du bois, regarda le pauvre agneau avec voracité et se précipita pour le dévorer.
Les mots lexicaux de cette phrase sont au nombre de neuf :
- loup : nom,
- sortit : verbe,
- bois : nom,
- regarda : verbe,
- pauvre : adjectif qualificatif,
- agneau : nom,
- voracité : nom,
- se précipita : verbe,
- dévorer : verbe.


Les caractéristiques essentielles des mots lexicaux ?
1. Ils sont en très grand nombre

Dans l’exemple suivant : Le loup aperçut l’agneau.
Les trois mots lexicaux : loup, aperçut et agneau peuvent être remplacés par un nombre très important d’autres mots lexicaux :
Le loup aperçut agneau
lion vit brebis
chien mangea paysan
garçon prit enfant
... ... ...
2. On peut créer, selon les besoins, des mots lexicaux nouveaux
La langue est un outil grâce auquel on peut parler, écrire à d’autres personnes pour leur donner des informations sur des sujets très différents. Comme tous les outils, la langue change et se transforme pour s’adapter à des besoins nouveaux de communication.
Ainsi, lorsque l’on a inventé un nouveau moyen de se déplacer sur l’eau à l’aide d’une planche munie d’une voile, on a inventé le mot planche à voile. Pour désigner ceux qui se servent de ce nouvel engin, on a fabriqué le mot véliplanchistes. Pour évoquer un nouvel appareil, on inventa le mot ordinateur. Un nouvel engin sur rail entraîna la création d’une abréviation T.G.V. (Train à Grande Vitesse).
Pour créer des mots nouveaux, le français dispose de trois procédés :
A. La suffixation : on ajoute à la fin d’un mot un suffixe pour obtenir un mot nouveau :
- A partir de fleur, on forme fleurir ou fleuriste.
- A partir de doux, on forme douceur ou doucement.
B. La préfixation : on place devant un mot un préfixe pour fabriquer un nouveau mot :
- A partir de dire, on forme redire ou prédire.
- A partir de voir, on forme prévoir.
C. La composition : on juxtapose des mots déjà existants pour former un mot nouveau :
- chou-fleur,
- café-crème,
- pomme de terre,
- essuie-glace,
- aigre-doux.
3. Certains mots lexicaux peuvent être remplacés par des pronoms
C’est le cas des noms et des adjectifs qualificatifs attributs.
- Il a emmené son enfant avec lui au bureau  il l’a emmené avec lui au bureau.
- Ne trouvez-vous pas cet enfant étourdi ?
- Oui, il l’est vraiment trop.

4. Les mots lexicaux se distribuent dans des classes grammaticales différentes
On mettra dans une même classe les mots qui peuvent avoir la ou les mêmes fonctions. On distingue alors :
• Les noms qui peuvent être sujet, complément d’objet direct ou indirect, complément circonstanciel, complément du nom, attribut ou mis en apposition ;
• Les adjectifs qui peuvent être épithète, attribut ou mis en apposition ;
• Les adverbes qui sont tous complément circonstanciel ;
• Les verbes qui sont tous noyau de la phrase.
On dira que les mots appartenant à la même classe ont la même nature.
Les noms et les adjectifs peuvent remplir plusieurs fonctions, ils forment deux classes de polyfonctionnels. En revanche, les adverbes et les verbes ne peuvent avoir qu’une seule fonction. Ils appartiennent chacun à une classe de monofonctionnels.


Leçon 2

Les fonctions du langage

/I/ Le schéma de la communication
La communication verbale est un échange de paroles ou d’écrits (énoncés, ou messages), entre une personne et un ou plusieurs interlocuteurs, sur un sujet donné, et dans une langue donnée.
Chaque échange met en jeu plusieurs facteurs : un message ou un énoncé (ce qui est dit), un locuteur (celui qui parle ou écrit), un interlocuteur (le destinataire du message), une situation (celle dans laquelle se trouvent les deux partenaires de l’échange, et à laquelle ils font référence), le langage commun utilisé (par exemple la langue française ou la langue arabe), et enfin un moyen de transmission (échange direct de paroles, lettres, journal, etc.).
/II/ Les fonctions du langage et les types d’énoncé
A chacun des facteurs de la communication, correspond un rôle, ou une fonction particulière du langage.
1. La fonction expressive: lorsque le locuteur exprime ses sensations, ses impressions, ses émotions, il met en jeu la fonction expressive du langage.
a. Lorsque l’énoncé a pour rôle essentiel d’exprimer des réactions affectives du locuteur (douleur, inquiétude, colère, indignation, ou au contraire, joie, surprise, plaisir, admiration, enthousiasme, etc.), on dit que c’est un énoncé expressif . Le langage expressif se caractérise par les interjections, l’intonation haute, les phrases exclamatives, les accents d’intensité marqués, les mots à valeur superlative, les phrases sans verbe:
Chic ! C’est merveilleux ! Quel garçon extraordinaire !
Oh la la ! Oh, ce que j’ai mal ! Aïe, aïe, aïe ! Quelle misère!
b. Dans un texte qui donne successivement la parole à plusieurs personnages, en discours direct (roman, théâtre, reportage) le même mot je désigne des locuteurs différents. Le contexte permet de les identifier.
c. La fonction expressive se manifeste notamment dans la conversation, l’autobiographie, les récits de souvenirs, les lettres, la poésie lyrique (sentimentale), la confidence, la promesse, l’apologie, etc.
2. La fonction impressive du langage : lorsque le locuteur cherche à faire pression sur son interlocuteur, à obtenir quelque chose de lui, à l’influencer, il met en jeu la fonction impressive.
a. Celle-ci se caractérise par la fréquence de la 2e personne, les appels, l’impératif et le subjonctif, les interjections, les formules de prière ou de suggestion, les interrogations, éloge, réprimandes, incitations publicitaires...
- J’aimerais que tu prêtes grande attention à ce que je vais te dire.
- -Allez ! Circulez!
- - Il faut que tu nous dise tout !
b. Lorsque l’énoncé a pour rôle essentiel d’attirer l’attention de l’interlocuteur, ou, mieux encore, de déclencher chez lui une réaction, un comportement donné, de l’inciter à agir d’une certaine manière, on dit que c’est un énoncé impressif.
Le langage impressif utilise les interjections, les apostrophes, l’impératif, les formules d’appel ou d’indignation, le langage figuré, etc.
- Hep! Taxi!
- Garçon, l’addition, s’il vous plaît!
- Attention, ne bougeons plus!
- Félicitations, mon cher ami!
3- Ce dont on parle (le sujet, ou le thème, ou la situation, ou le référent) La fonction référentielle du langage.:
a. Lorsque celui qui parle fait référence à une autre personne que lui-même ou son interlocuteur, ou lorsqu’il fait référence à un objet, il emploie un nom ou un groupe nominal, ou un pronom : il, elle, ceci, cela, etc.
- J’ai eu des nouvelles d’Ibrahim. Il travaille maintenant dans une banque.
- J’ai porté mon téléviseur chez le réparateur, car il est abîmé.
b. De nombreux types d’énoncés sont prononcés ou écrits le plus souvent à la 3e personne : les articles d’information, essais, ouvrages techniques, reportages, histoire, conte, nouvelle, roman, etc.
c. Ces énoncés, qui servent à raconter des événements ou à décrire des aspects du monde, sont des énoncés référentiels.
4- La fonction métalinguistique du langage : Il arrive que l’échange porte sur la langue elle-même, par exemple pour poser une question ou donner une précision sur le sens d’un mot, demander ou donner une définition. Il met alors en jeu la fonction métalinguistique ou de métalangue. C’est l’emploi du langage pour parler du langage lui-même. Le type d’énoncé le plus caractéristique à cet égard est l’article de dictionnaire.
5- La fonction de contact ou phatique : avant de communiquer, on utilise des procédés pour créer le contact; pendant l’échange, on essaie d’entretenir l’attention de l’interlocuteur. C’est la fonction de contact.
Pensons aussi, de ce point de vue, aux formules de politesse (Bonjour), aux propos sur le temps qu’il fait ou sur la santé (Comment ça va?), aux expressions qui servent à remplir les silences (Dis, dites, hein, tenez, tu sais, bon, alors) ou à relever l’attention (N’est-ce pas ? si vous voulez, tenez).
6- La fonction poétique : enfin, le message peut viser au style, c’est-à-dire à un effet de beauté, de recherche artistique : emploi des vers en poésie, des mots rares, des comparaisons et des métaphores, des phrases rythmées en prose, des tournures raffinées, des sonorités et des cadences, etc.
Il existe autant de styles différents que de grands écrivains; chaque écrivain se reconnaît par une écriture absolument unique. Mais chez tous s’exerce la fonction poétique.
Attention !
• Il existe des communications à sens unique, ou au moins des échanges différés, dans lesquels l’interlocuteur ne peut pas répondre immédiatement (par exemple : la presse, la radio, la télévision).
• Chaque échange met en jeu plusieurs fonctions du langage. Le langage peut d’autre part exprimer d’autres fonctions que celles qui viennent d’être analysées. La fonction expressive, par exemple, pourrait se diviser en fonction affective (sentiments, sensations), et en fonction idéologique (idées, convictions).


Exercices
/I/ Relevez, dans les phrases qui suivent, les éléments qui traduisent une réaction affective, émotive, de l’auteur. Indiquez, pour chacune d’eux, sa valeur particulière.

1. Aïe ! Mais tu me fais mal !
2. Bravo ! bravo ! Oh ! Jamais vous n’avez si bien joué.
3. Hélas ! Qu’allons-nous devenir?
4. Pas possible ! Vous, ici ?
5. Ah ! non, alors. Pas ça, ou pas moi !
6. Vous ici ? quelle surprise !

/II/ De quelle façon (à l’aide de quelles tournures, de quelles intonations) peut exprimer la douleur ?

/III/ Imaginez des phrases où vous exprimerez successivement d’autres réactions affectives, telles que la joie, l’indignation, la colère...

/IV/ A quelle fonction linguistique rattachez-vous chacune des phrases suivantes ? De quel type de texte est-elle extraite ?

1. Accusé, levez-vous !
2. J’ai été heureux d’apprendre que tu viendras nous voir pendant les prochaines vacances.
3. La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur.
4. Ce qu’on appelle le locuteur, c’est la personne qui parle.
5. Ai visité ce matin la Sainte Mosquée : Quelle splendeur !
6. Avec le shampooing X, changez votre manière de vivre.
7. Métro, boulot, dodo.

/V/ L’énonciateur peut être désigné par d’autres personnes que je. Relevez, dans ces phrases, les marques qui renvoient au locuteur :

1. Nous allons cet après midi à la piscine.
2. Le signataire s’engage à restituer cette somme au bout de 6 mois.
3. Comment se porte ma petite cousine ?
4. Tel est notre bon plaisir.
5.Le propriétaire informe MM. les locataires que des travaux seront effectués à partir du 1er octobre.
6. On arrive tout de suite.
7. Il est scandaleux que de tels actes puissent être commis à notre époque.
8. Tu vas me faire le plaisir de nettoyer ta chambre, et plus vite que ça !





/VI/ Texte
Depuis plus de 30 ans nous perfectionnons une technique industrielle de construction qui nous a permis d’améliorer nos produits tout en réduisant les coûts.
Aujourd’hui nous construisons près de 15.000 maisons par an, nous sommes devenus le plus grand constructeur de maisons individuelles.
Si nous en sommes fiers, c’est parce que nous avons conscience de jouer un véritable rôle social. En effet, la majorité de nos ventes concerne notre modèle le moins cher.
C’est la preuve que nous permettons à ceux qui pensaient ne jamais avoir les moyens de s’offrir une maison, de réaliser leur rêve.

a. Qui est le locuteur, dans ce texte ? Comment est-il désigné ?
b. A quelle fonction rattachez-vous ce texte ? Pour quelles raisons ?
c. Retranscrivez ce texte, de telle manière que la fonction référentielle y prédomine; sur quels éléments devez-vous faire porter les modifications ?

/VII/ Slogan publicitaire

Roquefort... Un plaisir fort !
Un plaisir fou !
Roquefort d’abord, Roquefort d’accord.

Observez le slogan publicitaire ci-dessus. Quelles sont les caractéristiques de prononciation, de vocabulaire et de grammaire qui en assurent le succès ?

/VIII/ Textes
A. Cet hiver le soleil vous attend aux Etats-Unis. Il vous accompagnera pendant que vous faites la Côte Californienne en voiture, du cheval au Texas et en Arizona, du ski dans le parc du Yellowstone ou dans les Rocheuses.
Cet hiver en Floride, le soleil vous invitera également à aller à la plage. Voile, ski nautique, plongée sous-marine, pêche en mer, planche à voile, à vous de choisir.
Cet hiver, les Etats-unis vous réserveront le meilleur accueil et pas seulement parce qu’ils vous offrent le soleil, vous trouverez là-bas une vie facile et peu coûteuse. Quelques exemples : location de voiture pour 7 jours, kilométrage illimité, 405 F _ l’avion de New York à San Francisco, 600 F _ le repas, 30 F .

B. Pour faciliter la vie de ses clients, le Crédit Agricole a maintenant une carte de paiement internationale : Eurocard . Au moment de régler vos achats, une note d’hôtel, de restaurant, vous la tendez, vous signez, et on vous la rend avec un sourire. Vous êtes quittes.

1- Comparez ces deux publicités; quel est, dans chaque cas, le locuteur ?
2- Quel est l’interlocuteur?Comment est-il désigné?S’agit-il d’un interlocuteur réel ?
3- Quelles remarques pouvez-vous faire sur l’emploi des temps ?

Leçon 3

Enoncé et énonciation

/I/ La notion d’énoncé
1. Définition
Toute suite de mots, prononcée, écrite ou imprimée, est un énoncé. Peu importe que cette suite de mots ait un sens ou semble n’en pas avoir; peu importe qu’elle soit grammaticale ou non.
Mais en général, on réserve le mot énoncé à une suite de mots construite grammaticalement et pourvue d’un sens : c’est le cas le plus fréquent dans la pratique quotidienne de la communication.

2. L’échelle de l’énoncé
a. l’énoncé peut se réduire à un mot : par exemple, une interjection (Zut!), un appel (Hep!), un ordre (Silence!), une constatation (Minuit), l’entrée d’un article de dictionnaire, etc.
b. Un énoncé peut être un groupe de mots : par exemple, un groupe nominal
(dans un titre de journal : Accidents d’autoroute).
c. Un énoncé peut être une phrase : phrase avec verbe ou phrase sans verbe (Pèlerinage à Makka - Formidable!)
d. Enfin un énoncé peut être une suite de phrases en quantité variable, c’est-à-dire ce qu’on appelle généralement un texte. Il existe des textes de toutes dimensions : quelques phrases, un paragraphe, un chapitre, un livre entier.

/II/ La notion d’énonciation

1. Définition L’énonciation est l’acte individuel de parler ou d’écrire, de produire un énoncé, d’utiliser la langue dans une situation donnée, pour des interlocuteurs donnés et à des fins données.
Celui ou celle qui effectue l’acte d’énonciation, autrement dit qui produit un énoncé, est l’énonciateur (ou énonciatrice). On dit également : le sujet de l’énonciation.

2. Les marques de l’énonciation
Le contenu et la forme de l’énoncé dépendent pour une part des aspects de l’énonciation, dont chacun peut varier.
a. Le sujet de l’énonciation (ou énonciateur) :
• Ou bien il ne se désigne pas lui-même dans l’énoncé; il reste masqué. C’est l’énoncé à la troisième personne (histoire, conte, nouvelle, romans à la troisième personne, reportage, essai, texte scientifique, etc.).
• Ou bien il apparaît lui-même dans l’énoncé, par diverses marques :
- Le pronom personnel et les possessifs de la 1re personne ( je, mon ).
- L’emploi de certains modes, par exemple l’impératif, qui exprime un ordre du sujet de l’énonciation : Disparaissez !
- L’emploi des interjections et des apostrophes : Aïe; Oh! Eh!
- L’emploi des mots qui expriment une attitude particulière, une appréciation, un jugement de l’énonciateur sur le contenu même de l’énonciation : par exemple les tournures exprimant le doute, l’incertitude, la probabilité, la volonté, la nécessité, le pouvoir (avec les adverbes et les verbes dits de comme peut-être, sans doute, assurément, nécessairement / devoir, falloir, vouloir, pouvoir, etc.).
La combinaison de tous ces traits donne naissance à des énoncés fortement empreintes de la personnalité et de la subjectivité de celui qui les prononce (dialogue de théâtre, discours, polémiques, poésie lyrique, etc.). A l’inverse, dans certains textes apparemment objectifs, on peut découvrir des marques beaucoup plus discrètes et plus subtiles de la présence de l’énonciateur, de sa sensibilité et de ses idées.
b. Le destinataire de l’énonciation.
Lui aussi est plus ou moins présent dans l’énonciation.
• Dans un ordre, dans une lettre, dans un discours politique, dans le théâtre, le destinataire est explicitement désigné à la deuxième personne (pronoms et possessifs de la 2e personne).
• Dans d’autres types d’énoncé (science, histoire, roman), il peut rester complètement implicite.
• Il peut être désigné à la troisième personne : textes administratifs, annonces, avis.
c. Le repérage du lieu et du temps
• Le lieu
- Il existe des énoncés non localisés, ne comportant aucune marque permettant d’identifier le lieu où l’énonciateur les a produits : c’est le cas de nombreux romans, de l’histoire, des textes scientifiques.
- D’autres énoncés, au contraire, fournissent des indications sur le lieu d’émission, par exemple à l’aide d’adverbes comme ici, ailleurs, là-bas (qui prennent pour point de repère le lieu où se trouve l’énonciateur), d’adjectifs démonstratifs, de termes de présentation (voici) et même de noms de lieu ( dans la correspondance : Riyad le...).
• Le moment
Les temps verbaux (présent, passé, futur), les adverbes de temps (hier, maintenant, jadis, demain, tout à l’heure, etc.), et même les dates explicites (Bordeaux, le 5 septembre), permettent d’indiquer le moment de l’énonciation et de situer par rapport à lui les événements que rapporte l’énoncé.
Toutes sortes de degrés sont possibles entre les énoncés qui se datent et datent leur contenu avec précision, et les énoncés totalement intemporels.

Exercices
/I/ Les phrases qui suivent sont-elles toutes acceptables ? Sinon expliquez pourquoi.

1. Je suis fière d’être un garçon.
2. Si j’étais vous, je n’agirais pas ainsi.
3. Demain, nous sommes allés au cinéma.
4. Nous serons ici dans une heure.
5. Mon père n’a pas d’enfants.
6. Le lendemain nous avons fait une belle promenade.
7. L’année prochaine, nous avons visité l’Angleterre.
8. Mohamed ne viendra pas : elle a trop de travail.

/II/ Dans ce début d’article, quels sont les éléments qui dépendent du moment de l’énonciation, et qui nécessiterait un renseignement complémentaires pour être bien compris?

«Après la mort de deux convoyeurs de fonds mercredi, le meurtre de deux gardiens de la paix la nuit suivante, et celui d’une commerçante hier matin, monsieur Christian Bonnet a convoqué immédiatement les hauts responsables de la police.»

/III/ Posez-vous la même question à propos de ces autres phrases, empruntées elles aussi à divers articles de presse?

1. Les actionnaires ont refusé l’an dernier le projet d’accord avec une société norvégienne.

2. Une rencontre intéressante, ce soir à Nantes, qui recevra Lens.

3. Une zone de temps nuageux et passagèrement pluvieux gagnera aujourd’hui notre région, et progressera vers l’est.

4.Depuis, jamais «les Canaris» n’avaient dépassé le cap des 16e de finale. Ainsi, face à l’Atletico de Madrid, il y a deux ans, en coupe des Clubs Champions. Ainsi, face à Benfica l’an passé en 32e de finale de la Coupe de l’U.E.F.A. Cette saison, enfin, les joueurs de la Loire-Atlantique ont décroché leur billet pour les quarts de finale de la Coupe des coupes.

/IV/ Relevez et identifiez dans les phrases suivantes les mots qui indiquent le moment et le lieu de l’énonciation :
1. Aujourd’hui, maman est morte, ou peut être hier, je ne sais pas. (A. Camus)
2. Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? Je ne vous connais pas. Et pourtant il me semble que je vous connais. (A.Fournier)
3. Orso, dit-elle, c’est ici que notre père est mort. Prions pour son âme, mon frère ! (P.Mérimée)
4. Chevaliers, laissez-moi monter sur ce rocher si haut, pour voir une fois encore mon beau château. (Apollinaire)

/V/ Texte
A Madame de Grignan
A Malcorne, samedi 23 mai 1671
J’arrive ici, où je trouve une lettre de vous, tant j’ai su donner un bon ordre à notre commerce; je vous écrivis lundi en partant de Paris. Depuis cela, mon enfant, je n’ai fait que m’éloigner de vous avec une tristesse et un souvenir de vous si pressant qu’en vérité la noirceur de mes pensées m’a rendue quelquefois insupportable. Je suis partie avec votre portrait dans ma poche. Je le regarde fort souvent. Il serait difficile de me le dérober présentement sans que je m’en aperçusse; il est parfaitement aimable. J’ai votre idée dans l’esprit; j’ai dans le milieu de mon cœur une tendresse infinie pour vous. Voilà mon équipage, et voilà avec quoi je vais à trois cents lieues de vous.
Nous avons été fort incommodés de la chaleur. Un de mes beaux chevaux demeura dès Palaiseau; les autres six ont tenu bon jusqu’ici. Nous partons dès deux heures du matin pour éviter l’extrême chaleur. Encore aujourd’hui, nous avons prévenu l’aurore dans ces bois pour voir Sylvie, c’est-à-dire Malcorne, où je me reposerai demain. (Madame de Sévigné, Lettres)

1. Expliquez les mots : commerce-prévenir : faites pour chacun d’eux une phrase où ils auront leur sens actuel.

2. Relevez, dans ce texte, tous les éléments qui renvoient au sujet de l’énonciation, au destinataire de l’énonciation, au lieu et au moment de l’énonciation.

/VI/ Texte
Dans le train Paris -Rome

Ce train presque inconnu pour vous - puisque d’habitude c’est toujours l’autre que vous prenez, le Rome-express à wagons-lits atteindra Rome termini demain matin à cinq heures quarante-cinq, bien avant l’aube.
... Il fera encore nuit noire. Vous vous réveillerez péniblement après un sommeil souvent interrompu, surtout si vous êtes obligé de vous conserver cette mauvaise place au milieu de la banquette, mais il y a tout de même d’assez fortes chances pour que vous réussissiez à prendre possession de l’un des coins au moment où l’un de vos compagnons actuels descendent, car il est impossible que tous continuent jusque là. Lesquels, parmi eux six, seront encore à ce moment dans ce compartiment vraisemblablement éclairé seulement par la veilleuse bleue, par cette petite ampoule sphérique et sombre que vous apercevez à l’intérieur du lampadaire, nichée entre les deux autres transparentes et piriformes. Dans la campagne, les lumières des maisons seront éteintes. Vous verrez passer les phares de quelques camions, les lanternes des gares; vous aurez froid... Vous vous lèverez, vous sortirez, vous irez jusqu’au bout du couloir pour vous mettre un peu d’eau douce sur les yeux. (M.Butor, La Modification)

1. Quel personnage est désigné par le pronom vous ?
2. Relevez dans ce texte, les mots qui renvoient à une autre personne.
3. Récrivez le texte à la 1re, puis à la 3e personne.

Leçon 4

Les types de textes

Les types de textes renvoient à différents actes de communication : raconter, renseigner, convaincre, expliquer, ordonner, faire agir. A l’intérieur d’un même écrit, l’auteur peut passer d’un type à un autre.

1. Le texte narratif
Il raconte un fait, un événement en situant son déroulement dans le temps et dans l’espace. Il en retrace les étapes et en fixe la durée. Le texte narratif est souvent entrecoupé de passages descriptifs, explicatifs ou argumentatifs.
Caractéristiques : les temps du récit (passé simple, imparfait, présent de narration) ; des repères temporels (le lendemain, la veille, un mois plus tard…) et spatiaux (là, à cet endroit).
Exemple :
En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant âge de sept ans, il lui en était venu une d’or à la place d’une de ses grosses dents. Horstius, professeur en médecine dans l’université de Helmstad, écrivit qu’elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu’elle avait été envoyé de Dieu à cet enfant orphelin, affligé par la mort de son père et de sa mère, en guise de consolation.
Fontenelle, Histoire des oracles, 1686.

2. Le texte argumentatif :
Il vise à convaincre de la justesse d’une idée, d’un avis en s’appuyant sur des arguments et des exemples qui ont valeur de preuve. On appelle « ar-gumentateur » celui qui argumente et « argumenté » le destinataire de l’argumentation. L’idée défendue ou combattue s’appelle la thèse.
Caractéristiques : le présent de l’indicatif ; des termes d’articulation pour indiquer les liens logiques entre les arguments employés.
Exemple :
Ajouté à une voiture, l’accessoire utile (les mots jurent de façon savoureuse) ne l’embellit jamais. Rien de ce qui est complémentaire, subsidiaire, ne sert l’apparence d’un objet industriel. Quant aux gadgets, ces mille trouvailles, bibelots, bricoles qui se négocient du côté de l’avenue de la Grande-Armée et que je regroupe sous la dénomination générale et péjorative d’enjoliveurs, ils déconsidèrent la voiture qu’ils affublent. Aucune exception à cette règle. Comme son nom ne l’indique peut-être pas sans équivoque, l’enjoliveur enlaidit.
François Nourrissier, Autos Graphie, 1990



3. Le texte explicatif :
Il cherche à informer et à rendre plus clair un sujet que le lecteur ou l’interlocuteur est censé ignorer. Il a une fonction pédagogique.
Caractéristiques : le présent de l’indicatif ; des termes d’articulation du discours pour marquer les étapes de l’explication (d’abord, ensuite…).
Exemple :
L’or : sous ce bref substantif se pressent d’innombrables évocations où la légende le dispute à la réalité. Rien de ce qui touche à l’or ne laisse indifférent. Au cours des siècles, s’est bâti autour de ce mot un prodigieux édifice dont la façade brillante annonce les splendeurs mais cache les misères.
Jules Lepidi, L’Or, « Que sais-je ? », no 776, 1958, PUF.

4. Le texte descriptif : Il s’efforce par les mots d’évoquer une réalité que le lecteur ne voit pas mais qu’il peut imaginer. Il renseigne, sur un espace, sur un physique et peut traduire les impressions ressenties par le descripteur.
Caractéristiques : l’imparfait ou le présent de l’indicatif ; des repères spatiaux pour localiser.
Exemple :
Partout il y avait ces jardins éventrés, ces ruines, ces plaies géantes creusées dans la terre, en haut de la colline. Sur les chantiers les hautes grues étaient immobiles, menaçantes, et les camions avaient laissé des traînées de boue sur la chaussée. Les immeubles n’avaient pas encore fini de pousser. Il grandissaient encore, mordant dans les vieux murs, abrasant la terre, étendant autour d’eux ces nappes de goudron, ces aires nues de ciment éblouissant.
J.M.G. Le Clézio, Villa Aurore, 1993.

5. Le texte injonctif : Il pousse à l’action, à la réalisation, à faire appliquer des consignes. Il implique parfois l’ordre ou l’interdiction.
Caractéristiques : l’impératif, l’infinitif, le futur et le subjonctif ; les références à la deuxième personne sont nombreuses.
Exemple :
Scapin.- préparez-vous à soutenir avec fermeté l’abord de votre père.
Octave.- Je t’avoue que cet abord me fait trembler par avance, et j’ai une timidité naturelle que je ne saurais vaincre.
Scapin.- Il faut pourtant paraître ferme au premier choc, de peur que, sur votre faiblesse, il ne prenne le pied de vous mener comme un enfant. Un peu de hardiesse, et songez à répondre résolument sur tout ce qu’il pourra vous dire.
Octave.- Je ferai du mieux que je pourrai.
Scapin.- Essayons un peu pour vous accoutumer. Répétons un peu votre rôle et voyons si vous ferez bien, Allons…
Octave.- Ainsi ?
Scapin.- Bon. Imaginez que je suis votre père qui arrive, et répondez-moi fermement, comme si c’était à lui-même.
(Molière, Les Fourberies de Scapin)



Exercices

/I/ Quelles caractéristiques du texte suivant indiquent qu’il s’agit d’un texte narratif ?

En arrivant à Salerne, Il mit son cheval au pas. Ses angoisses revinrent. Peut-être en était-il de la fièvre comme d’un maléfice dont on peut se défaire en le passant à d’autres, et l’avait-il à son insu communiquée à sa mère.
Il eut du mal à trouver l’habitation du médecin. Enfin, près du port, dans une impasse, on lui montra une maison de pauvre apparence ; un mollet à demi décroché claquait. A son coup de heurtoir, Une femme parut en gesticulant ; elle demanda au chevalier ce qui l’ amenait ; il dut s’expliquer en détail, criant pour se faire entendre ; d’autres femmes s’apitoyèrent bruyamment sur la maladie inconnue.
(Marguerite Yourcenar, Anna, Sorror…, 1931.)

/II/ Observez l’extrait suivant et indiquez pour chaque passage le type de texte dont il s’agit. Justifiez votre réponse en vous référant aux caractéristiques du narratif et du descriptif.

Quoique dévasté par les approches de l’hiver, le Jardin impérial ne manquait pas d’un certain charme mélancolique. La longue allée prolongeait fort loin ses arcades rousses, laissant deviner confusément à son extrémité un horizon de collines déjà noyées dans les vapeurs bleuâtres et le brouillard du soir ; au-delà, la vue s’étendait sur le Prater et le Danube ; c’était une promenade faite à souhait pour un poète.
Un jeune homme arpentait cette allée avec des signes visibles d’impatience ; son costume, d’une élégance un peu théâtrale, consistait en une redingote de velours noir à brandbourgs d’or bordée de fourrure, un pantalon de tricot gris, des bottes molles à glands montant jusqu’à mi-jambes. Il pouvait avoir de vingt-sept à vingt-huit ans.
Le très court espace dans lequel il circonscrivait sa promenade montrait qu’il attendait quelqu’un ou quelqu’une, car le Jardin impérial de Vienne, au mois de novembre, n’est guère propice aux rendez-vous d’affaires.
En effet, une jeune fille ne tarda pas à paraître au bout de l’allée : une coiffe de soie noire couvrait ses riches cheveux blonds, dont l’humidité du soir avait légèrement défrisé les longues boucles ; son teint, ordinairement d’une blancheur de cire vierge, avait pris sous les morsures du froid des nuances de roses de Bengale.
(Théophile Gautier, deux acteurs pour un rôle, 1841.)

/III/ Les deux extraits suivants sont des textes argumentatifs. En quoi le second texte contredit-il le premier ? Répondez sous la forme d’un tableau.
Texte 1 Texte 2
Thèse défendue
Arguments
Exemples

texte 1

Malgré l’expérience des siècles qui ont prouvé que la femme, sans exception, est incapable de tout travail vraiment artistique ou scientifique, on s’efforce de nous imposer la femme médecin ou la femme politique.
La tentative est inutile, puisque nous n’avons pas encore la femme peintre ou la femme musicienne, malgré les efforts acharnés de toutes les filles de concierges et de toutes les filles à marier en général qui étudient le piano et même la composition avec une persévérance digne d’un meilleur succès, ou qui gâchent de la couleur à l’huile et de la couleur à l’eau sans parvenir à peindre autre chose que des éventails, des fleurs, des fonds d’assiettes ou des portraits médiocres.
(Guy de Maupassant, Préface de Manon Lescaut, 1888.)

texte 2

Que tu sois entrée première à Polytechnique, Anne-Marie Chopinet, que tu sois sortie major de l’ENA, Françoise Chandernagor, que tu aies reçu la Croix de guerre, Jeanne Mathez, que vous ayez gravi à votre tour un plus de 8 000 mètres, petites japonaises de Manaslu, que vous ayez élevé seules vos enfants dans les difficultés matérielles et la désapprobation morale, vous autres les abandonnées ou les filles mères volontaires, que vous soyez mortes pour vos idées, Flora Tristant, Olympe de Gouges ou Rosa Luxembourg, que tu aies été une physicienne accomplie, Marie Curie, alors que tu n’avais pas le droit de vote, tout cela et bien d’autres actes héroïques ou obscurs ne nous vaudra ni dignité ni sécurité. C’est un ministre qui l’a dit. Non, pas au Moyen-Âge. Pas au XIXe siècle non plus, vous n’y êtes pas. En 1973. Il s’adressait à vous et à moi pour nous redire après tant d’autres que toute valeur pour la femme ne peut procéder que de l’homme.
(Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, 1975.)

/IV/ L’auteur s’adresse aux élèves d’un lycée. Relevez toutes les marques qui indiquent la présence de l’argument dans le texte. En quoi la thèse développée par l’auteur peut-elle séduire un jeune public ?

C’est à vous maintenant, chers jeunes gens, d’aborder l’existence, et bientôt les affaires. La besogne ne manque pas. Dans les arts, dans les lettres, dans les sciences, dans les choses pratiques, dans la politique enfin, vous pouvez, vous devez considérer que tout est à repenser et à reprendre. Il va falloir que vous comptiez sur vous-même beaucoup plus que nous autres n’avions à le faire. Il faut donc armer vos esprits ; ce qui ne veut pas dire qu’il suffit de s’instruire. Ce n’est rien que de posséder ce qu’on ne songe même pas à utiliser, à annexer à sa pensée. Il en est des connaissances comme des mots. Un vocabulaire restreint, mais dont on sait former de nombreuses combinaisons vaut mieux que trente mille vocables qui ne font qu’embarrasser les actes de l’esprit. Je ne vais pas vous offrir quelques conseils. Il ne faut en donner qu’aux personnes très âgées, et la jeunesse s’en charge assez souvent.
(Paul Valéry, Discours de l’Histoire, 1932.)

/V/ Le texte suivant est du type explicatif. Quels détails indiquent que la volonté de l’auteur n’est pas de décrire mais de faire comprendre un fonctionnement ?

Un moulin à vent, c’est d’abord une maison, une vraie maison où gîte maître meunier.
Mais cette maison ne ressemble à aucune autre. D’abord elle dresse solitairement à l’écart du village, au centre du pays plat céréalier. C’est souvent une tour de bois, posée sur un socle de maçonnerie en forme de tronc, de cône ou de pyramide… Mais cette tour travaille et, pour ce faire, elle a des ailes. Et elle est capable de pivoter sur son socle afin de faire face à toute la rose des vents. Un cercle de bornes saillantes l’entoure comme un cadran solaire. Le meunier y prend appui pour déplacer la queue du moulin, et avec elle tout l’édifice.
(Michel Tournier, Petites proses, 1986)

/VI/ L’emploi des temps est l’une des caractéristiques qui permet de différencier le texte narratif du texte descriptif. Conjuguez comme il convient les verbes du passage suivant soit à l’imparfait, soit au passé simple.

En voyant l’avoué, l’inconnu [tressaillir] par un mouvement convulsif semblable à celui qui échappe aux poètes quand un bruit inattendu vient les détourner d’une féconde rêverie, au milieu du silence et de la nuit. Le vieillard [se découvrir] promptement et [se lever] pour saluer le jeune homme ; le cuir qui [garnir] l’intérieur de son chapeau étant sans doute fort gras, sa perruque y [rester] collée sans qu’il s’en aperçût, et [laisser] voir à nu son crâne horriblement mutilé par une cicatrice transversale qui [prendre] à l’occiput et [venir] mourir à l’œil droit, en formant partout une grosse couture saillante.
Honoré de Balzac, Le Colonel Chabert, 1832.

/VII/ Le texte descriptif situe dans l’espace l’objet décrit. Relevez les repères spatiaux du texte qui suit.

Un croiseur traversait lentement la baie, se dirigeant vers l’Italie, les deux bras de l’horizon semblaient le tenir dans un tablier bleu ; une colonne de mouettes montait du rivage, à la fois immobile et animée ; derrière la vitre, un moineau avait l’air, dans ce cadre grandiose, d’une négligence, d’un simple oubli.
(Romain Gary, Les Clowns lyriques, 1979.)



Leçon 5

Les actes de langage

/I/ La parole et l’action

Lorsqu’on prend la parole, oralement ou par écrit, on effectue en même temps un acte, qui peut n’être pas sans conséquences pour l’interlocuteur et pour soi-même.
En effet, parler, c’est souvent agir. Chaque fois qu’on promet, qu’on s’engage, qu’on félicite, qu’on accuse, qu’on condamne, qu’on absout, qu’on ordonne, qu’on interdit, etc., les paroles qu’on prononce sont autant d’actes qui engagent le destin d’un autre ou de soi-même.
Par exemple, si je dis à un ami : Je te promets de t’accompagner au supermarché ce soir, cette promesse est un acte qui engage dans un sens déterminé ma conduite à venir. Quand le juge dit à un accusé : Je vous condamne à trois mois de prison, cette déclaration a des conséquences (immédiates) sur l’accusé.
Ce sont là des énoncés dont la réalisation (l’énonciation) équivaut à un acte.
De là l’importance d’une bonne maîtrise de la langue, permettant d’ajuster exactement ce qu’on dit à ce qu’on pense et à ce qu’on veut.
Chacun de ces actes de parole peut se réaliser à l’aide de tournures différentes et équivalentes, selon ses objectifs précis, et les rapports entre les interlocuteurs. La langue française dispose de variantes pour un même acte de parole.
L’inventaire des actes de parole est infini. Mais certains sont très fréquents dans la vie quotidienne. On peut d’une part, essayer de les classer selon la nature de l’acte, et d’autre part étudier les séquences qu’ils forment en s’enchaînant les uns aux autres dans des situations données.

/II/ Comment classer les actes de langage et les énoncés qui leur correspondent ?
Il faut distinguer :
1. L’objectif de la communication (ex. : faire faire quelque chose par quelqu’un ou laisser faire quelque chose par quelqu’un.)
2. L’acte de langage (conseiller, inviter, ordonner, contraindre, suggérer, etc.);
3. Les énoncés possibles pour un même acte.



Objectifs Actes Enoncés possibles

A-faire faire (ou ne pas faire)
proposer, suggérer
Si tu venais dîner à la maison ?
ça te ferait plaisir de venir dîner à la maison ?
tu pourrais venir à la maison ...
je tu suggère de venir dîner à la maison.

conseiller, recommander je vous conseille de garder le silence là - dessus.
Gardez le silence là - dessus , si vous m’en croyez .
Si j’étais à votre place , je garderais le silence là - dessus .
Pas un mot là-dessus , croyez-moi .

Interdire, déconseiller Ne fumez pas ici.
Défense de fumer.
Eteignez vos cigarettes, je vous prie.
Il est interdit de fumer ici.







B- laisser faire


permettre, autoriser



dispenser

Je vous permets de sortir.
Vous pouvez sortir.
Sortez si vous voulez.

Je vous dispense de monter la garde.
Ce n’est pas la peine de monter la garde.
Je ne vous oblige pas à monter la garde.
Vous pouvez vous dispenser de monter la garde.


3-Comment étudier la succession des actes de langage dans une conversation, un dialogue ?

Toute situation de communication réelle est complexe. Elle se construit comme une série d’actes de parole, échangés par les interlocuteurs, selon les règles respectées par la société (saluts, présentations, questions-réponses, formules de politesse, etc.). Par exemple : un touriste dans une gare cherche des informations...

Paroles Actes de parole
- Bonjour Monsieur. Salut de début de dialogue
- Bonjour Monsieur. Que désirez-vous? Réponse au salut. Offre de service.
- S’il vous plaît, à quelle heure part le train pour Lyon ? Demande d’information.
-Lequel Monsieur, l’express ou l’omnibus? Demande de précision sur la nature de l’information recherchée
- L’express. Réponse à la précédente demande.
- A 15h50, Monsieur. Fourniture de l’information demandée.
- Je vous remercie. Remerciements.
- Je vous en prie. Réponse codée au remerciement.
- Au revoir, Monsieur. Salut de fin de dialogue.


Exercices

/I/ A quels actes de langage correspondent les phrases suivantes ?
1. Bonjour, monsieur.
2. Je m’appelle Salem Ahmed.
3. Excusez-moi, monsieur, pourriez-vous me donner du feu ?
4. Le jury, après avoir délibéré, vous décerne le grade de docteur ès-lettres.
5. Décampez !
6. Ah ! cher ami, quel artiste vous êtes !

/II/ Même exercice

1. Je ne veux pas y aller.
2. Je vous promets d’intervenir auprès du ministre.
3. Le prochain avion pour Dammam décolle à 18h50.
4. Le service est compris dans l’addition.
5. Entrée interdite.
6. Vous pouvez visiter le studio d’enregistrement.

/III/ Relevez les différents actes de langage réalisés dans la conversation suivante. La scène se passe sur un chantier de construction.

- Bonjour, monsieur.
- Salut , mon gars.
- Il y a de l’embauche, par ici ?
- Pourquoi ? Vous cherchez du travail ?
- Oui, vous avez quelque chose ?
- Ah ! non, mon vieux. L’équipe est au complet.
- Dommage !
- Qu’est-ce que vous savez faire ?
- J’ai mon C.A.P. de plâtrier.
- Ecoutez, je n’ai rien à vous proposer pour le moment. Mais repassez donc d’ici une huitaine de jours, on ne sait jamais.
- Bon, merci. A la semaine prochaine, alors.
- Oui, salut, et bonne chance!

/IV/ Imaginez un dialogue qui fera succéder les actes de langage suivants :

• Salut de début de dialogue.
• Réponse au salut. offre de service.
• Demande d’information.
• Demande de précision sur la nature de l’information recherchée.
• Réponse à la précédente demande.
• Fourniture de l’information demandée.
• Remerciements.
• Réponse codée au remerciement.
• Salut de fin de dialogue.


/V/ Il arrive parfois qu’on veuille faire comprendre le contraire de ce qu’on semble dire : c’est le mécanisme de l’ironie. Comment signifierez-vous, de façon ironique :

1. C’est malin !
2. Quel vilain temps !
3. Voilà un coup raté.
4. Ce quartier est bruyant.
5. Ce que tu dis n’est pas très spirituel.
6. Quelle beauté !
7. Quelle élégance !

/VI/ Un personnage A sollicite un service d’un personnage B . Imaginez deux variantes de cette situation de communication, en indiquant avec précision et vraisemblance l’identité, l’âge, le métier de chaque personnage, et les circonstances de la démarche.


Leçon 6

Les registres de langue

La langue française n’ est pas un bloc homogène. Les expressions lexicales (vocabulaire) et syntaxiques (grammaire) des idées et des sentiments sont très variées.
Un exemple. Géniale, ta baraque ! (registre familier), T’as une belle maison ! (registre courant), Tu as une fort belle demeure ! (registre soutenu).
L’usage des ressources de la langue varie selon plusieurs facteurs qui peuvent agir séparément ou en se cumulant : l’âge, le milieu, le degré de culture, la situation de communication, les objectifs de communication et, à l’écrit, les intentions de l’auteur.
On peut distinguer trois registres (ou niveaux)
1- Le registre standard (courant)
C’est celui que l’on emploie, à l’oral comme à l’écrit. Il est moins spontané que le registre familier, mais il est plus spontané que le registre soutenu. C’est celui de la conversation, des situations de la vie quotidienne ou de la correspondance entre personnes qui n’ont pas de relations de familiarité, qui ne se connaissent pas ou peu, des articles de journaux, de l’information radiophonique ou télévisée, de la publicité, du discours scientifique, de la narration conventionnelle , roman, nouvelle, de l’enseignement...
Le vocabulaire est celui des dictionnaires usuels; il est compris du plus grand nombre sans difficulté. la grammaire suit les règles enseignées dans les manuels. Au fond, c’est le registre qui passe inaperçu.
Il existe un usage standard technique, qui est celui des échanges professionnels entre spécialistes d’une science ou d’une technique. Leur grammaire est la grammaire usuelle, mais chaque spécialité (médecine, astronautique, télévision, industries diverses, etc.) dispose de son vocabulaire propre, peu connu, et en tout cas peu employé par les non spécialistes.
2- Le registre soutenu ou soigné
Il n’est jamais spontané et demande des efforts particuliers d’attention et de recherche pour bien parler ou bien écrire. C’est celui de la production écrite ou littéraire; des discours ou textes prononcés en public. Il requiert une connaissance approfondie des ressources de la langue, tant sur le plan de la syntaxe (phrases complexes, règles classiques de concordance des temps, emploi de certains temps du subjonctif...) que sur le plan du lexique (vocabulaire recherché, rare, littéraire, technique...)



3- Le registre familier
Le registre familier est celui d’une parole spontanée. C’est celui de la conversation en famille, entre camarades, dans la vie de tous les jours, sur le stade, dans la rue, au bureau, etc. C’est un modèle plutôt oral qui comporte souvent des fautes au regard de l’usage correct. Il comporte lui -même plusieurs degrés, dont l’usage est lié à la situation de
3.1 Le registre populaire.
a. Vocabulaire : beaucoup d’interjections, de termes et de locutions argotiques, d’expressions imagées (hyperbole, redondances, etc.), de plaisanteries, d’intonations expressives.
b. Grammaire : suppression de ne dans les tournures négatives, emploi de on à la place de nous de y à la place de lui, tutoiement, nombreuses répétitions, usage fréquent de la phrase segmentée (Alors j’y ai dit, alors i m’a dit, etc.), enchaînement des phrases par juxtaposition ou par coordination.
3.2. Le registre vulgaire : mêmes caractéristiques que le registre populaire, avec plus de plaisanteries grossières, voire d’expressions ordurières.
3.3. Le registre argotique : emploi d’un vocabulaire codé, inconnu ou mal connu du grand public (propre aux truands, aux «loubards», etc.)

Le lexique Les formes verbales La construction de la phrase
Registre courant Vocabulaire usuel, généralement partagé Temps simples de l’indicatif , subjonctif présent Phrase simple, phrase complexe de longueur réduite
Registre familier Vocabulaire réduit, répétitif ; usage fréquent de l’onomatopée; intonation expressive ; expressions imagées ; mots incomplets ; termes populaires, vulgaires et argotiques Temps restreints de l’indicatif : présent, futur et passé composé Nombreuses entorses à la syntaxe ; ruptures de construction ; constructions incomplètes ; phrases segmentées ; suppression de « ne » ; enchaînement des phrases par juxtaposition ou par coordination ; emploi de on à la place de nous de y à la place de lui

Registre soutenu Vocabulaire précis et nuancé ; nombreuses références à la culture ; mots composés ; refus du « franglais », des termes importés récemment Tous les temps, tous les modes ; temps simples et composés ; usage de la concordance des temps Phrase complexe souvent longue ; constructions rigoureuses et recherchées ; nombreux déterminants ; nombreuses subordonnées

Ces indications sont en apparence commodes, mais en réalité discutables, car elles impliquent un jugement social et moral sur les manières de celui qui parle. Le théâtre et le roman s’efforcent souvent de reproduire les divers registres de l’usage familier ou populaire, par souci d’authenticité et d’expressivité. dans la représentation des types psychologiques et sociaux et des formes diverses de la communication dans la société moderne.
Emploi dans les textes
Les registres de langue peuvent être considérés de deux manières :
1. Le point de vue normatif les classe en registres corrects et incorrects. De ce point de vue, il y a donc des registres qu’on doit éviter d’employer dans la mesure du possible.
2. Le point de vue descriptif les analyse comme des ressources de la langue. Maîtriser sa langue, c’est pouvoir employer les différents registres selon les situations de communication.
Dans les textes, on peut rencontrer l’influence de deux points de vue :
* L’auteur s’en tient à la norme et s’interdit d’employer des registres incorrects ou registres bas.
* L’auteur joue sur toute la gamme des registres, en fonction de ses personnages et des situations où ils se trouvent. Cela le conduit donc souvent à jouer sur les registres marqués, ceux qu’on peut distinguer : le registre familier et le registre soutenu. En effet, le langage permet à lui seul de situer socialement le personnage et même de le caractériser psychologiquement. Le lecteur doit repérer les passages où ces registres sont employés, apprécier comment ils conviennent aux situations de communication.
Comment accéder au langage soigné
1. Substitution de mots à d’autres de même espèce (synonymie courante)
• Eviction d’un mot vulgaire ou commun au profit d’un mot plus «relevé». Le verbe «engueuler», par exemple, fréquemment employé, évoque l’animal (la gueule étant la bouche de certains animaux). Ne conviendrait-il pas, dès lors, de le remplacer par un autre verbe moins animalier ?
Exemples :
- gronder : familier
- rabrouer : courant
- reprendre : courant
- réprimander : courant
- sermonner : courant
- houspiller : courant
- semoncer : soigné
- tancer : soigné
- chapitrer : soigné
• Remplacement d’un verbe par une locution verbale
Exemples :
- affronter  faire face à
- aider  venir en aide, prêter main forte
- embarrasser  mettre dans l’embarras
- nuire  porter préjudice
- résister à  tenir tête à
- satisfaire  donner satisfaction à
- se décourager  baisser les bras
- envoyer  faire parvenir
2. Substitution de groupes de mots à d’autres de même fonction.
Exemples pour indiquer un point de vue :
- question économie : langage familier
- économiquement parlant : langage familier
- au niveau économique : langage courant
- au point de vue économique : langage courant
- en ce qui concerne l’économie : langage courant
- du côté économique : langage soigné
- sur le plan économique : langage soigné
- s’agissant de l’économie : langage soutenu.
3. Nominalisation à base adjective
- Ses réactions sont rapides, il a évité le danger grâce à cela.  Il a évité le danger grâce à la rapidité de ses réactions.
- L’exercice était simple, cela a surpris les étudiants.  La simplicité de l’exercice a surpris les étudiants.
- Les fruits sont abondants en été, cela fait plaisir.  L’abondance des fruits en été fait plaisir.
- Ces deux commerçants sont concurrents, cela profite aux consommateurs.  La concurrence entre ces deux commerçants profite aux consommateurs.
- Il était gravement malade, il n’a pas pu passer son examen.  La gravité de sa maladie l’avait empêché de se présenter à l’examen.
- Il a un regard franc.  La franchise de son regard...
- Son discours fut bref.  La brièveté de son discours...
4. Adjectivation d’adverbes :
Exemples :
- Il était très fatigué.  Sa fatigue était extrême.
- Il semblait parler facilement.  Sa parole nous paraissait aisée.
- Il fait souvent des erreurs.  Ses erreurs sont fréquentes.
5. Nominalisation à base verbale
Verbes + adverbe
On avait décidé de renvoyer définitivement les ouvriers.  Complément nominal + adjectif

le renvoi définitif des ouvriers
Conjonction + subordonnée circonstancielle
Quand ils arrivèrent... 
Parce qu’il était dévoué...  Préposition + complément nominal
A leur arrivée...
Grâce à son dévouement...
Phrase complexe
Et comme il se trompait sans arrêt, il a été rapidement limogé.  Phrase simple
Ses erreurs incessantes (répétées) ont évidemment entraîné son licenciement.
Verbes déclaratifs + conjonctions
Il dit que cette maison lui appartient. 
On dit qu’il a un certain talent.
Il dit que cet accident est dû à mon imprudence. 
(phrases complexes) Un verbe plus expressif
Il revendique la propriété de cette maison.
On lui prête un certain talent.
Il impute cet accident à mon imprudence.
(phrases simples)


Exercices

/I/ Même thème, trois langages différents : pouvez-vous repérer dans les trois textes qui suivent, les éléments communs et les différences de style ?

Texte 1
Ah ! quels coups durs on a supportés, ma petite. Enfin, ça y est. Dans le ciel, là-haut, on nous rend justice… C’est pas trop tôt… C’est le grand chambardement en Aragon. Les Aragonais se battent presque tous pour nous. La dictature, fini ! Et on va récupérer ce que ces salauds de putschistes nous ont volé. Quelle honte, ce régime ! Et les injustices à la pelle ! Terminus qu’y z ont dit, les Aragonais… Et y z’ont rétabli la loi. La nôtre. Ils reconnaissent leurs reines, les Aragonais.

Texte 2
Après tant de malheurs, ma fille, Dieu se montre enfin favorable : il s’est résolu à nous rendre justice. Les Aragonais, dans leur quasi majorité, se sont révoltés en notre faveur. Ils reprennent à nos tyrans ce qu’ils nous avaient pris. Ils brisent nos fers, mettent fin à l’injustice et à la honte. L’Aragon rétablit nos lois, l’Aragon reconnaît ses reines.

Texte 3
Après tant de malheurs, enfin le ciel propice
S’est résolu, ma fille, à nous rendre justice ;
Notre Aragon, pour nous presque tout révolté,
Enlève à nos tyrans ce qu’ils nous ont ôté,
Brise les fers honteux de leurs injustes chaînes,
Se remet sous nos lois, et reconnaît ses reines.
(Corneille, Don Sanche d’Aragon, 1650.)


/II/ A quel registre de discours pouvez-vous situer ces énoncés ?

1. Une fois, à Saint-Lazare, tu sais, les gens descendent, et puis faut aller tourner à la place, alors, tu sais, un bus, ça ne tourne pas comme une voiture... Un taxi, il vient, il allait se mettre là-bas. Il s’arrête juste à ras de moi, comme ça.

2. Nadine et sa mère préparent le repas dans la cuisine; papa vient d’arriver; il est assis dans un fauteuil et lit le journal, en fumant sa pipe.

3. La lune à son déclin profilait au bord de l’horizon sa silhouette de faucille au milieu de ces semailles infinies de grains luisants jetés à poignée dans l’espace.

4. Un flingue s’est tu, puis un autre. Roman est sorti, un peu cassé, la main gauche sur le bide, un colt au bout du bras droit. La pluie qui tombait dru lui délayait le raisiné sur la tronche. Ca semblait pisser du crâne à gros bouillons.

5. La réactivité aux bruits un peu intenses est considérable dès la naissance et le bébé sursaute très facilement. Ce n’est pas une raison pour penser qu’il est « nerveux ». Il est simplement très sensible aux bruits un peu forts, ressentis sans doute douloureusement.
Il a d’emblée une prédilection pour la voix féminine et une sensibilité particulière pour certaines plages sonores.
Il reconnaît la voix de sa mère dès l’âge de trois semaines, et celles des autres personnes de l’entourage peu de semaines plus tard. J’ai suivi un bébé qui, dès l’âge de sept semaines, fermait les yeux et rentrait la tête en entendant la voix du frère aîné de deux ans qui l’agaçait en permanence.

/III/ Relevez dans le texte qui suit, les traits de langage familier.

J’ai soixante-neuf ans et je cultive cent soixante-dix hectares.
Tous les matins, je me lève à six heures. Mes compagnons viennent manger et je fais chauffer le café. La patronne se lève après, tout doucement. Pendant que mes ouvriers déjeunent, je prends seulement du café et on cause du boulot de la veille, d’où on en est, de ce qu’on va faire. Quand ils savent leur travail de la journée, je vais curer mes deux vaches.
Si j’ai encore deux vaches, c’est parce que je veux pas être cultivateur et aller au lait chez le voisin. Je peux pas lui dire : « J’ai plus de vache parce que ça me rapporte pas. » Pourquoi est-ce qu’il me vendrait du lait, alors ?
Curer les vaches, ça me met en train. La patronne vient tirer quelques litres de lait pour la maison et après, je fais boire les veaux. Tout en faisant mon ouvrage, j’entends les tracteurs qui démarrent.

/IV/ Observez ce texte de Guy de Maupassant, choisi pour son registre familier:

«V’la l’affaire. J’étions embusqué à l’Eperon quand quèque chose nous passe dans le premier buisson à gauche, au bout du mur. Mailloche y lâche un coup, ça tombe. Et je filons, vu les gardes. Je peux pas te dire ce que c’est, vu que je l’ignore... -C’est-i pas un chevreuil ? - Ça s’peut bien, ça ou autre chose? Un chevreuil ?... oui...C’est p’t-être pu gros ? Comme qui dirait une biche. Oh ! j’te dis pas que c’est une biche, vu que j’l’ignore, mais ça s’peut !»

/V/ Les synonymes ci-dessous, groupés par séries, appartiennent soit au registre courant (C), soit au registre familier (F), soit au registre argotique (A), soit au registre soutenu (S). Classez-les en mettant le signe (X) dans la colonne concernée.

C A F S
détériorer
abîmer
esquinter
agriculteur
cultivateur
bouseux
amant
amoureux
flirt
mec
gigolo
accoucher
enfanter
dépoter
éloge
panégyrique
dithyrambe
apologie
peur
frousse
trouille
chocottes
terreur
dupe
victime
dindon
gogo


/VI/ Voici une liste de mots et d’expressions du registre courant. En vous aidant d’un dictionnaire, cherchez le maximum de synonymes dans les registres familier et soutenu. Que constatez-vous ? Quels termes, quelles expressions vous semblent les plus riches de sens ?

Avoir très chaud, avoir très froid, battre quelqu’un, voler (quelque chose à quelqu’un), voyager, regarder quelqu’un, manger, rencontrer quelqu’un.




/VII/ Voici une liste de mots et d’expressions du registre familier. En vous aidant d’un dictionnaire, cherchez le maximum de synonymes dans les registres courant et soutenu. Que constatez-vous ? Quels termes, quelles expressions vous semblent les plus riches de sens ?

se marrer, se gourer, rigoler, se barrer, faire des conneries, déconner, y en a marre, en avoir marre de, être branché, gagner sa croûte, un pieu, potasser.

/VIII/ Voici une liste de mots et d’expressions du registre soutenu et littéraire. En vous aidant d’un dictionnaire, cherchez le maximum de synonymes dans le registre courant. Que constatez-vous ? Quels termes, quelles expressions vous semblent les plus riches de sens ?

marri, bigarré, essuyer un camouflet, une célérité, crâne, derechef, inférer, incurieux, piètre, un homme lige, un lucre, madré, mander, obsolète.

/XIX/ Observez ces deux textes. Quel registre de langue dominant caractérise chacun d’eux ? Relevez les caractéristiques du registre dominant dans chaque texte : caractéristiques lexicale, syntaxiques et morphologiques.

Texte 1
La nature s’est une nouvelle fois déchaînée, hier, dans le nord des Philippines autour du volcan Pinatubo, entré en éruption il y a sept jours après six siècles d’inactivité. Une tempête tropicale a déclenché des pluies diluviennes entraînant des flots de boue et de cendres, pendant que le volcan redoublait d’activité. L’énorme masse de nuages gris-noirs, criblés de cendres volcaniques, a fait tomber une nuit artificielle en milieu d’après-midi jusqu’à Maille, située à 80 kilomètres au sud. Le trafic aérien y a même été interrompu en raison des éventuelles pannes que pourrait provoquer le cendre infiltré dans les réacteurs des avions.
(Sud-Ouest Dimanche, 16 juin 2001)

Texte 2
Enfin on partit, tous en chœur entassés ; cette année pour bien que tout le monde profite de la voiture et se rende compte que le père en avait une, personne n’avait été mis à la colonie, au diable l’avarice.
Papa conduisait comme un cochon ; tous les autres chauffards de la route le lui faisait remarquer, et j’avais les jetons chaque fois qu’il essayait de doubler une bagnole ; c’était une vieille traction ce qu’on avait, il disait que ça devait doubler tout.
Chaque fois qu’un de ces excités sortait sa sale gueule de sa quincaillerie pour le traiter de connard, son aîné rougissait ; il avait honte de son père ; et depuis le début il était en fureur parce qu’on l’avait jamais laissé toucher à la précieuse mécanique ; c’était un point sur lequel le père ne cédait pas.
Toutes les vingt-cinq bornes Patrick demandait qu’on lui laisse le volant, rien qu’un peu, et le père répondait fermement que non.
Merde, je ferais au moins aussi bien que toi, dit Patrick, humilié une fois de plus car le père venait de se faire agonir par un quinze tonnes.
(C. Rochefort, Les Petits enfants du siècle)  
Mots et tournures familiers, populaires et argotiques

• Andouille : niais, imbécile / étourdi, dissipé, irréfléchi.
• Avoir avalé sa langue : garder le silence.
• Avoir du pot : avoir de la chance.
• Avoir la langue bien pendue : parler beaucoup.
• Avoir la langue trop longue : ne pas savoir garder un secret.
• Avoir la bougeotte : avoir la manie de bouger ; avoir l’habitude de se déplacer, de voyager.
• Avoir le bourdon : être triste.
• Avoir les boules : être angoissé, déprimé ou exaspéré.
• Avoir la trouille : avoir très peur.
• Bouffer : manger.
• Casser les pieds à quelqu’un : l’importuner.
• Casser le cou, la figure, la gueule à quelqu’un : le battre, le rosser.
• Casser sa pipe : mourir.
• Citron : tête.
• Coûter les yeux de la tête/coûter la peau des fesses : coûter cher.
• Cracher : payer.
• Débile : idiot, imbécile, stupide, infantile
• Dégonfler (se) : renoncer à faire quelque chose.
• Emmerder qqn. : l’ennuyer, l’importuner.
• En avoir ras le bol : en avoir assez.
• Être en boule : se mettre en colère.
• Etre fauché/ne pas avoir un rond/ne pas avoir un radis : être sans argent.
• Etre un richaud /être bourré de fric/rouler sur l’or : avoir de l’argent.
• Faire du fric/gagner son bifteck/gagner sa vie : gagner de l’argent.
• Faire (se) la valise : partir.
• Faire (se) plumer/se faire taper : se faire dépouiller, se faire voler.
• Flic(un)/un poulet : un policier.
• flingue(un) : un fusil, un revolver.
• Flinguer : tirer avec une arme à feu sur qqn.
• Fous-moi la paix : laisse-moi tranquille.
• Jeter l’argent par les fenêtres/être un panier percé : dépenser de l’argent.
• La flotte : l’eau.
• La grande bleue : la mer.
• Mettre de l’argent de côté/être regardant : faire des économies.
• Ne te casse pas la tête : ne te fatigue pas.
• Panier à salade : voiture de police.
• Perdre la boule : s’affoler, devenir fou.
• Piger : comprendre, saisir.
• Pour des prunes : pour rien.
• Salaud : malhonnête.
• Savate(une) : quelqu’un qui est mou, sans personnalité.
• Sucer les fraises : être vieux.


Leçon 7

Péjoratifs et mélioratifs

On appelle péjoratif (du latin pejor = plus mauvais) un mot (ou une expression) qui contient une nuance de sens qui déprécie la personne, la chose ou l’action désignées.
A l’inverse, un mélioratif (du latin melior = meilleur) valorise ce qu’il désigne.
Péjoratifs et mélioratifs se distinguent donc par leur valeur appréciative.
Ex.« maison »est un mot de valeur neutre. A ce mot correspondent:
- des mots péjoratifs comme : masure, baraque, bicoque;
- et des mots mélioratifs comme : demeure, résidence, palais.
Péjoratifs et mélioratifs sont donc des moyens d’expression indispensables : ils servent à émettre des jugements de valeur.
Ex. Lorsqu’on dit d’un chanteur qu’il braille, on n’a plus besoin d’ajouter de commentaire sur son talent...Le mot en lui même est suffisamment péjoratif.
Inversement, il suffit souvent, dans le domaine publicitaire par exemple, de qualifier un produit de nouveau ou de naturel, ou de jeune, pour qu’il ait du succès. Ces trois mots ont aujourd’hui une valeur nettement méliorative.
On voit donc que le choix des mots est essentiel puisqu’il traduit notre jugement, nos pensées, nos goûts, nos sentiments.
/I/ La formation des péjoratifs et des mélioratifs
1. Les mots péjoratifs sont le plus souvent obtenus à partir de mots de valeur neutre auxquels on ajoute un suffixe péjoratif. Les principaux suffixes péjoratifs sont :
- ard : Un traînard, un vantard, un chauffard.
- asse : fadasse, tiédasse, rêvasser.
- ichon : pâlichon, maigrichon,
- âtre : verdâtre, bellâtre, marâtre.
2. Ce peut être aussi le mot qui, à lui seul, donne une nuance péjorative ou méliorative :
Ex. un festin est un repas somptueux; - un cancre est un mauvais élève
3. Dans certains cas, un terme peut être doublement péjoratif :
Ex. Hommasse pour caractériser une femme; femmelette pour qualifier un homme.
4. De nombreux péjoratifs sont enfin obtenus par emprunt au vocabulaire familier ou argotique. Le changement de registre de langue suffit à discréditer l’objet ou la personne désignés.
Ex. une voiture  une guimbarde, une chignole, une bagnole, un tacot (= une vieille et mauvaise voiture) ; un homme naïf  un gogo (homme crédule et niais, facile à tromper).
Inversement, le recours au registre soutenu permet de valoriser ce que l’on nomme.
Ex. une boisson  un nectar ; un groupe d’immeubles  une résidence
/II/ Les degrés d’appréciation
Les mélioratifs expriment une valeur positive; les péjoratifs expriment une valeur négative.
Ex. : Epatant ! Nul !
Mais cette opposition n’est pas toujours aussi nette. Il existe de nombreuses nuances intermédiaires. La différence de degré dans la valeur péjorative ou méliorative peut dépendre :
a. de la personne qui exprime son jugement ou son sentiment.
Ex. un professeur peut qualifier une copie de « médiocre » et signifier par là que le devoir est « moyen » (c’est le sens étymologique). Mais, pour un autre, le qualificatif prendra l’acception négative de « mauvais ».
b. de l’époque à laquelle est exprimé ce jugement ou ce sentiment
Ex. jusqu’au XIXe siècle, le mot misérable n’avait pas la valeur péjorative qu’il a aujourd’hui; il désignait celui qui est dans la misère, le malheureux (comme dans le roman de Victor Hugo : Les Misérables).
Il convient donc d’être précis dans l’expression des nuances péjoratives et mélioratives, et prudent dans l’interprétation des divers degrés de la dépréciation et de la valorisation.
/III/ L’importance du contexte
Il est parfois difficile de savoir dans quelle mesure un mot déprécie ou valorise un objet ou une personne.
En effet, le mot peut être neutre en lui-même, mais prendre une nuance péjorative ou méliorative selon son contexte.
Par exemple, les mots ambition ou artiste ont, suivant les cas d’emploi, une valeur plus ou moins positive. Les phrases : « C’est un jeune homme plein d’ambition» ou « C’est un artiste ! » ne disent pas si la personne qui les prononce est favorable ou non à l’ambition, si elle méprise ou estime les artistes. Seul le contexte permet de le deviner.
Ce contexte peut être :
1. la connaissance que nous avons de la personne qui s’exprime;
2. des propos similaires qu’il a déjà tenus;
3. un commentaire qui éclaire son point de vue, etc.
A l’oral, la nuance péjorative ou méliorative est plus facile à percevoir : le dédain ou l’admiration seront exprimés par l’intonation ou les mimiques.

Exercices

/I/ Dans cette liste, quels sont les mots nettement péjoratifs ? Quels sont ceux qui ne deviennent péjoratifs que dans un certain contexte? Faites pour chacun deux phrases qui soulignent leur double valeur.

rustaud - charlatan - mangeaille - rustique - lourd - courtisan - rêvasser - balourd

/II/ A partir des mots suivants, quels mots péjoratifs peut-on former par suffixation ?

crier - jaune - brave - traîner - violet - court - gueuler- geindre - brailler - mou

/III/ Ces mots péjoratifs ont été formés par suffixation. En vous aidant d’un dictionnaire, recherchez leur origine et le mot dont ils sont la transformation.

- canaille - piétaille - gommeux - paillard - lavasse - pendard .

/IV/ A quels verbes de valeur neutre correspondent ces péjoratifs ? Classez - les selon qu’ils dérivent ou non du terme neutre correspondant.

- s’accoutrer - s’amouracher - gesticuler - mâchonner - se pavaner - pérorer - pleurnicher - rabâcher - traînasser

/V/ Dans le texte suivant, remplacez les mots entre parenthèses par les péjoratifs qui conviennent :

Tout avait commençait un matin (gris). Un (homme) étrange était entré dans la boutique de Mme Hortense en faisant retentir la sonnette (aiguë). Il était (vêtu) d’une veste très (cintrée) et son teint était (pâle) sous la lumière (vive) du néon. D’une voix (nasale) et d’un ton (ferme), il a (demandé) un paquet de cigarettes. Il a (présenté) un billet de dix francs qu’il a extrait de son portefeuille d’un geste (lent). Puis, après avoir repris sa monnaie et dit un (discret) «merci», il s’est dirigé vers la porte qu’il a ouverte et refermée avec (force).

/VI/ Notre époque juge péjoratifs les mots de cette liste. Par quels euphémismes remplace-t-on aujourd’hui ces mots ? (Un euphémisme est un mot qui atténue ce qu’une réalité a de choquant.)

- aveugle - sourd - chômeur - vieux - concierge - domestique - nègre

/VII/ En vous aidant d’un dictionnaire, cherchez si ces mots étaient autrefois péjoratifs comme il le sont aujourd’hui :

- vulgaire - médiocre - piètre - benêt - vilain - une commère.

/VIII/ Ces mots, de sens neutre quand ils sont employés hors de tout contexte, peuvent être utilisés comme péjoratifs. Que désignent-ils alors.

un requin - un épicier - un clou - un cornichon - un chameau- une dinde.

Leçon 8

Sens propre et sens figuré

- Donne-moi de quoi écrire, Ahmed, s’il te plaît !
- Tiens, voilà une feuille et un stylo
La feuille dont parle Ahmed n’est pas, bien sûr, une feuille d’arbre, mais une feuille de papier sur laquelle on peut écrire. Pourquoi le mot feuille désigne-t-il des réalités aussi distinctes ? C’est parce qu’à cause d’une certaine propriété commune, on a transformé sur un nouvel objet un mot qui en désignait un autre :
feuille ( d’arbre )  [ minceur ]  feuille ( de papier )
Mais lorsqu’on emploie ce terme à propos du papier, on ne songe plus du tout à cette analogie. De même on «oublie» que le cœur est l’organe de la vie pour ne retenir que le sens de « ensemble des sentiments qu’éprouve une personne ».
On appelle sens figuré le sens qu’un mot peut prendre, en plus de son sens propre.
Ex. avoir une maladie de cœur
Ici le mot cœur désigne l’organe de la vie. Il est utilisé au sens propre.
Ex. avoir bon cœur .
Cette expression signifie être généreux; le mot cœur est utilisé au sens figuré.
Comment expliquer qu’un même mot ait un sens propre et un ou des sens figuré(s) ?
L’existence des sens figurés dans une langue répond à deux exigences fonda- mentales :
1- Une nécessité d’économie : si chaque mot ne possédait qu’un seul sens, les mots d’une langue seraient innombrables.
2- Le besoin qu’a notre esprit de recourir au concret quand il veut se représenter des abstractions, se les figurer. Ainsi, on dira d’un homme droit qu’il s’attache à la vérité, qu’un écrivain manque d’inspiration, etc.
/I/ Les changements de sens
Le sens propre d’un mot est aussi appelé : sens premier. C’est à partir de ce sens premier que l’emploi s’est étendu à d’autres domaines et que le mot a pris un ou des sens figuré(s).
Parfois, le sens premier du mot a été oublié; seul le sens figuré est resté dans l’usage.
Ex. le mot «tête» vient du latin testa qui signifiait «pot de terre» !
L’emploi du mot au sens figuré est dû à la ressemblance de forme qui existe entre un pot de terre et...une tête ! Mais cette association a été rapidement oubliée et le mot n’est passé dans la langue que dans son sens figuré.
Dans la plupart des cas, sens propre et sens figuré coexistent, chacun s’appliquant à un domaine particulier.
Ex. le gel : phénomène météorologique;
le gel des armements : l’arrêt de la course aux armements.
Généralement, nous n’avons plus conscience du passage du sens propre au(x) sens figuré(s); nous employons le mot tantôt au sens propre, tantôt au sens figuré, selon le contexte, comme s’il s’agissait de deux sens tout à fait différents.
Ex. cette viande est tendre ; cette maman est très tendre avec ses enfants.
L’existence d’un sens propre et d’un sens figuré est un cas particulier de la polysémie d’un mot.
/II/ Le passage du sens propre au sens figuré
Les cas les plus fréquents de passage du sens propre au sens figuré sont:
a. le passage de la réalité concrète à la notion abstraite.
Ex. endosser un manteau = le mettre à son dos, le porte
endosser la responsabilité = la prendre à son compte, l’assumer.
b. le transfert par analogie ou ressemblance.
Ex. les dents a) sens premier : celles de la mâchoire;
b) sens figuré : celles du peigne, du râteau, etc.
c. le transfert par analogie entre deux sensations.
Ex. Un spectacle savoureux, un ton sec.
A l’origine de ces emplois figurés, il y a le plus souvent une métaphore, c’est-à-dire une image qui associe deux réalités entre elles en les comparant de façon sous-entendue.
Dans la plupart des cas, le sens figuré est une métaphore passée dans l’usage et qui n’est plus perçue comme une création originale.
Pourtant, le sens figuré peut parfois être «rajeuni» :
- Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
- Doux comme les hautbois, verts comme les prairies[...] (Baudelaire)
Ces vers suggèrent des « correspondances » entre les différentes sensations et donnent aux adjectifs que nous avons mis en italique une grande richesse sémantique (c’est-à-dire une grande richesse de signification).

Exercices

/I/ En vous aidant d’un dictionnaire, retrouvez le sens propre de ces mots dont nous n’utilisons plus que le sens figuré :

Talent - scrupule - fléau - empêcher - arriver - leurrer - niais - berner .

/II/ Donnez le sens actuel de ces locutions figurées et dites à quels domaines elles ont été empruntées à l’origine :

Crever l’abcès - être aux abois - revenir à la charge - être dans le pétrin - être au bout du rouleau - mordre la poussière - être en butte à - battre son plein

/III/ Au sens propre et au sens figuré, un mot n’appartient pas toujours au même niveau de langue. Etudiez cette différence pour les verbes suivants :

Crever - balancer - débiter – empoisonner - dérailler - encaisser - éplucher.

/IV/ Ces mots sont utilisés au sens propre dans le vocabulaire scientifique et technique. Employez-les dans une phrase où ils auront ce sens. Puis dans une autre où ils prendront un sens figuré :

une aberration - une réaction - un cliché - une faille - les ressorts- une entorse - une éclipse - caustique - obtus.

/V/ Employez ces adjectifs dans des phrases de telle sorte qu’ils aient à chaque fois un sens figuré :

Cuisant - dévorant - terne - froid - piquant - sec.

/VI/ Remplacez les points de suspension de façon à donner à l’expression un sens figuré :

un éventail de ... - un tissu de ... - le fruit de ... - la soif de ... - la racine de ... - l’escalade de ... - un puits de ... - la fleur de ... - le champ de ...

/VII/ Employez chaque mot de la liste ci-dessous
a. dans une phrase où il gardera son sens propre;
b. dans une phrase où il prendra un sens figuré.

Mûr - léger – effacé - le cœur - un don - le rayonnement - la profondeur - frapper - échouer

/VIII/ Donnez comme complément aux verbes ci-dessous
a. un nom qui leur fera garder leur sens propre;
b. un nom qui leur donnera un sens figuré .

Assimiler - s’accrocher - viser - rompre - nourrir - effacer - soutenir - afficher - embrasser - amorcer - dénouer - soulever

/IX/ Associez les adjectifs suivants à des noms
a. qui leur feront garder leur sens propre;
b. qui leur feront prendre un sens figuré

Insipide - cuisant - épineux - fleuri - éclatant - bouillant - obscur - piquant

/X/ Etudiez les jeux de mots dans le texte suivant :

...Monsieur, je vous demande une petite minute d’attention : je voudrais que vous me donniez l’heure du départ des cars pour Caen ! Enfin, monsieur, Caen, dans le Calvados !
- C’est vague...
- En Normandie ! Ah ! ma parole, vous débarquez !
- Ah ! là où a eu lieu le débarquement , ... en Normandie... à Caen ?
- Voilà.
- Eh bien, prenez le car.
- Il part quand ?
- Il part au quart .
- Mais, le car est passé !
- Et bien, si le car est passé, vous l’avez raté.
- [...]
- ... mais si ça vous dit d’aller à Troyes, [...]
- Qu’est-ce que vous voulez que j’aille faire à Troyes ?
- Prendre le car.
- Pour où ?
- Pour Caen.
- Comment voulez-vous que je vous dise quand si je ne sais où ?
- Vous ne savez pas où est Caen ?
- Mais si je sais où est Caen;
Oh ! ne criez pas ! on va s’occuper de vous...
Alors il a téléphoné au dépôt. Mon Dieu, à 22 le car était là;
les flics m’ont embarqué à trois et suis arrivé au car où j’ai passé la nuit... Voilà mes vacances ! ( R. Devos, Vacances à Caen)





/XI/ Relevez dans le texte suivant tous les mots et expressions figurés :

Chez le docteur
(Personnages : Marie-Jeanne - Le docteur)
Marie-Jeanne : Bonjour, docteur.
Le docteur : Bonjour, mademoiselle. De quoi vous plaignez-vous ?
Marie-Jeanne : De rien. Moi, je suis optimiste. Je suis aussi journaliste. Je viens faire une enquête. Mon journal me prie de vous demander quelles sont les maladies les plus fréquentes que vous soignez. C’est pour une statistique.
Le docteur : C’est très varié. Parmi tant de malades qui viennent me voir, il y en a qui ont le cœur gros, d’autres qui ont le ventre creux, d’autres leurs jambes à leur cou. D’autres éclatent ou explosent. D’autres se tordent. Il y en a qui sont pliés en quatre. Il y en a d’autres à qui on a cassé les pieds. D’autres ont la rate dilatée. Certains n’ont plus de cœur; ils sont écoeurés. D’autres ont le sang qui ne fait plus qu’un tour; de la moutarde qui leur est montée au nez; à d’autres, on leur a tourné la tête. Plusieurs voient rouge, ou tout en noir. Nombreux sont qui ont la gueule de bois...ou mal aux cheveux; il faut les leur couper en quatre. Il y a les maniaques qui tirent tout par les cheveux. Beaucoup sont sur les genoux quand ils n’ont pas le cœur brisé. d’autres encore sont pourris et corrompus. Je ne peux rien faire pour ceux qui sont crevés. Il y a les gonflés sans compter les intouchables. Il y a ceux qui se lèvent du pied gauche, celles qui ont un pied anglais, les pieds dans le plat, les pieds de nez. J’ai des patients qui ont du nez, d’autres qui n’en ont pas. Je soigne des personnes qui ont un poil dans la main, ou qui ont leur idée derrière la tête, ou qui la perdent, qui n’ont pas les yeux en face des trous. J’ai des malades mentaux qui ont le fou rire, des vicieux qui lèchent les bottes, qui boivent la tasse, ou qui se font du mauvais sang, quand ils ne cassent pas leur pipe. Il y a ceux qui ont froid aux yeux et ceux qui sont tout feu tout flamme. Je reçois aussi les monstres, les faux frères, les personnes qui versent des larmes de crocodile, ou qui ont la tête de bois, un cœur de glace, un cœur de pierre, les yeux plus gros que le ventre, le cœur sur la main, une langue de vipère.
Marie-Jeanne : Etes-vous aussi vétérinaire ?
Le docteur : Très peu. On ne peut guérir les ânes et les chameaux. Cependant, je soigne les petits rats de l’Opéra et les oies blanches.
Marie-Jeanne : Soignez-vous les goutteux ?
Le docteur : C’est leur faute; ils boivent la goutte tous les matins. Je leur donne des gouttes.
Marie-Jeanne : Et ceux qui n’y voient goutte ?
Le docteur : Je leur fais des transfusions car ils n’ont pas une goutte de sang dans les veines ; je leur donne du sang froid, du sang chaud, c’est selon.
Marie-Jeanne : Et s’il n’y a pas de donneurs de sang ?
Le docteur : On leur donne du sang de navet.
Marie-Jeanne: Est-ce que les transfusions reviennent cher à vos patients ?
Le docteur : Ça ne leur coûte que les yeux de la tête.
( Eugène Ionesco, Exercices de conversation et de diction française pour étudiants américains )

Expressions et locutions avec les mots : cœur , yeux , nez , bras, pied, sang.


Cœur :
• A contre cœur : contre son envie, son désir.
• Ami de cœur : ami choisi pour des raisons affectives et non par intérêt.
• Apprendre, réciter par cœur : de mémoire.
• Avoir le cœur à l’ouvrage : être enthousiaste pour un travail.
• Avoir le cœur gros : être triste.
• Avoir le cœur sur les lèvres : être entièrement sincère.
• Avoir le cœur sur la main : être sincère dans les actes.
• Avoir le cœur dans la gorge : être angoissé.
• Avoir mal au cœur : avoir des nausées.
• Avoir quelque chose sur le cœur : avoir du ressentiment.
• A votre bon cœur : formule servant à demander un geste de générosité.
• Bourreau des cœurs : séducteur.
• Cœur de marbre, de pierre : caractère dur, insensible.
• Cœur d’or : caractère doux, généreux; personne généreuse.
• Connaître quelqu’un par cœur : le connaître parfaitement bien.
• De bon cœur : sans être forcé, volontiers.
• Déchirer le cœur, percer le cœur : faire souffrir.
• Dîner (manger, souper) par cœur : ne pas dîner.
• Être de tout cœur avec qqn.: partager ses émotions.
• Lever le cœur, soulever le cœur : écoeurer, dégoûter.
• Ouvrir son cœur : se confier.
• Sans cœur : dur, insensible.
• Serrer le cœur : rendre triste et angoissé.
• Si le cœur vous en dit : si vous en avez envie.

L’œil, les yeux :
• Avoir, tenir qqn. à l’œil * : le surveiller sans relâche.
• Avoir un oeil qui joue au billard et l’autre qui compte les points : loucher.
• Accepter qqch. les yeux fermés : en toute confiance, sans vérification.
• Ce n’est pas pour ses beaux yeux : ce n’est pas par amour pour lui.
• Faire les gros yeux à qqn. : le regarder d’un air mécontent, sévère.
• Fermer les yeux : se refuser à voir, par tolérance, connivence, lâcheté, etc.
• Il m’a ouvert les yeux : il m’a fait comprendre ce que je ne savais pas.
• Mauvais oeil : regard auquel on attribue la propriété de porter malheur.
• N’avoir d’yeux que pour qqn. : ne voir que lui, ne s’intéresser qu’à lui.
• N’avoir pas froid aux yeux : avoir un regard résolu, audacieux, décidé.
• N’avoir plus que les yeux pour pleurer : avoir tout perdu.
• Ne pas avoir les yeux dans la poche : être un bon observateur.
• Ne pas avoir les yeux en face des trous : ne pas voir clair, être mal réveillé.
• Ne pas fermer l’œil de la nuit : ne pas dormir.
• Ouvrir l’œil : être très attentif.




Nez
• A vue de nez : à première estimation, approximativement.
• Avoir du nez : être clairvoyant, prévoyant.
• Avoir qqn. dans le nez : le détester, ne pas pouvoir le sentir.
• Cela se voit comme le nez au milieu de la figure, du visage : c’est très apparent.
• Fermer la porte au nez de qqn. : le congédier.
• Fourrer son nez partout : être curieux.
• Mener qqn. par le nez : Le mener à sa guise.
• Mettre le nez dehors : sortir.
• Mettre son nez, fourrer son nez dans les affaires d’autrui .
• Ne pas voir plus loin que le bout de son nez : être borné.
• Passer sous le nez : échapper à qqn. après avoir semblé être à sa portée.
• Piquer du nez : laisser tomber sa tête en avant (en s’endormant).
• Se casser le nez à la porte de qqn. : trouver porte close, et fig. éprouver un échec.
• Se manger, se bouffer le nez (pop.) : se battre, se disputer violemment.
• Se trouver nez à nez avec qqn. : le rencontrer brusquement;
• Tirer les vers du nez : faire parler, questionner habilement.

Bras
• Avoir le bras long : avoir du crédit, de l’influence.
• Avoir un bras de fer : avoir une grande autorité, une volonté inflexible.
• Avoir un pied dans la fosse, la tombe : être très vieux, moribond.
• Baisser les bras : abandonner la lutte, renoncer à l’action.
• Couper bras et jambes à qqn. : lui enlever ses moyens d’action, le paralyser d’étonnement.
• Être le bras droit de qqn. : être son principal agent d’exécution
• Les bras m’en tombent : je suis stupéfait.
• Lever les bras : se rendre.
• Ne vivre que de ses bras : que d’un travail manuel.
• Recevoir qqn, à bras ouverts : l’accueillir avec empressement.
• Se croiser les bras, rester les bras croisés : sans rien faire.
• S’endormir dans les bras du Seigneur : mourir.
• Tendre le bras vers qqn. : implorer son aide.
• Tendre, ouvrir les bras à qqn. : lui porter secours, lui pardonner.
• Un gros bras : un homme robuste.

Pied
• Avoir les pieds et les poings liés : être réduit à l’impuissance.
• Avoir un pied dans la fosse, la tombe : être très vieux ou moribond.
• Ça vous fera les pieds : ce sera pour vous une bonne leçon, ça vous apprendra à vivre.
• Être sur pied : être debout, être levé. « Dès 5 heures, il est sur pied» ou «Le malade sera sur pied dans quelques jours = il sera rétabli»
• Faire des pieds et des mains : faire l’impossible, employer tous les moyens.
• Il est bête comme ses pieds : très bête.
• Marcher sur les pieds de qqn. : lui manquer d’égards.
• Mettre les pieds dans le plat : aborder une question délicate avec une franchise
• Mettre sur pied une affaire, une entreprise : monter, commencer une activité.
• Ne pas savoir sur quel pied danser : être dans l’indécision.
• Retomber sur ses pieds : se tirer à son avantage d’une situation difficile, par adresse ou par chance.
• Se lever du pied gauche : être de mauvaise humeur.

Sang
• Avoir le sang chaud : être irascible, impétueux.
• Avoir du sang dans les veines : être courageux, résolu.
• Avoir du sang de navet : être sans vigueur, lâche.
• Avoir du sang sur les mains : avoir fait couler le sang.
• Avoir qqch. dans le sang : l’avoir inné, par nature, de naissance.
• Bon sang ne peut mentir (proverbe) : Le sang ne dégénère pas, les qualités des parents (ou ironiquement, les défauts) se retrouvent chez les enfants.
• Des êtres de chair et de sang : bien réels, vivants.
• La voix du sang : l’instinct familial.
• L’impôt du sang : le service militaire.
• Mettre à feu et à sang : ravager, saccager en brûlant, en massacrant.
• Se faire du mauvais sang : s’inquiéter, se tourmenter dans l’attente.
• Suer sang et eau : faire de grands efforts, se donner beaucoup de peine.
• Verser son sang pour la patrie : donner sa vie.



Leçon 9

Les figures de style

L’étude des figures de style est indissociable de celle de la rhétorique, définie à la fois comme l’art de persuader et l’art de bien dire. Ce sont des tournures exprimant une idée ou un sentiment grâce aux divers moyens phonétiques, morphologiques, syntaxiques, sémantiques ou logiques, dont dispose la langue. Les figures de style sont le principal instrument de « l’art de bien dire ». La définition de la figure et la détermination des catégories de figures suscitent bien des débats chez les théoriciens. Nous rappelons seulement :
- que la notion d’ « écart » par rapport à une « norme » revient dans la plupart des analyses. Les figures du discours sont les traits, les formes ou les tours par lesquels le discours, dans l’expression des idées, des pensées ou des sentiments, s’éloigne plus ou moins de l’expression simple et commune.
- que considérée à l’origine comme un simple ornement, la figure est aujourd’hui sentie comme un moyen d’expression nécessaire et inévitable.
- que toute classification est discutable mais constitue une commodité pédagogique.
- que les définitions varient selon les théoriciens et que, dans un ouvrage d’initiation comme celui-ci, nous choisissons de présenter celle qui est la plus communément admise, en ne répertoriant que les figures les plus connues et d’usage fréquent.
On distingue quatre ensembles de figures : les figures de diction, les figures de construction, les figures de sens ou tropes et les figures de pensées.

1. L’Allégorie:

Au sens étymologique, l’allégorie consiste à s’exprimer (agoreuein) en d’autres termes (allos: autre) que ceux normalement attendus. Elle est en effet un type d’écriture symbolique, à double sens, fréquemment utilisée dans les textes mythique, les fables, la poésie médiévale. Elle reprend vie à notre époque.
C’est un procédé qui consiste à représenter une idée, une abstraction, un personnage ou un animal, sous une forme concrète. Par exemple, l’allégorie du temps est un squelette couvert de haillons et armé d’une faux. L’allégorie rend donc les idées moins abstraites, plus accessibles.
C’est un type d’écriture qui, à travers une suite d’images (souvent des métaphores), renvoie le lecteur à au moins deux sens :
- un premier sens dénoté, c’est-à-dire le sens direct et neutre de l’histoire racontée, de la scène évoquée;
- un sens second, connoté, c’est-à-dire suggéré par le premier, mais obligatoire parce que codifié.
Exemple : si l’on sait que La Fontaine écrit pour l’éducation du Dauphin, on décodera ainsi Le Corbeau et le Renard :

Sens n°1, dénoté Histoire d’un corbeau. Histoire d’un renard.
Sens n°2, connoté Histoire de quelqu’un qu’on flatte. Histoire d’un flatteur.
Sens n°3, connoté Histoire d’un roi que les courtisans flattent. Histoire d’un courtisan désireux de voler le roi.
Sens n°4, connoté Monseigneur, ne ressemblez pas à ce roi. Monseigneur, reconnaissez les flatteurs.

Quels procédés de style caractérisent l’allégorie ?
On distingue deux procédés allégoriques :
A. La métaphore filée, c’est-à-dire continuée.
Exemple : la terre réveillée par le Printemps, dans le roman de la Rose
La terre même se délecte { cette première métaphore suscite les autres }
De la rosée qui l’humecte
Et oublie la pauvreté
Où elle a tout l’hiver été
La terre alors devient si fière
Qu’elle change sa robe entière;
Et sait si joliment la faire
Que de couleurs elle a cent paires

A. La personnification donne figure humaine aux abstractions, aux animaux, aux objets, elle les concrétise, les fait parler. La personnification se fait par métaphore (la rose c’est la femme), par synecdoque (Strasbourg a gagné = une équipe, un élément du tout ville de Strasbourg), par métonymie (dans Le Roman de Renard, le coq se nomme Chantecler = l’effet pour la cause coq).

Exemples :

- L’honnêteté universelle proteste contre ces lois protectrices du mal. (Hugo)

- Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire. (Apollinaire)
{La mémoire est représentée sous la forme d’un navire qui a beaucoup voyagé sur les mers.}

- Ô douleur ! ô douleur ! Le temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie ! (Baudelaire)

{Dans cette strophe de Baudelaire, le temps est l’objet d’une allégorie: il est représenté comme un monstre dévorateur, l’ennemi de l’homme par excellence. Il mange la vie, le cœur, le sang de l’homme et lui prend sa vigueur. Par cette allégorie, le poète exprime sa conscience aiguë du temps qui passe et son angoisse devant son pouvoir destructeur.}

2. L’Antiphrase :

Fondée sur le mensonge et l’hypocrisie apparents, l’antiphrase (de même que l’ironie) substitue à un sens un autre de surface. Arme de moraliste, elle implique la connivence et même l’engagement du lecteur.
L’antiphrase consiste à dire l’inverse de ce que l’on pense mais de manière à ce que le lecteur avisé comprenne l’allusion. L’antiphrase provoque et soutient l’ironie.
L’antiphrase provoque souvent des effets de tristesse, de tragique, d’amertume et d’indignation.

Exemples :

- La société serait bien mal faite si l’argent allait au talent, si les honneurs allaient au mérite, les places à la capacité. Où serait l’égalité sociale? Ce serait toujours tout pour les mêmes. Un scandaleux cumul! Que deviendrait Dupont? Et Durand ? Et Machin, que nous connaissons tous. (Alexandre VIALATTE, chroniques des grands micmacs,1989.)

{Alexandre Vialatte pense que la société fonctionne mal. L’argent ne récompense pas le talent, pas plus que les honneurs ne récompensent le mérite ou que les postes à responsabilité ne sont pas attribués aux personnes compétentes.}

- On me dit que, pendant ma retraite économique, s’est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions qui s’étend même à celles de la presse et que, pourvu que je ne parle, en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement sous l’inspection de deux ou trois censeurs.
(Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte V, sc. 3, 1784)
{Beaumarchais critique la censure d’origine religieuse et la censure d’origine politique. Il critique le manque de liberté de la presse, s’insurge contre l’impossibilité d’aborder certains sujets ou de parler de certaines personnes haut placées dans la hiérarchie sociale}

- À une femme laide, un méchant criera: « Ô Vénus admirable, les poches de vos yeux attirent mes regards. »

- Sur quoi m’as-tu donc fait ce serment? – Ah! Sur rien,
Peu de chose après tout ! La tête de ton père!
Cela peu s’oublier. (Hugo, Hernani, 1830)

3. L’Antithèse :

On fait coexister deux termes de sens contraire à l’intérieur du même énoncé. L’antithèse met en évidence un conflit qui peut être au centre de l’œuvre. L’opposition entre deux réalités, deux personnages, deux idées, deux sentiments est ainsi mise en relief.
L’antithèse peut opposer systématiquement, deux à deux, les mots, les propositions, les phrases d’un paragraphe ou d’un texte.
La structure antithétique est inhérente au conte et aux mélodrames (psychologie des personnages). Elle est fréquente dans les exposés didactiques, les textes argumentatifs, la dissertation. En poésie, elle rend compte des grandes oppositions du cosmos et de la nature humaine : vie/mort, été/hiver, jour/nuit, jeunesse/vieillesse, etc.
La langue met à notre disposition plusieurs possibilités normatives d’exprimer les oppositions:
1. Les antonymes. Ces couples de contraires (autoriser/interdire, connu/inconnu) expriment l’opposition.
2. Les compléments circonstanciels d’opposition. Introduits par une préposition, ils sont de nature antithétique : Malgré sa fatigue, il est reparti.
3. Les subordonnées circonstancielles d’opposition. Les conjonctions ou locutions qui les introduisent sont déjà porteuses d’opposition : Même si c’était vrai, je ne le croirais pas.
4. L’opposition par coordination ou juxtaposition. On choisit des segments ou des phrases de signification contraire :
- Il parle, mais pour ne rien dire.
- Il est riche, mange chichement, il est avare.

Exemples :

- Tu nous tiens par la joie, et surtout par les larmes,
Jeune homme on te maudit, on t’adore vieillard. (Hugo)

- Mille drapeaux blancs sont déployés tout à coup, qui attestent non d’une capitulation mais d’une victoire.

- Mais le vice n’a point pour mère la science,
Et la vertu n’est pas fille de l’ignorance.

{à remarquer que dans ces deux derniers vers, les deux phrases occupent, chacune, un vers et s’opposent terme à terme, à la même place}

- Je l’adorais vivant et je le pleure mort. (P.Corneille)

{Opposition entre deux états : la vie et la mort, et entre deux sentiments : l’amour et la tristesse.}

- Présente, je vous fuis, absente, je vous trouve. (J.Racine)

{Opposition entre deux réalités : la présence et l’absence, et entre deux situations : la fuite et la rencontre.}

- Innocents dans un bagne, anges dans un enfer.
Ils travaillent. (V.Hugo)

{Opposition entre deux réalités : l’innocence / anges – et l’emprisonnement}

- Ni vu ni connu
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu! (Paul Valéry, Charmes)

- De quoi qu’en ta faveur mon amour m’entretienne,
Ma générosité doit répondre à la tienne:
Tu t’es, en m’offensant, montré digne de moi;
Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.
(Corneille, Le Cid, tirade de Chimène)

{Dans les deux premiers vers de Corneille, nous avons une opposition entre circonstancielle d’opposition et la principale. Le devoir s’impose contre l’amour, d’où ces antithèses et ce paradoxe des vers 3 et 4.}

- Quelle chimère est-ce donc que l’homme? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre; dépositaire du vrai, cloaque d’incertitude et d’erreur; gloire et rebut de l’univers. (Pascal, Pensées)
{Dans ce texte de Pascal, nous constatons la présence d’antithèses par opposition d’exclamations: quel monstre, quel…/quel prodige; quelques antonymes : dépositaire/cloaque; gloire/rebut. Ces antithèses mettent en évidence la condition humaine : l’homme est un être et un lieu de contradiction.}

- On ne naît pas en naissant (antithèse et paradoxe). On naît quelques années plus tard, quand on prend conscience d’être. Je suis née vers l’âge de cinq ans,(antithèse et paradoxe) si je m’en souviens bien. Et naître à cet âge c’est naître trop tard, car à cet âge on a déjà un passé (antithèse et paradoxe), l’âme a forme. À peine un papillon est-il né qu’il essaie ses ailes.[…]
Hélas ! je n’étais pas un papillon. J’étais un buffle. (antithèse)
(R. Ducharme, L’Avalée des avalés, Gallimard, 1966)


4. L’Euphémisme :

Certaines images nous sont si cruelles, ou du moins si désagréables, que nous reculons devant le terme qui les exprimerait trop crûment. À cet adoucissement de l’expression, par raison de sentiment, parfois de tact et de politesse, on donne le nom d’euphémisme. Il s’agit donc d’employer, à la place d’un mot, un autre mot ou une expression qui atténue son sens. L’euphémisme a pour effet de dissimuler une idée brutale ou jugée inconvenante, d’atténuer des idées ou des sentiments désagréables, cruels, grossiers, agressifs. C’est une sorte de litote qui atténue des impressions défavorables, odieuses. Il respecte la douleur d’autrui, ménage sa susceptibilité. Très utilisé en diplomatie, il ressemble à de l’hypocrisie. L’euphémisme est un cas particulier de litote.
L’euphémisme est souvent lié à d’autres procédés de style, par exemple la métonymie (prendre la porte = cause de l’effet recherché : sortir).
L’euphémisme c’est la marque de l’obéissance à la censure sociale et aux tabous. Il respecte la douleur d’autrui ou ménage la susceptibilité : un parent tuberculeux a quelque chose aux bronches; un autre , cancéreux , souffre d’un mal sérieux ou d’une maladie longue et incurable et va subir une intervention chirurgicale . S’il meurt, nous accompagnerons au cimetière, non son cadavre, mais ses restes, ou ses cendres . En évoquant le décès d’une personne on dit qu’elle n’est plus, qu’elle a vécu, qu’elle s’en est allée, qu’elle nous a quittés ; on dit le troisième âge pour désigner les vieillards / C’est une contre vérité = c’est un mensonge / Il n’est pas génial = il n’est guère intelligent.



Exemples :

- Nous avons cru tous que la fin (la mort) venait.

- Ce jus de pomme n’est pas des plus fameux {= il ne vaut rien.}

- Je ne suis pas très satisfait de votre travail.

- On s’attend d’un moment à l’autre à ce que M. le Marquis ne passe {ne meure}.

- Nous entrons en récession.
{euphémisme qui dissimule un état de crise. L’usage en est courant dans le monde d’aujourd’hui.}

- Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine. (A.Chénier)

- La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse.
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse. (Baudelaire)

5. La gradation :

La gradation accumule des termes en les ordonnant selon une progression d’intensité croissante ou décroissante pour créer un effet de dramatisation. Lorsque chaque mot apporte un complément de signification au précédent, la gradation est ascendante. Dans le cas inverse, elle est descendante.

Exemples :

- Ici l’on exulte; on éclate; on s’enivre par tous les sens. (Gide.)

- Ils montaient, graves, menaçants, imperturbables…(Hugo)

- Dix, vingt, mille soldats apparurent.
À cette vue il frémit, se mit à claquer des dents, tomba raide.

- Pierre marchait au milieu de ces gens, plus perdu, plus séparé d’eux, plus isolé, plus noyé, dans sa pensée torturante, que si on l’avait jeté à la mer du pont d’un navire, à cent lieues au large. Il les frôlait, entendant sans écouter, quelques phrases; et il voyait, sans regarder, les hommes parler aux femmes et les femmes sourire aux hommes.
(Guy De Maupassant, Pierre et Jean, 1888.)

{Maupassant utilise une progression d’intensité croissante : séparé/isolé/ noyé. Il exprime ainsi l’immense solitude du personnage coupé des autres, qu’il frôle sans toucher, qu’il entend sans écouter et qu’il voit sans regarder. Pierre n’entre en communication avec personne.}

- Diphile commence par un oiseau et finit par mille: sa maison n’en est pas égayée, mais empestée. La cour, la salle, l’escalier, le vestibule, les chambres, le cabinet, tout est volière; ce n’est plus un ramage, c’est un vacarme.[…] Il retrouve ses oiseaux dans son sommeil: lui-même il est oiseau. Il est huppé, il gazouille, il perche; il rêve la nuit qu’il mue ou qu’il couve. (La Bruyère, Les Caractères)

{Diphile commence… mille: gradation ascendante. La cour… le cabinet : énumération. Lui-même il est oiseau… qu’il couve : gradation ascendante. Les deux gradations ont une telle outrance satirique qu’après avoir provoqué le sourire elles le figent au moment où la passion se transmue en une véritable psychose. L’énumération a un effet similaire: c’est vraiment la totalité de l’espace qu’occupent les oiseaux.}

- «Néanmoins, la vie sera élucidée.
Car à vingt ans tu optes pour l’enthousiasme, tu vois rouge, tu ardes, tu arques, tu astres, tu happes, tu hampes, tu décliques, tu éclates, tu ébouriffes, tu bats en neige, tu rues dans les brancards, tu manifestes, tu arpentes la lune, tu bois le lait bourru nouveau, tu déjeunes à la branche, tu pars à la découverte, tu visites l’air des champs les ruines les métropoles (...).
À quarante ans je te retrouve rongeant ton frein, tu fondes sur la sympathie, il y a un cerne noir à toute chose, tu déshabilles du regard, tu convoites, tu prémédites, tu disposes tes chances, tu te profiles, tu places ton sourire tes phrases tes bouquets tes collets tes canapés, tu estimes, tu escomptes, tu commerces, tu carbures à prix d’argent, tu te pousses dans les milieux, tu médis du tiers et du quart ou fais du plat selon le rang, tu arroses (…)
À soixante ans tu dates, tu radotes, tu perds la main l’ouïe tes dents, le coeur te faut, les jambes te flageolent, tu tombes en faiblesse, encor un peu et tu retombes dans une enfance touchée à mort.»
(H. Pichette, les Épiphanies, éd. Gallimard, 1947)

- Sur son plateau il avait pris : une assiette de tomates coupées en tranches, parsemées de persil. Un oeuf mayonnaise. Une assiette contenant un morceau de poulet rôti (cuisse) et des pommes de terre frites. Un verre d’eau. Un yaourt. Trois sachets de sucre en poudre. Un quignon de pain rassis. Un couteau, une fourchette, une cuiller à soupe, une cuiller à café. Une serviette en papier fin sur laquelle il y avait écrit : « Bon appétit!» ou quelque chose de ce genre.
Besson essaya d’avaler les tomates et de couper le poulet. Mais la nourriture était hostile, elle glissait sur l’assiette, refusait d’être mâchée ou avalée. L’eau coulait du verre sur le menton, comme si un farceur avait percé un trou dans le récipient.
L’oeuf dérapait dans la mayonnaise, et le poulet bougeait. Tout était répugnant, cadavre mal cuit, racines mortes, goût de terre, et peut-être même déjà d’excrément. (J.MG. Le Clézio, Le Déluge, Gallimard, 1966.)

6. L’Hyperbole :

L’hyperbole est un procédé stylistique fondé sur la substitution d’un mot ou d’une expression B à un mot ou une expression A normalement attendu, de façon à exagérer : B dit plus que A. Exemple: Nous offrons ce téléviseur à un prix incroyable(B) = intéressant (A).
L’hyperbole peut doubler un autre procédé. Ainsi, dans la phrase publicitaire « l’ouragan souffle sur les prix », ouragan est à la fois métaphorique et hyperbolique. L’hyperbole essaie de convaincre et/ou de faire rire.

6.1 L’adynaton : est une hyperbole tellement exagérée qu’elle paraît fallacieuse. En somme, c’est une hyperbole hyperbolique. Ex : Il a un appétit à avaler des bœufs entiers, des autruches crues et même des tas de briques.
Hyperboles et adynatons sont évidemment présents en publicité puisque tout produit doit paraître extraordinaire.

Exemples:

- Il pèse deux tonnes.

- Fort comme un bœuf.

- Je vous envoie un million de baisers.

- C’est le plus grand film de toute l’histoire du cinéma.

- Ils se sont rués à l’assaut du but adverse.
{hyperbole et métaphore guerrière. Effet: le sport, c’est un peu la guerre.}

- Le géant roumain du basket a crucifié l’infortuné Racing. {hyperbole et métaphore}

- Jamais un visage si spirituel, si touchant, jamais une fraîcheur pareille, jamais tant de grâce ni plus d’esprit, jamais tant de gaieté et d’amusement, jamais de créature plus séduisante. (Saint-Simon, Mémoires, II)

7. L’Ironie :

L’ironie est une antiphrase dont le but est la raillerie. Elle implique la connivence du lecteur. L’ironie est souvent sarcastique, déclenche le sourire, le rire et se met au service de l’humour. Appliquée à un seul mot, l’ironie s’appelle antiphrase. Ex.- C’est du propre (= c’est le comble de la saleté).

Exemples:

- À un sans gêne qui occupe une énorme place, on dira : «je ne vous dérange pas trop ?»

- Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. (Voltaire, Candide)

{Dans ce texte célèbre de Voltaire, dont les effets sont l’indignation devant la stupidité guerrière et l’indifférence des responsables à l’égard des soldats massacrés, l’ironie se décode facilement, mot à mot: il faut chaque fois comprendre l’antonyme. Par exemple, beau ramène à laid, harmonie à tintamarre, meilleur des mondes à pire des mondes, coquins à braves gens. Leste, brillant, ordonné sont les indicateurs tragiques de la révolte de Voltaire.}

8. La Litote :

La litote est un écart paradigmatique (= dans le choix des mots). On atténue une idée par une tournure moins forte, souvent la forme négative. Par la litote on exprime beaucoup plus qu’il n’est dit. C’est le contraire de l’hyperbole. Ex. : Elle ne m’est pas indifférente, veut dire je l’aime.
La litote est souvent liée à d’autres procédés stylistiques comme la métonymie (ex. le joueur a reçu un carton jaune = a commis une faute). La publicité utilise volontiers la litote. Il lui suffit de l’image d’un sac à main et d’un slogan du type «Nous n’avons que cet objet à vous vendre». L’objet à vendre est photographié ou dessiné et le texte feint de minorer les qualités du produit, joue l’hypocrite modestie.

Exemples :

- On ne meurt pas de faim ici.{on mange bien et trop}

- Le courage n’est pas son fort.{litote fort ironique parce que le remplacé est une personne lâche}

Il n’a pas inventé l’eau tiède.
{dans cette litote humoristique à valeur métonymique, le remplacé est homme stupide. Il y a un rapport métonymique entre la cause (la bêtise) et sa manifestation ou son effet = pas d’invention!.}

- Les Maures, peuple nomade, ont fait une halte de huit siècles en Espagne.
{à la place de halte de huit siècles, il faut comprendre très longue occupation. La litote est de nature humoristique : le locuteur feint de confondre halte de nomades et occupation guerrière}.

- Il m’envoyait des regards qui manquaient de tendresse.{= chargés de rancune ou de colère.}


- Colin devait le jour à un brave laboureur qui, après avoir payé tous ses impôts, ne se trouvait pas puissamment riche au bout de l’année.

- Il était loin d’appartenir à une famille aristocratique.{= il était d’origine populaire}

- Ce n’est pas mauvais. {= c’est très bon}.

- Ce qu’il avait de moins admirable, c’est d’être l’homme du monde le mieux fait et le plus beau.

- Va, je ne te hais point. (Corneille).

- Ce garçon-ci n’est pas sot, et je ne plais pas la soubrette qui l’aura. (Marivaux)

- Ce n’est pas un mauvais sort que d’être jeune, beau et mince.(Giraudoux)

- La grande modestie n’est pas apparente dans les blasons. (H.Michaux)

{ = la prétention (la suffisance) de l’homme apparaît dans les blasons.}

9. La Métonymie :

La métonymie, procédé de style fondé sur la substitution, permet de marquer les liens de contiguïté et de causalité entre les éléments du réel. C’est un écart par lequel on remplace un signe linguistique normalement attendu A par un autre B, selon un rapport de contiguïté ou de cause à effet entre A et B.
Exemple: tomber sur un os (B) signifie rencontrer un problème (A). Le rapport est de cause à effet.
La métonymie permet une désignation plus imagée et une concentration de l’énoncé. Elle est fréquente dans la langue parlée.

Les types de métonymie :

1. Le contenant pour le contenu :
C’était toute l’auberge qui déménageait, l’un en caleçon, l’autre en chemise.{Le terme auberge, appliqué proprement à une construction, désigne ici l’ensemble de ses habitants. On dira de même: La maison se réjouit, la ville est en liesse, la maison est en émoi, la salle applaudit à tout rompre, il fume la pipe.}

2. Le signe pour la chose signifié (signifiant/signifié) : le trône pour la royauté ou le roi; la couronne pour le pouvoir royal ; le minaret pour la mosquée
- Il y avait là toutes les têtes couronnée d’Europe.
- Mille drapeaux blancs sont déployés tout à coup, qui attestent non d’une capitulation mais d’une victoire.

3. La cause pour l’effet : lire du Balzac {Balzac = la cause pour le roman = l’effet}.
-Il n’y a pas la moindre ombre sur cette colline {ombre = l’effet pour la cause = arbre}.
-vivre du résultat de son travail {de l’argent qu’on gagne en travaillant}.

4. Abstrait/concret : le beau ***e, bonheur de ma vie, sa force nous écrase, une pensée transparente. Et vice versa : Concret/abstrait : les fers pour désigner la servitude.

5. L’instrument / l’objet pour l’utilisateur : un violon pour un joueur de violon. Une excellente plume = un auteur habile dans l’art d’écrire.

6. Le lieu pour l’objet qu’il représente : une bouteille de Zamzam, Le Quai d’Orsay. Il a mangé du Cantal. Il nous quitta pour la tombe.

7. Le physique pour le moral : C’est quelqu’un qui a du nez (de l’intuition). c’est un homme qui n’a pas de cœur (de bonté).

10. L’Oxymore :

On fait coexister deux termes de sens contraire à l’intérieur du même groupe. L’oxymore crée une nouvelle réalité : c’est le propre de la poésie.

Exemples :

- Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles .(P.Corneille)

- Un affreux soleil noir d’où rayonne la nuit. (V.Hugo)

- Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu. (P.Valéry)

11. Le Paradoxe :

Le paradoxe étonne et questionne, amuse ou inquiète. C’est une manière de penser et d’écrire contraire à l’habitude, aux idées reçues, aux valeurs généralement admises, de sorte qu’il ne laisse pas le lecteur indifférent. D’où son emploi dans la presse, les textes polémiques, la publicité et, bien entendu, l’humour.
La “morale” des Fables de La Fontaine adopte souvent l’allure paradoxale : “Les plus à craindre sont souvent les plus petits” (Le Lion et le Moucheron). Les polémistes sont friands de paradoxes : “L’opinion de la majorité, c’est le consensus des ignorants”
(P.Gripari, Reflets et réflexes, l’Âge d’Homme, 1983).

Exemples:

- Un aveugle qui voyait clair.

- L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. (Rousseau)

- De quoi qu’en ta faveur mon amour m’entretienne,
Ma générosité doit répondre à la tienne :
Tu t’es, en m’offensant, montré digne de moi;
Je me dois, par ta mort, montrer digne de toi.
(Corneille, Le Cid, tirade de Chimène)

{Dans les deux premiers vers de Corneille, nous avons une opposition entre circonstancielle d’opposition et la principale. Le devoir s’impose contre l’amour, d’où ces antithèses et ce paradoxe des vers 3 et 4.}

- On ne naît pas en naissant (antithèse et paradoxe). On naît quelques années plus tard, quand on prend conscience d’être. Je suis née vers l’âge de cinq ans,(antithèse et paradoxe) si je m’en souviens bien. Et naître à cet âge c’est naître trop tard, car à cet âge on a déjà un passé (antithèse et paradoxe), l’âme a forme. À peine un papillon est-il né qu’il essaie ses ailes.[…]
Hélas ! je n’étais pas un papillon. J’étais un buffle. (antithèse)
(R. Ducharme, L’Avalée des avalés, Gallimard, 1966)

12. La Périphrase :

Pour désigner un être ou un objet, on utilise une expression au lieu du mot précis. C’est-à-dire, on remplace ce mot par plusieurs autres qui le définissent. La périphrase crée une attente, attire l’attention sur une qualité. La vie, selon Lamartine, serait «Ce calice mêlé de nectar et de fiel». Le chêne, toujours selon Lamartine, «c’est le géant des collines.»

Exemples :

- De la dépouille de nos bois, l’automne avait jonché la terre.

- Le fondateur du Royaume d’Arabie saoudite. (le Roi Abdulaziz Al-Saoud)

- Le héros de la bataille de Hattin.(Saladin)

- La capitale de l’Arabie Saoudite (Riyad)

- Les lieux saints de l’Islam (la Mecque et Médine)

- La ville Lumière (Paris), la ville éternelle (Rome), la ville Sainte (Jérusalem), la Venise du Nord (Amsterdam).

- Le toit du Monde (l’Himalaya).

- L’or noir (le pétrole).

- La mer de tous les vices (Le chômage).

- La messagère du printemps (l’hirondelle).
13. La Personnification :

C’est un procédé qui consiste à faire d’un être inanimé ou une idée abstraite un personnage réel, doué de vie et de sentiments. Elle crée l’impression que les choses vivent et pensent, que les idées ont une existence autonome, indépendant des hommes.

Exemples :

- Tout à coup l’orage accourt
Avec ses grosses bottes mauves
Il piétine les bégonias les blés les prés
Il marche sur les chênes. (Raymond Queneau)

{Dans ces vers, l’orage est personnifié avec les mots accourt, grosses bottes, piétine, marche. L’orage devient une sorte de géant qui piétine tout avec les bottes mauves que sont les éclairs.}

- Tout est malade; dans la brume
L’air s’enroue et l’arbre s’enrhume;
Le nuage est torrentiel.
L’ouragan tousse à l’aventure. (Hugo)

{Ces vers de Hugo contiennent une personnification du paysage environnant: il est une personne malade.}

- Vers le palais Rosemonde au fond du rêve
Mes rêveuses pensées pieds nus vont en soirée. (Apollinaire)

{Les pensées du poète deviennent des femmes qui vont au bal. Les mots indiquent cette personnification: rêveuses, pieds nus, vont en soirée.}

14. La Synecdoque :

La synecdoque est un procédé stylistique de substitution par lequel on remplace un mot normalement attendu A par un autre B selon un rapport d’inclusion. Elle procède du particulier au général ou du général au particulier.
Exemple de synecdoque particularisante : Le buste survit à la cité (Th. Gautier). Le buste, élément B remplace l’ensemble sculpture A, ce qui donne une impression de gros plan, valorise l’élément buste.
Exemple de synecdoque généralisante : Il porte un feutre. L’élément feutre B remplace l’élément chapeau A. Les sèmes de chapeau sont inclus dans l’ensemble feutre. Effet de recul, d’éloignement, de généralisation.

Les types de synecdoque :

1. Le singulier pour le pluriel, et vice versa :

- l’adversaire pour les adversaires.
- L’homme est mortel.
- Il a la lèvre en feu.
- il faudrait des De Gaule…
- Elle s’arrête au bord des ruisseaux Elle chante
Elle court Elle pousse un long cri vers le ciel (Hugo)
- Je lui ai vendu mes terres. (un are)
- le pain quotidien pour la nourriture.
- C’est quelqu’un dont on parle dans les journaux. (dans les médias)

2. Un caractère particulier/une qualité d’une chose sert à désigner l’ensemble :
- ma Citroën, ma 4 chevaux, ma six-cylindre, ma six-places. (ma voiture)
- Je n’ai même pas un rond. (une pièce de monnaie)

3. La partie pour le tout :
- un peau rouge pour un homme à peau rouge.
- Il nous manque des bras (des hommes).
- J’ignore le destin d’une tête si chère. (J.Racine)
- C’était une confusion, un fouillis de têtes et de bras qui s’agitaient (d’hommes et de femmes). (E. Zola)
- Cet homme n’est tout entier que regard.
- Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles.

4. La matière pour l’objet ou l’être :
- Ce bronze n’est pas réussi.
- Son fer s’est coupé en deux. (son poignard…)
- La terre fume sous le fer. (Le soc)

4. Un nom propre pour un nom commun ou l’inverse : un Harpagon pour un avare, un Tartuffe pour un hypocrite / la balkanisation…

5. le genre pour l’espèce et vice-versa :
- Le bovidé pour la vache, l’oiseau pour le moineau…
- C’est quelqu’un dont on parle dans les journaux. (dans les médias)
- La viande de cet animal n’est pas tendre.

15. LA COMPARAISON ET LA METAPHORE

La comparaison et la métaphore servent à créer des images. Il s’agit de rapprocher un comparé et un comparant qui appartiennent à deux univers différents. Le point commun qui les réunit attire l’attention du lecteur.

A. La comparaison :

Le procédé de la comparaison met en relation deux réalités. Trois éléments sont nécessaires dans l’énoncé : le comparé, l’outil de comparaison et le comparant. Les outils de comparaison sont variés :

Les noms Les verbes Les adjectifs Les adverbes
et locution
Les prépositions
ressemblance
similitude,
en forme de,
sorte de ressembler,
sembler,
avoir l’air,
on dirait…
semblable à,
pareil à,
tel,
analogue à

Comme, ainsi que, Plus que, moins que, aussi que En, de, «un nez en trompette»

Exemples :

- Belle comme le jour.

- L’infortunée hurlait comme une démente.

- Le ciel qui de bleu était devenu blanc, était de blanc devenu gris. On eût dit une grande ardoise.

- J’aimais toute la campagne, semée de petits bois et traversée par des ruisseaux qui couraient dans le sol comme des veines, portant le sang à la terre.(Guy de Maupassant)


- Le sable rouge est comme une mer sans limite.
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit. (Leconte de Lisle, Les Eléphants.)

- Le seul témoignage un peu chaleureux était la table devant la fenêtre, dont l’étroit plateau, tel un pupitre d’écolier, était maculé de taches d’encre et de graffitis gravés du bout de la plume.
(Didier Decoin, La Femme de chambre du Titanic, 1991, Ed. Du Seuil.)

- Ces feuilles tombant toujours semblaient des larmes, des grandes larmes versées par les grands arbres tristes qui pleuraient jour et nuit sur la fin de l’année, sur la fin des aurores tièdes et des doux crépuscules.

(Guy De Maupassant)

- C’était l’automne. Des deux côtés du chemin les champs dénudés s’étendaient, jaunis par le blé fauché qui couvrait le sol comme une barbe mal rasée. (Guy De Maupassant)

- Vous mènerez tous les deux une vie calme et sans orage… comme deux moutons qui paissent dans la même prairie.
(Eugène Labiche, La Cagnotte, acte I, sc.6, 1864.)

{Cet extrait de Labiche renferme une comparaison évaluative qui crée un effet comique de dévalorisation des personnages.}

- Jaime la lune, ardente et rouge comme l’or.(Hugo)

- Mais les voyageurs sont ceux-là qui partent
pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons. (Baudelaire)

- Des mots anciens comme des bouquets de fleurs fanées! (Verlaine)

- Mon cœur bredouille en ma poitrine
Comme une vieille horloge.{point commun:bruit irrégulier} (Francis Jammes)

B. La métaphore :

Le procédé de la métaphore associe deux réalités. Le lecteur perçoit une ressemblance grâce à un effort d’interprétation. La métaphore n’utilise pas de mot outil. Dans la métaphore annoncée (ou in praesentia), le comparé et le comparant sont exprimés et liés grammaticalement. Dans la métaphore directe (ou in absentia), seul le comparant est exprimé. La métaphore filée est une suite de métaphores sur le même thème. La première métaphore en engendre d’autres dans la suite du texte.
Exemple de métaphore filée:
Bergère ô Tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin. (Apollinaire)

Exemple de métaphore annoncée (in praesentia):
“Je me suis baigné dans le Poème de la mer” (Arthur Rimbaud)
{Ce qu’il y a de commun entre le poème et la mer c’est le bain, l’immensité, le rêve, le voyage.}

Exemple de métaphore directe (in absentia):
Le médecin des statues. Les sèmes communs à médecin et à réparateur (= le comparé) sont nombreux (homme + conservation + rétablissement, etc.)

Exemples :

- Toute âme est un sépulcre où gisent mille choses.

- La mer, c’est la forêt.

- L’air est plein d’une haleine de rose {comparant humain absent, motif (haleine) exprimé}.

- Ces cheveux d’or sont les liens, Madame,
- Dont fut le premier ma liberté surprise. (Joachim Du Bellay) {caractéristique commune: ôtent la liberté}

- L’insecte vert qui rôde,
- Luit, vivante émeraude,
- Sous les brins d’herbe verte. (Hugo) {point commun : couleur verte et forme}

- Les branches d’arbres me caressent le visage. (Maupassant)

- Mon Dieu ! Le bonheur est une perle si rare dans cet océan d’ici-bas ! Tu nous l’avais donné, pêcheur céleste, tu l’avais tiré pour nous des profondeurs de l’abîme, cet inestimable joyau…(Musset)

- Le ciel se penche sur la terre et ne la reconnaît pas. (Superville)

- Ô douleur, Ô douleur, le temps mange la vie
Et du sang que nous perdons croît et se fortifie. (Baudelaire)

Les fonctions de la comparaison et de la métaphore
• La fonction explicative. Les deux procédés de style rendent concrète une idée abstraite. Ils servent à rendre plus intelligible une idée.
• La fonction créatrice ou poétique. En remplaçant un mot attendu par un autre, les comparaisons et les métaphores créent un écart surprenant. Ainsi se développe un univers second, souvent merveilleux ou fantastique. Ces comparaisons et métaphores interviennent dans les descriptions romanesques et la poésie.
• La fonction évaluative. Présents dans la stratégie argumentative, ce sont des moyens de valorisation et de dévalorisation propres à susciter des réactions émotives comme :
1. L’amusement par la caricature, notamment le zoomorphisme (homme=animal);
2. L’admiration par l’idéalisation (choix d’un comparant positif);
3. Le dénigrement par l’exagération ou l’atténuation (choix d’un comparant négatif). Ces comparaisons et métaphores interviennent dans la publicité, les discours politiques, les dialogues de roman ou de théâtre.

Exercices
/I/ Dans les exemples suivants, distinguez comparaison et métaphore. Dans quels cas peut-on parler de personnification, d’allégorie ?

a. Ah Mort, le port commun, des hommes le confort,
Viens enterrer mes maux, je t’en prie à mains jointes. (Pierre de Ronsard)
b. Sa barbe était d’argent comme un ruisseau d’avril,
Sa gerbe n’était point avare ni haineuse.
[...]
Et toujours du côté des pauvres ruisselant
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques. (Victor Hugo)
c. Jeunes gens le temps est devant vous comme un cheval échappé
Qui le saisit à la crinière entre ses genoux qui le dompte
N’entend désormais que le bruit des fers de la bête qu’il monte
Trop à ce combat nouveau pour songer au bout de l’équipée.
(Louis Aragon)

/II/ Dans chacun des exemples de l’exercice /I/, distinguez le comparé et le comparant. Indiquez quels effets produit leur rapprochement .

/III/ Expliquez le sens des métaphores suivantes qui sont passées dans le langage courant:

un rat d’hôtel - une tête de turc - un appétit d’oiseau - un bouc émissaire

/IV/ Dans les exemples suivants distinguez métonymie et synecdoque, et expliquez quel lien logique existe entre le terme employé et le terme remplacé.

Ex. : Il fait partie du Croissant Rouge. (Dans cette phrase, il y a métonymie de l’insigne pour l’organisme.)

1. Il a été enfermé à Sainte-Anne (hôpital psychiatrique).
2. Il est mis aux fers.
3. J’ignore le destin d’une tête si chère.
4. On attendait hier une réaction de la Maison Blanche après la décision du Krémlin. L’Elysée pour sa part, n’a fait aucune déclaration.
5. Votre ***e n’est là que pour la dépendance;
Du côté de la barbe est la toute-puissance.(Molière)
6. Étranger dont la voile a si longtemps longé nos côtes. (Saint-John Perse)
7. La poupe en pleine mer s’éloigne de la rive.
8. Elle nous quitta pour la tombe. (Victor Hugo)
9. Le pays tout entier a célébré la victoire de son équipe nationale.
10. La rue assourdissante autour de nous hurlait. (Baudelaire)
11. C’était une confusion, une fouillis de têtes et de bras qui s’agitaient (Zola)
12. L’Homme est mortel.

/VI/ Dans les exemples suivants, distinguez les antithèses et les paradoxes et étudiez-les.

a. Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre.
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire
Et dérober au jour une flamme si noire. (Jean Racine)
b. Ecrire un texte pour se moquer de la littérature, c’est faire de la littérature.
c. On appelle ce jargon beauté poétique...qui consiste à dire de petites choses avec de grands mots. (Blaise Pascal)
d. Puisqu’on ne peut être universel en sachant tout ce qui se peut savoir sur tout, il faut savoir un peu de tout (Blaise Pascal)
e. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles. (Pierre Corneille)
f. On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes. (Voltaire)
g. J’embrasse mon rival mais c’est pour l’étouffer. (J.Racine)
h. Et monté sur le faîte, il aspire à descendre. (P.Corneille)

/VII/ Dans les exemples suivants, relevez les périphrases et étudiez-les.

a. Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte et blanchit déjà les bords de l’horizon. (Lamartine)
b. Mais aujourd’hui qu’enfin la vieillesse venue,
Sous mes faux cheveux blonds, déjà toute chenue,
A jeté sur ma tête, avec ses doigts pesants,
Onze lustres complets, mélangés de trois ans... (Boileau)
c. L’astre du jour, de ses rayons éclatants, réchauffa le pays tout entier.

/VIII/ Dans les exemples suivants, distinguez les hyperboles, gradations, litotes, euphémismes et étudiez leurs effets.

a. La jeune veuve
L’époux d’une jeune beauté
Partait pour l’autre monde. A ses côtés, sa femme
Lui criait : «Attends-moi, je te suis; et mon âme,
Aussi bien que la tienne, est prête à s’envoler.»
Le mari fait seul le voyage. (J. de La fontaine)
b. ...Va, je ne te hais point. (P. Corneille)
c. Il venait de lire l’aventure d’un amant qui, dans le chagrin de n’être point aimé, remplissait les forêts de ses pleurs. (Marivaux)
d. (A propos du nez de Cyrano)
C’est un roc!... c’est un pic!... c’est un cap!
Que dis-je, c’est un cap,... c’est une péninsule! (Edmond Rostand)
e. Ah! Oh! Je suis blessé, je suis troué, je suis perforé, je suis administré, je suis enterré. (Alfred Jarry)

/IX/ Exercice : Récrivez, sous la forme de litotes polies, les affirmations ci-après:

1. Ce plat est mal cuisiné.
2. Ce jeune homme est un sot.
3. C’est une personne ignare.
4. Cette histoire est absurde.
5. Votre récit est ennuyeux.
6. La fête fut on ne peut plus morne.
7. Ce costume ne vous sied pas.

/X/ Classez d’un côté les phrases qui comportent une comparaison, de l’autre celles qui comportent une métaphore. Puis développez les métaphores pour les transformer en comparaisons :

1. C’était une femme forte, très ridée, avec une crinière épaisse. (A.Philippe)
2. Les articles arrivent sur les comptoirs comme les primeurs des fruits et légumes dans les marchés. (J.Cayrol)
3. La patrie des innombrables peaux-rouges et des grands troupeaux de bisons qui vont et viennent comme le flux de la mer.(B.Cendrars)
4. Une terre au flanc maigre, âpre, avare, inclément. (V.Hugo)
5. Jardins, vous ressemblez à des manchons de loutre, à des mouchoirs de dentelles. (L.Aragon)
6. Et le temps m’engloutit, minute par minute (Baudelaire).

/XI/ Relevez les figures de rhétorique contenues dans les extraits de textes que voici.

a. Jusqu’au fond de nos cœurs notre sang s’est glacé.
b. Je me représente la vaste enceinte des sciences comme un grand terrain parsemé de places obscures et de places éclairées. (Diderot)
c. Ils font cesser de vivre avant que l’on soit mort. ( La Fontaine)
d. Va, cours, vole et nous venge. (Corneille)
e. Trois mille six cent fois par heure la Seconde Chuchote: Souviens-toi!
(Baudelaire)
f. Celui-là chez eux est sobre et modéré, qui ne s’enivre que de vin. (La Bruyère)
g. Après avoir décrit une «pension bourgeoise» sale et délabrée, Balzac présente la propriétaire de cette pension : Cette pièce est dans tout son lustre au moment où, vers sept heures du matin, le chat de Madame Vauquer précède sa maîtresse.
h. Rome entière noyée au sang de ses enfants. (Corneille)
i. Le vaisseau planétaire emporte aujourd’hui 4 milliards d’hommes.
j. Ecoutez votre pendule, et dites-vous qu’il y a chaque seconde deux bouches de plus à nourrir.
k. Chaque seconde, dans le monde, voit s’envoler 500 avions.

Exercice : Ce poème de R. Desnos accumule les expressions métonymiques tirées de la langue populaire.

C’était un bon copain
Il avait le cœur sur la main
Et la cervelle dans la lune
C’était un bon copain
Il avait l’estomac dans les talons
Et les yeux dans nos yeux
C’était un bon copain
Il avait la tête à l’envers…
Quand il prenait ses jambes à son cou
Il mettait son nez partout
C’était un charmant copain
Il avait une dent contre Étienne…
À la tienne Étienne à la tienne mon vieux
C’était un amour de copain
Il n’avait pas sa langue dans sa poche
Ni la main dans la poche du voisin
Il ne pleurait jamais dans mon gilet
C’était un copain
C’était un bon copain. (R. Desnos, Corps et Biens, Gallimard, 1953)


Leçon 10

Rhétorique des genres littéraires

L’étude d’un texte suppose la connaissance du genre littéraire auquel il appartient. Il est clair qu’on ne peut analyser de la même manière une page de roman, un extrait de théâtre ou un poème. Chaque texte se réfère à un ensemble de règles caractéristiques d’un genre, même si parfois il s’écarte de ces règles. Au-delà des grandes divisions traditionnelles entre roman, théâtre et poésie, on peut entrer dans le détail et distinguer différents registres plus ou moins codifiés auxquels les oeuvres renvoient : le comique, le pathétique, le tragique, l’épique, etc. Ces registres ne sont pas caractéristiques du roman, du théâtre ou de la poésie. Il existe des romans, des poèmes tragiques ou comiques comme il existe des tragédies ou des comédies au théâtre. Les frontières entre les genres et entre les registres ne sont donc pas infranchissables. Bien au contraire, le mélange des genres et la référence d’une oeuvre à des textes de tradition différente sont fréquents. Il est néanmoins indispensable de maîtriser le vocabulaire de cette rhétorique des genres littéraires.

/I/ Le genre narratif

A. Le narrateur
Pour que le lecteur suive facilement l’intrigue, il faut situer le récit dans le système auteur/personnages et choisir un type de point de vue (on raconte et on décrit d’un certain point de vue).
Celui qui raconte l’histoire est le narrateur. Selon les rapports qu’il entretient avec l’auteur et les personnages, quatre situations narratives sont possibles:

Pronoms utilisés Genres

Situation 1
Le narrateur, l’auteur et le héros sont une même personne * Prédominance du je.
Il, elle apparaissent quand le narrateur parle des autres personnages. Roman autobiographique, confession

Situation 2
Le narrateur et le héros sont une même personne
* Prédominance du je.
Il, elle apparaissent quand l’auteur parle des autres personnages
Oeuvre de témoignages, certains articles de presse.
(un narrateur raconte sa vie à l’auteur)

Situation 3
Le narrateur est l’auteur
(= narrateur explicite ou présent)
* Prédominance de il et elle. Le je peut intervenir pour les réflexions personnelles du narrateur.
Cas le plus général : romans, contes, nouvelles, récits de presse.

Situation 4
Le narrateur n’est pas l’auteur (= narrateur implicite ou absent)
* Prédominance de il et elle. Le je peut intervenir pour les réflexions personnelles du narrateur.
Cas particulier : l’auteur présente un narrateur à qui il laisse la parole.

B. Le point de vue
Etudier le point de vue dans un récit consiste à répondre à la question:
Qui voit ?

On distingue :
1. Le point de vue « externe » ou « objectif »
Le narrateur est extérieur à l’intrigue. Il raconte et décrit objectivement ce qu’il est censé voir et entendre , c’est un simple témoin oculaire, qui n’interprète pas les événements et ne connaît pas les pensées des personnages.
Exemple : Un homme déboucha de la rue Saint-Antoine en courant, traversa la place, tourna le grand enclos de la colonne de Juillet, et se glissa entre les palissades jusque sous le ventre de l’éléphant. (V.Hugo)

2. Le point de vue « interne » ou « subjectif »
Le narrateur raconte ce que fait, sent, pense un personnage, comme s’il l’habitait. La vision des événements et des autres personnages est celle d’un personnage qui participe à l’histoire et l’interprète à sa manière.
Exemple : Fabrice entendit un cri sec; c’étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets; et, lorsqu’il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l’escorte. ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait...(Stendhal)

3. le point de vue « omniscient » ou « global »
Le narrateur semble avoir tous les pouvoirs. Son savoir n’est borné par aucune limite. Il sait tout sur les personnages, leurs pensées, leurs intentions, il décrit des scènes qui ont lieu au même moment dans des endroits différents. Il établit des relations entre des faits très éloignés dans le temps et l’espace; il s’introduit dans l’âme des personnages.
Exemple : ( Zadig et Sémire) virent venir à eux des hommes armés de sabres et de flèches. C’étaient des satellites du jeune Ocran. (celui -ci) n’avait aucune des grâces ni des vertus de Zadig; mais, croyant valoir beaucoup mieux, il était désespéré de n’être pas préféré. Cette jalousie, qui ne venait que de sa vanité, lui fit penser qu’il aimait éperdument Sémire. (Voltaire)

C. L’agencement du récit
Tout récit ou toute grande partie d’un récit enchaîne les uns aux autres des situations, des événements, de même qu’une phrase, dans sa syntaxe, enchaîne des mots et des groupes de mots les uns aux autres. Certains de ces événements sont particulièrement importants, et forment des nœuds du récit, des phases essentielles de son développement :
1- La situation initiale.
2- La rupture de cette situation.
3- Le déséquilibre.
4- L’action d’une force inverse.
5- Le rétablissement de l’équilibre initial.

D. Les personnages du récit
Tout récit met en action des personnages, qui peuvent agir, séparément ou ensemble, et qui en sont les unités constitutives, comme les différentes classes de mots (nom, verbe, adjectif, etc.) sont les unités d’une langue .
1- Le héros, personnage principal, porteur des désirs les plus passionnés, et des rôles les plus valeureux. Il agit en vue d’obtenir un bien ou remplir une mission.
2- L’objet de la mission du héros, par exemple la femme aimée, ou un trésor ou la gloire, ou le pouvoir, ou la liberté, ou la justice, etc.
3- Le bénéficiaire (ou le destinataire) de l’action du héros, ce peut être un autre personnage que le héros, ou le héros lui-même.
4- Le détenteur de l’objet ou de la valeur désirés par le héros : il peut donner ou refuser ce bien au héros ou à un autre bénéficiaire.
5- L’auxiliaire du héros, qui lui vient en aide dans ses entreprises.
6- L’adversaire du héros (ou l’opposant), qui contrarie et cherche à ruiner ses entreprises.

E. Les diverses sortes de récit
Selon les buts recherchés par l’auteur, les lieux et les temps évoqués, la psychologie et les intentions des personnages, les récits peuvent être classés de la manière suivante :

1- Le récit réaliste
Le narrateur recherche le maximum d’objectivité dans la peinture du réel. Il doit donc donner des renseignements précis sur les lieux, l’époque, le milieu social. Même précision dans l’étude de la psychologie des personnages.




2- Le récit historique
Le narrateur veut faire revivre une époque plus ou moins lointaine et une ou plusieurs figures historiques de cette époque. Il doit donc évoquer fidèlement les lieux, le temps, les costumes, les actions des personnages.

3- Le récit d’aventures
Le narrateur présente des situations et des actions inattendues ou extraordinaires qui, généralement, se passent dans des pays lointains qu’explore le héros.

4- Le récit policier
Le héros, un policier ou un détective, doit mener une enquête à partir d’un fait énigmatique, d’un vol, d’un meurtre. Ce genre de récit s’adresse principalement à l’intelligence du lecteur qui doit lui aussi imaginer des pistes, rechercher des indices et des mobiles.

5- Le récit fantastique
Le narrateur introduit des faits étranges et troublants contraires aux normes de notre univers et à notre raison. Surnaturel, irrationnel, suspense, inquiétude, peur et panique sont des éléments essentiels de ce genre de récits.

6- Le récit de science-fiction
Le narrateur se fonde sur le progrès scientifique et technologique pour imaginer de nouveaux univers soumis à des lois étranges.

F. La description dans le récit
A la narration proprement dite qui consiste à représenter des actions ou des événements, on peut opposer la description, représentation d’objets, de lieux ou de personnages (dans ce dernier cas, on parle de portrait).
1-La première fonction de la description est essentiellement esthétique : elle constitue une interruption et un ornement plus ou moins étendus du récit. Cette fonction peut avoir pour objet de donner l’illusion du réel, comme souvent dans les romans réalistes.
2-La deuxième fonction est symbolique : la description d’un lieu, d’une série d’objets, des traits moraux ou physiques d’un personnage, agit comme un révélateur du personnage en question, de ses actions, du milieu dans lequel il évolue. Cette fonction symbolique sociale permet de situer les personnages socialement.
Lorsque la description s’attache à deux instants différents, au même espace ou au même personnage, elle permet d’en mesurer l’évolution.
3-lorsque l’objet ou l’être décrit est vu à travers le regard d’un personnage, ce dernier confère souvent à la description un caractère subjectif : la description traduit alors les sentiments ou les jugements de ce personnage. Dans un tel cas, on parle de description expressive, d’autant plus que le descripteur use des figures de style (comparaisons, métaphores...) qui traduisent son état d’âme.
4- La description permet enfin de diffuser un savoir ou des connaissances que le romancier a acquises lors d’enquêtes sur le terrain ou de lectures. C’est la fonction informative.

Le vocabulaire de la description

Verbes Adverbes Adjectifs Prépositions

*voir, apercevoir, entrevoir, distinguer, deviner, observer, épier, contempler, examiner, surveiller, scruter, suivre du regard, jeter un coup d’œil, découvrir, repérer

*se tenir, s’étaler, s’étendre, se dérouler, apparaître, se dresser, se manifester, surgir, se montrer, poindre...
*ailleurs, alentour,
autour, dedans, dehors, dessus, dessous, ici, là-bas, là, loin, près partout, nulle part
quelque part, ici-bas, en face,

*alors, ensuite, aujourd’hui, hier, demain, aussitôt, longtemps, la veille
le lendemain,
auparavant...
*Immense, démesuré, ample, spacieux, exigu, étroit, imposant, grandiose...

*énorme, gigantesque, excessif, monstrueux, colossal, démesuré, disproportionné
illimité...

après, avant, dans, depuis, derrière, depuis devant, entre,
à gauche, à droite, parmi, à côté de, à travers, autour de, au-dessus de, au dedans de, au bas de, en haut de, au ras de, afin de, à défaut de...

Le vocabulaire du portrait


Les yeux
Les cheveux
La bouche L’aspect physique général

Le caractère
marrons,
bleus, noirs,
verts,
vifs, brillants, luisants, pétillants, perçants, fixes, ternes, mornes, sombres, froids, globuleux, saillants, qui sortent de la tête, hagards, brûlants, flamboyants, mobiles,
malicieux,
sournois,
directs, ronds,
rieurs, francs,
fuyants,
tristes... noirs, blonds,
roux, châtains,
rebelles, tirés en arrière, courts, longs, raides (comme des baguettes de tambour), drus, en brosse, ondulés, frisés, bouclés, crépus, rares,
clairsemés, soyeux, fins, souples, laineux, vigoureux, abondants, touffus, épais, aplatis, lisses, plats, ébouriffés... large, étroite,
petite, fendue
pincée, rieuse, expressive, sensuelle, fine, dédaigneuse,
close, muselée, rester bouche bée, close, cousue, boudeuse, incrédule...
lèvres pendantes, fines, minces,
épaisses,
charnues,
gourmandes
... grand, petit,
élancé, trapu, mince, gras,
carré, gros,
corpulent,
massif, lourd, robuste, fort,
grêle, frêle, fluet, maigre
débile,
décharné, chétif,
filiforme,
squelette, ne plus avoir que la peau sur les os, fuselé, svelte, jambes interminables
bras musclés,
... brave, courageux, téméraire, vaillant, crâne, réservé, discret,
imprévisible,
timide, poltron,
peureux,
couard, lâche, froussard,
trouillard
hypocrite, rusé, méchant, malicieux, honnête, droit fidèle, loyal, sincère, intègre,
fier, modeste,
généreux,
orgueilleux, prétentieux, vaniteux...

Quels temps utiliser ?
Récit et description

Passé simple et présent de narration qui restitue mieux la vie.

Texte

Un moment, les obus des Prussiens, mieux dirigés, jetèrent de la confusion. Ils tombèrent sur deux caissons qui éclatèrent, tuèrent, blessèrent beaucoup de monde. Les conducteurs de chariots s’écartant à la hâte de l’explosion, quelques bataillons semblaient commencer à se troubler. Le malheur voulut encore qu’à ce moment un boulet vînt tuer le cheval
de Kellermann et le jeter par terre. Il
en remonta un autre avec beaucoup
de sang-froid, raffermit les lignes flottantes.
Il était temps. Les Prussiens, laissant
la cavalerie en bataille pour soutenir l’infanterie, formaient celle-ci en trois colonnes, qui marchaient vers le plateau de Valmy (vers onze heures).
Kellermann voit ce mouvement, forme aussi trois colonnes en face et fait dire sur toute la ligne : «Ne pas tirer, mais attendre, et les recevoir à la baïonnette.»
Il y eut un moment de silence.

Imparfait pour les actions qui durent
ou se répètent et pour les descriptions ?


Commentaire
Il est toujours possible de rapporter au présent les événements passés. C’est ce qu’on appelle le présent historique. C’est un moyen de rendre l’événement plus proche et donc plus saisissant. Le procédé est surtout remarquable quand il intervient brusquement, comme dans le texte ci- contre, dans un récit au passé. Ici, les présents voit, forme et fait sont des présents d’événement pour vit, forma, fit.
L’imparfait présente les faits comme s’étalant d’une durée plus ou moins longue sur l’axe du temps. Il marque souvent la durée ou la répétition: « quelques bataillons semblaient commencer à se troubler. »
Le passé simple présente les faits hors de toute considération de durée. Deux moments privilégiés d’une action appellent le passé simple : le moment où quelque chose commence à être et le moment où quelque chose aboutit «les obus jetèrent de la confusion. Ils tombèrent sur deux caissons qui éclatèrent, tuèrent, blessèrent beaucoup de monde



(Michelet)


/II/ Le genre dramatique
Le genre dramatique (du grec : drama = action) rassemble toutes les formes de l’écriture et de la représentation théâtrales. Le texte de théâtre comporte deux parties distinctes :
Les didascalies : ensemble des indications scéniques concernant les décors, l’époque, les costumes, les objets, les gestes de l’acteur, les intonations de sa voix et parfois les éclairages et l’illustration sonore;
Le texte, que les acteurs doivent prononcer.
*Dans ce texte, la réplique, c’est-à-dire chaque élément du dialogue qu’un acteur doit dire, peut être plus ou moins longue.
*Lorsqu’une réplique est longue on parle de tirade.
*Un aparté est une réplique qu’un personnage dit à part soi et que seul le spectateur est censé entendre.
*Un monologue est une réplique qu’un personnage seul en scène s’adresse à lui-même (ou adresse au public).
*Dans l’enchaînement des répliques, l’interruption marque l’inachèvement d’une réplique (l’interruption peut être volontaire ou subie).
Dans l’ensemble d’une pièce de théâtre, on distinguera :
l’action : ensemble des événements et des actes qui conduisent à la réalisation d’un ou plusieurs objectifs;
l’intrigue : ensemble des péripéties (des incidents) et des combinaisons imaginées par les personnages, qui font avancer l’action ou parfois la retardent;
la situation : état des relations entre les personnages (ou les forces agissantes) de la pièce, à un moment donné de l’action;
le quiproquo : situation qui résulte d’une méprise (qui peut porter sur l’identité d’un personnage);
le coup de théâtre : brutal renversement de situation;
le nœud dramatique : ensemble des relations entre les personnages et des circonstances qui conduisent l’action à son point culminant;
l’exposition: présentation (souvent au premier acte) du nœud dramatique, des principaux personnages et des faits qui ont préparé l’action;
le dénouement : achèvement et résolution de l’action.
N.B. L’action est divisée généralement en actes, en scènes (on change de scène quand un personnage entre ou sort ) ou en tableaux (on change de tableau en changeant de décor, ce que des machines sans cesse perfectionnées ont rendu plus facile).





/III/ Les registres
1- Le comique
Vision de la réalité qui s’exprime par le rire, le comique a des formes variées.
l’ironie consiste à se moquer en laissant entendre le contraire de ce qu’on dit.
l’humour révèle les aspects comiques de situations ou de personnages sérieux.
la parodie réside dans une imitation qui suscite le rire.
la caricature consiste à grossir les êtres, les choses et les situations dans le but de faire rire.
Dans le domaine théâtral plus particulièrement, on distingue :
le comique de situations, par exemple, lorsqu’un acteur se trouve enfermé dans un placard;
le comique de caractères, par exemple, le comique jovial des personnages de Gaouar Al Tocheh et de Hosni Al Borazan dans les comédies de Doureid Laham.
le comique de gestes, par exemple, les gestes d’un clown;
le comique verbal (des mots), par exemple, les jeux de mots, calembours, jurons fréquents dans les comédies de Adel Imam.
2- Le pathétique et le tragique
Le pathétique exprime les sentiments portés au plus haut degré de la passion afin d’émouvoir le lecteur ou le spectateur. On peut dire que le spectacle de la souffrance est pathétique.
Le tragique est le sentiment de l’homme qui prend conscience de forces sociales, morales, politiques qui le dominent et le plus souvent l’écrasent. Ainsi, la conscience du condamné à mort est une conscience tragique.
3- Le lyrisme
Le lyrisme, c’est, à l’origine, le chant que le poète accompagne avec sa lyre (instrument de musique chez les Grecs).
On appelle aujourd’hui lyrisme l’expression des sentiments personnels.
4- L’épique
Le terme épique vient du grec épos, au sens premier « paroles célébrant les exploits (souvent guerriers) d’un héros ».
Le style épique se caractérise essentiellement par :
*l’amplification, c’est-à-dire l’agrandissement des êtres et des choses, le recours au merveilleux, au surnaturel .
*la simplification, c’est-à-dire l’organisation du récit autour de symboles qui représentent les valeurs collectives d’une société.
5- Le didactique
On parle de discours didactique lorsque sa destination est d’instruire. Le genre didactique, d’abord moral et pratique, s’attache aujourd’hui au domaine de la science ou de la vie quotidienne. Par exemple, la notice ou le mode d’emploi d’un appareil électrique est rédigé dans un style didactique.
Le style didactique recourt à un lexique spécialisé, à une organisation de la phrase, une composition d’ensemble marquées par la rigueur logique, l’emploi de tournures exprimant un conseil, un ordre.
6- L’éloquence oratoire
L’éloquence oratoire caractérise le discours dont le but est de convaincre par la parole. C’est le discours de l’homme politique à la tribune d’une assemblée, le discours de l’avocat qui défend son client. Discours qui s’adresse à la fois à la raison et au cœur, et qui, par conséquent, met en oeuvre les moyens propres à frapper son auditoire (recours fréquent à l’apostrophe, à la métaphore et à l’hyperbole, amplification rythmique de la phrase en « période oratoire », etc.)



Exercices
/I/ De quelle sorte de récits sont extraites les phrases suivantes :
1. Il était six heures dix-huit quand l’incendie s’est déclaré.
2. Nous sommes allés dîner hier soir dans un endroit charmant.
3. La passion pour la gloire, pour la guerre, et pour la vengeance, l’empêcha d’être un bon politique.
4. Après 1 000 ans et plus de guerre, les loups firent la paix avec les brebis.
5. Le fils de l’empereur se mariait et il y avait des réjouissances générales.
6. Deux coqs vivaient en paix : une poule vint
Et voilà la guerre allumée. (La Fontaine)

/II/ Les personnages de la fable suivante sont des animaux : déterminez leur fonction.
Un renard se glissa parmi des moutons et prit un des agneaux les plus dodus, mais, voyant un chien survenir, il fit semblant de caresser l’agneau.
- Qu’est-ce que tu fais ici avec cet agneau ? Demanda le chien.
- Je le cajole, et je joue avec lui, répondit l’autre.
- Lâche-le tout de suite, et va-t-en, ou je te fais des caresses de chien.
A l’intention des fourbes maladroits ! (Esope, Le renard et le chien)

/III/ Etudiez la fonction des personnages de la fable suivante :
Un chasseur demandait à un forestier s’il avait vu les traces d’un lion et dans quelle direction on pouvait trouver la bête. «Je vais te montrer le lion lui-même», répondit le forestier. Aussitôt le chasseur verdit, blêmit, et se mit à claquer des dents : « c’est la piste seulement que je cherche, dit-il, ce n’est pas le lion. »
Hardis en paroles, lâches dans l’action, beaucoup de gens ressemblent à ce chasseur. Apprenez à les reconnaître. (Esope, Le chasseur et le forestier)

/IV/ Même exercice pour le récit suivant :

(revenant de faire des commissions, deux fillettes, Delphine et Marinette, rencontrent un chien aveugle et décident de l’emmener).

Comme ils se levaient tous les trois, les petites virent, sur la route, un brigand des environs, qui faisait son métier de guetter les enfants en commission pour leur prendre leurs paniers.
- C’est lui, dit Marinette, c’est l’homme qui prend les commissions.
- N’ayez pas peur, dit le chien, je m’en vais lui faire une tête qui lui ôtera l’envie de venir regarder dans votre panier.
L’homme avançait à grands pas et se frottait déjà les mains en songeant aux provisions qui gonflaient le panier des petites, mais quand il vit la tête du chien, et qu’il l’entendit gronder, il cessa de se frotter les mains. Il passa de l’autre côté du chemin et salua en soulevant son chapeau. Les petites avaient bien du mal à ne pas lui rire au nez.
- Vous voyez, dit le chien lorsque l’homme eut disparu, j’ai beau être aveugle, je sais encore me rendre utile.
(Marcel Aymé, Les contes du chat perché)

/V/ Déterminez la caractéristique du narrateur ( Implicite/absent ou explicite/présent) dans les passages suivants :

1. Sont-ils étranges, ces souvenirs qui vous hantent sans qu’on puisse se défaire d’eux ?
Celui-là est si vieux, si vieux que je ne saurais comprendre comment il est resté si vif et si tenace dans mon esprit. J’ai vu depuis tant de choses sinistres, émouvantes ou terribles, que je m’étonne de ne pouvoir, un seul jour, sans que la figure de la mère Clochette ne se retrace devant mes yeux, telle que je la connus, autrefois, voilà si longtemps, quand j’avais dix ou douze ans.
C’était une vieille couturière qui venait une fois par semaine, tous les mardis, raccommoder le linge chez mes parents. (Maupassant, Clochette)

2. Il parut alors une beauté dans le salon, qui attira les yeux de tout le monde, et l’on doit croire que c’était une beauté parfaite, puisqu’elle donna de l’admiration dans un lieu où l’on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que Madame de Chartres et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l’avait laissée sous la conduite de Madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la vertu et le mérite étaient extraordinaires.
(Mme. de La Fayette, La princesse de Clèves)

/VI/ Distinguez le point de vue adopté dans chacun des extraits suivants :
1. Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des hommes, madame de Rênal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand elle aperçut près de la porte d’entrée la figure d’un jeune paysan presque encore enfant, extrêmement pâle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le bras une veste fort propre de ratine violette.
Le teint de ce paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l’esprit un peu romanesque de Madame de Rênal eut d’abord l’idée que ce pouvait être une jeune fille déguisée, qui venait demander quelque grâce à M. le maire... Julien, tourné vers la porte, ne la voyait pas s’avancer. Il tressaillit quand une voix douce lui dit tout près de son oreille :
- Que voulez-vous ici, mon enfant ?
Julien se tourna vivement, et, frappé du regard si rempli de grâce de madame de Rênal, il oublia une partie de sa timidité. Bientôt, étonné de sa beauté, il oublia tout, même ce qu’il venait faire.
(Stendhal, Le rouge et le noir)

2. Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.
L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. (Albet Camus, L’Etranger)

3. Nous étions à l’Etude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail...
Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoi-qu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures...
(Gustave Flaubert, Madame Bovary)

/VII/ Texte

L’oncle de Christophe

Il est petit, mince, chétif, un peu voûté. On ne sait au juste son âge. Il ne doit pas avoir passé la quarantaine ; mais il semble avoir cinquante ans et plus.
Il a une petite figure ridée, rosée, avec de bons yeux très pâles comme des myosotis un peu fanés.
Quand il enlève la casquette, il montre un petit crâne tout nu, rose et de forme conique, qui fait la joie de Christophe et de ses frères.
Il est petit marchand ambulant ; il va de village en village, portant sur son dos un gros ballot, où il y a de tout...
Plusieurs fois, on a tenté de le fixer quelque part, de lui acheter un petit fonds, un bazar, une mercerie. Mais il ne peut s’y faire : une nuit il se lève, met la clef sous la porte et repart avec son ballot.
On reste des mois sans le voir. Puis il reparaît : un soir, on entend gratter à l’entrée ; la porte s’entrebâille, et la petite tête chauve, poliment découverte, se montre avec ses bons yeux et son sourire timide.
Il dit : «Bonsoir à toute la compagnie», prend soin d’essuyer ses souliers avant d’entrer, salue chacun, en commençant par le plus âgé, et va s’asseoir dans le coin le plus modeste de la chambre. Là, il allume sa pipe et il baisse le dos...
Christophe aime son oncle parce qu’il y a toujours quelque chose de bon à attendre de lui : une friandise, une image, une invention amusante.
Le retour du petit homme est une joie pour les enfants, car il leur fait toujours quelque surprise. Si pauvre qu’il soit, il trouve moyen d’apporter un souvenir à chacun ; et il n’oublie la fête d’aucun de la famille...
(Jean Christophe , Mme Hélier-Mallaurie)

Questions
1. Distinguez le point de vue adopté dans le récit.
2. Relevez les détails qui permettent de faire le portrait physique de l’oncle.
3. Quelle était la profession de l’oncle et comment se déplaçait-il ?
4. Parmi ces adjectifs, quels sont ceux qui peuvent qualifier l’oncle :
bon, sévère, grand, timide, aimable, malpoli, imprévisible, modeste, généreux.
5.Quel est la valeur de l’indicatif présent utilisé dans l’ensemble du texte ?
Leçon 11

Les paroles rapportées

Dans un récit, il arrive que l’on ait à rapporter les paroles ou les pensées d’un ou plusieurs personnages. Cela peut se faire de trois manières principales : le discours (ou style) direct, le discours indirect et le discours indirect libre.

1. Le discours direct reproduit telles quelles les paroles des personnages. Soit le dialogue suivant :
Ahmed dit à Samer : «Où pourrons-nous aller demain ?»
Samer a répondu «Si nous allions à Abha ?»
On remarque que les paroles d’Ahmed et de Samer sont rapportées textuellement. Ces paroles, qui se trouvent entre guillemets, sont appelées style ou discours direct. Le discours direct constitue une interruption dans la narration, marquée en langue orale par une pause et, en langue écrite, par la ponctuation (les deux points). Les guillemets certifient l’objectivité ou l’authenticité des propos rap-portés. Ce procédé est très utilisé dans le roman pour faire parler un personnage.

2. Le discours indirect reproduit les paroles non pas telles quelles, mais à l’aide d’une proposition subordonnée complétive ou d’un infinitif complément. Reprenons le même exemple en style indirect :
Ahmed a demandé à Samer où ils pourraient aller le lendemain. Samer a répondu qu’ils pourraient aller à Abha.

2.1 Les transformations dans le discours indirect
a. Transformation des personnes :
Lorsque le verbe introducteur est à la 3e personne (il dit, elle dit), la 1re personne du discours direct se change en 3e personne dans le discours indirect :
Discours direct : « Je veux jeter un simple coup d’œil », dit Ahmed.
Discours indirect : Ahmed dit qu’il voulait jeter un simple coup d’œil.

b. Transformations des temps :
Dans un récit au passé, les temps du discours direct subissent les transformations en passant au discours indirect :

Discours direct Discours indirect
Présent Imparfait
Imparfait Imparfait ou plus-que-parfait
Passé composé Plus-que-parfait
Passé simple Passé simple ou plus-que parfait
Futur Conditionnel présent
Futur antérieur Conditionnel passé
Conditionnel Conditionnel
Impératif Infinitif ou verbe d’obligation+infinitif/subjonctif

c. Transformations des adverbes :
Les adverbes qui indiquent le temps et, à moindre degré, ceux qui indiquent le lieu changent également, du discours direct au discours indirect :
Ex. « Nous reviendrons ici dans quelques années », dit-il.
Il dit qu’ils reviendraient au même endroit quelques années plus tard.

Discours direct Discours indirect
hier la veille
avant-hier l’avant-veille
la semaine dernière
aujourd’hui la semaine précédente
ce jour-là
demain le lendemain
après-demain
l’année prochaine le surlendemain
l’année suivante

3. Le discours indirect libre s’emploie surtout dans les récits littéraires. Il s’apparente à la fois au discours direct et au discours indirect. Il fait entendre les paroles du personnage sans les citer textuellement, comme en écho dans le récit. Il conserve la forme des subordonnées du discours indirect et la vivacité du discours direct.
a. Comme le discours direct, le discours indirect libre rapporte les paroles ou les pensées dans des énoncés indépendants (sans conjonction, ni mot de relation).
b. Comme le discours direct, il reproduit les questions, les exclamations, les interjections, les mots-réponses, les intonations.
b. Mais comme le discours indirect, il transforme les personnes, les temps des verbes, et les adverbes de temps.


Discours direct Discours indirect Discours indirect libre
- «Tu vas bien ?»
- «Je ne vais pas bien. J’ai mal à la tête le matin. Je suis obligé de prendre des médicaments.» Elle lui a demandé s’il allait bien.

 

 


Il lui a répondu qu’il n’allait pas bien, qu’il avait mal à la tête le matin et qu’il était obligé de prendre des
médicaments. Il n’allait pas bien. Il avait mal à la tête le matin et il était obligé de prendre des médicaments.

4. L’interrogation indirecte : On emploie l’interrogation indirecte après des verbes qui posent implicitement une question : ignorer, ne pas savoir, demander, chercher...
A la différence de l’interrogation directe, elle exclue l’inversion du sujet, la montée du ton et le point d’interrogation.
4.1 L’interrogation indirecte totale : L’interrogation porte sur toute la phrase (réponse oui, si ou non)

Interrogation directe Interrogation indirecte
- Ont-ils déjeuné ? - Je voudrais savoir s’ils ont déjeuné.
- Est-ce que tu viendras ? - Il veut savoir si tu viendras.
- Etes-vous malade ? - Elle demande si vous êtes malade.

4.2 L’interrogation indirecte partielle : elle exclue la réponse oui ou non. Elle porte sur l’identité ou la nature des personnes, objets ou phénomènes désignés par le sujet ou les compléments du verbe. Elle se construit avec un pronom interrogatif (qui, à quoi, avec qui, etc.), un adjectif interrogatif (quel), ou un adverbe interrogatif autre que si (comment, pourquoi, où, d’où, quand, etc.) :

Interrogation directe Interrogation indirecte
- A quoi sert cet instrument ? - L’enfant demande à quoi sert cet instrument.
- Qui a écrit sur le tableau ? - Le professeur voulait savoir qui avait écrit sur le tableau.
- Comment t’appelles-tu ? - Je demande comment tu t’appelles.

Exercices

/I/ Transposez les phrases suivantes du style direct au style indirect :

A.
1. Le professeur dit aux étudiants : « l’examen aura lieu le 25 mai. »
2. L’employé répond au voyageur : « Je peux vous réserver une place sur le vol de samedi. »
3. Les deux touristes expliquent à l’agent de police : « Nous nous sommes trompés de direction et nous ne savons pas comment rentrer à l’hôtel. »
B.
4. L’enfant répétait : « Je ne veux pas aller à l’école . »
5. Je me suis trompé de numéro. Une voix enregistrée disait : « Il n’y a pas d’abonné au numéro que vous demandez.»
6. Les Dumas nous ont répondu : « Nous vous remercions de votre invitation et nous acceptons avec plaisir de venir dîner samedi soir. »
7. Mon frère m’a dit au téléphone : «Je viendrai te chercher à l’aéroport.»
8. L’expert déclara : «Ce tableau est un faux. »

/II/ Transposez les phrases suivantes du discours au récit.

Modèle :
Aujourd’hui, il fait beau, nous sommes allés à Versailles. (discours)
Ce jour-là, il faisait beau, nous sommes allés à Versailles. (récit)

A.1. Aujourd’hui, il travaille toute la journée
2. Ce soir, nous allons chez des amis.
3. Demain, je pars pour Zahran.
4. Le programme prévoit une excursion pour Bureida.
5. Hier, il est allé au Louvre.

B.1. Les vacances se terminent; nous rentrons la semaine prochaine.
2. Il devait arriver mardi prochain.
3. Le mois prochain, je vais passer mes examens.
4. Les cours ne commencent que la semaine prochaine : j’ai le temps de m’organiser.
5. Nous pensons que nous pourrons acheter un appartement l’année prochaine.
6. Le village est isolé : ici, je trouve le silence dont j’ai besoin.
7. Mes parents arriveront dans quelques jours.

C. 1. Il a fait beau aujourd’hui mais fera-t-il beau demain ?
2.Cette année a été excellente; l’année prochaine le sera-t-elle aussi ?
3.Ce mois-ci, je n’ai pas beaucoup travaillé : le mois prochain, il va falloir rattraper le temps perdu.
4. Nous avons déjà dîné dans ce restaurant la semaine dernière.
5. L’année dernière, j’ai beaucoup voyagé.
6. J’ai écrit à mes parents jeudi dernier.

/III/ Transposez les phrases suivantes du style direct au style indirect :

Modèle :
Le professeur dit aux élèves : «Sortez !»
Le professeur dit aux élèves de sortir.

1. Le vendeur a dit au client : « Lisez les instructions avant de vous servir de l’ instrument. »
2. L’agent de police a ordonné à l’automobiliste : « Ne garez pas votre voiture ici ! »
3. Mon père m’a bien recommandé : « Ne conduis pas trop vite et téléphone-moi dès ton arrivée ! »
4.Le gardien du parc a dit aux enfants : « Ne jouez pas au ballon sur la pelouse!»
5. Le bibliothécaire a demandé à l’étudiant : « N’oubliez pas de rapporter les livres mercredi prochain ! »

/IV/ Mettez ces phrases au discours indirect en variant les situations et les verbes introducteurs (ces verbes seront au passé):

Modèle :
Prenez plutôt l’autobus !
Le Parisien a conseillé au touriste de prendre plutôt l’autobus.

1. Avez-vous réservé votre place ?
2. Je suis venu aussi vite que je l’ai pu .
3. Vous souvenez-vous de votre promesse ?
4. Les résultats de l’analyse seront disponibles demain soir.
5. Oui, c’est bien moi qui vous ai convoqué.
6. Le temps sera maussade sur la majeure partie de la France.

/V/ Dans le texte suivant, distinguez le discours (dialogue) et le récit (passages narratifs ou descriptifs). Etudiez les temps du verbe dans le discours et dans le récit.

Assis sur la terrasse, Jacques et Julien lisaient le journal en silence. Le jour commençait à décliner. Sur le chemin, au fond de la vallée, un homme marchait lentement, d’un pas régulier et lourd.
Anne apporta des verres, des bouteilles de sirop et des glaçons. Julien remplit les trois verres.
Demain matin, déclara-t-il, il faudra partir très tôt.
A quelle heure , demanda-t-elle.
Cinq heures au plus tard.
Holà !
C’est trop tôt pour toi ?
Elle éclata de rire :
Mais non ! Ce sera merveilleux de voir le lever du soleil !
Sur le chemin, l’homme avançait toujours de son pas régulier.
Anne le regarde un moment.
On dirait qu’il vient par ici, dit-elle.
Je ne pense pas, répondit Julien.

/VI// Récrivez ce texte au style indirect (Attention aux changements de pronoms, de marqueurs temporels et à la concordance des temps.)

Mohammed qui suit un cours de français à Paris a téléphoné la semaine dernière à ses parents. Il leur a dit : «J’ai trois heures de cours par jour le matin et, l’après-midi, je suis libre pour travailler ou faire du sport.» Il leur a raconté également : «Le week-end dernier, je suis allé à Versailles avec mes camarades de classe. Nous y retournerons le week-end prochain.»

/VII/ Même exercice

Un jour, pendant les vacances, ma mère se mit en grève. Elle nous l’avait déjà dit plusieurs fois : «Un jour, je ferai la grève !», mais ce jour-là elle nous déclara «je ne touche plus un torchon, plus une casserole !» et elle nous expliqua : « puisque vous ne savez pas ce que signifie la division du travail, vous vous débrouillerez tout seuls : vous irez faire les courses, organiserez les menus, préparerez les repas, ferez le ménage, etc.»; elle nous annonça en même temps : «cet après midi, je sors avec une amie, je rentrerai sans doute après dîner »
« elle va vraiment le faire? » nous demanda mon père, inquiet de ses nouvelles responsabilités.

/VIII/ A partir des éléments donnés, construisez des interrogations indirectes au présent (il me demande) puis au passé (il m’a demandé - il me demandait ).

1. Il me demande : «Ahmed arrive-t-il toujours à l’heure ?»
2. Il me demande : «Ahmed est-il arrivé en retard ?»
3. Il me demande : «Ahmed viendra-t-il demain ?»
4. Il me demande : «Ahmed va-t-il venir ce soir ?»
5. Il me demande : «Ahmed vient-il de partir ?»
6. Il me demande : «Ahmed apprend-il ses leçons ?»

/XI/ Construisez des interrogations indirectes à partir des éléments donnés.

1.Qui a sonné ? (va donc voir/Il alla voir).
2.Quand reviendra-t-il ? (Il ne l’a pas dit/Il ne l’avait pas dit).
3.Combien de temps serez-vous absent ? (Vous ne me l’avez pas dit/Vous ne me l’aviez pas dit).
4.Quel jour doit-il venir ? (Je l’ai oublié/Je l’avais oublié).
5.Où prendront-ils leur retraite ? (Ils l’ignorent encore/Ils l’ignoraient encore).

/X/ Même exercice en employant QUI ou CE QUI

1. Que se passe-t-il ? (Allons voir).
2. Qui a cassé ce vase ? (Je voulais le savoir).
3. Qui pourra me donner ce renseignement ? (Je ne le savais pas).
4. Que lui arrive-t-il ? (Il ne le comprenait pas).
5. Qu’est-ce qui te fait de la peine ? (Dis-le moi).

/XI/ Même exercice en employant CE QUI ou CE QUE.

1. Que dit-il ? (Je n’ai pas entendu).
2. Qu’est-ce qui est vrai dans tout cela ? (Nous nous le demandions).
3. Qu’allons-nous devenir ? (Nous ne le savions pas).
4. Qu’est-ce qui le pousse à agir de cette manière ? (J’aurais bien voulu le savoir).
5. Qu’est-ce que vous pensez faire ? (Le lui avez-vous dit ?).

/XII/ Les phrases suivantes sont écrites au discours indirect libre. Transposez-les au discours indirect en ajoutant un verbe introducteur (DIRE - CRIER- DEMANDER - SE DEMANDER - EXPLIQUER - AJOUTER).

1. Quand on lui annonça qu’il allait passer ses vacances au bord de la mer, l’enfant bondit de joie : il allait voir la mer !
2. Les journées passaient, vides et monotones, sans la moindre distraction; allait-il vivre ainsi, sans but et sans espoir ?
3. Il s’excusa de ne pas accompagner ses amis au restaurant : il était au régime et ne pouvait se permettre aucun excès.
4. Il refusait de partir : on avait bien le temps, il n’était que dix heures.
Elle n’avait pas envie de sortir:quel besoin avait-il de passer les nuits dehors? Avec un bon livre, on était bien chez soi !
Leçon 12

Logique du discours
Eléments d’analyse de l’argumentation

On appelle discours l’exposé écrit ou oral d’idées, de réflexions, de sentiments, développé et ordonné dans le but de convaincre.
Le discours est à distinguer du récit. En effet, dans le discours, celui qui parle ou écrit ne cherche pas à s’effacer derrière son sujet mais il veut, au contraire, établir une communication explicite avec son lecteur ou son auditeur.
Dans tous les cas, il guide sa réflexion et cherche à l’orienter au long du parcours démonstratif.
Comment analyser la logique du discours ?
a. en dégageant l’argumentation du discours : son propos, sa méthode, son objectif;
b. en étudiant la composition du discours : son point de départ, son développement, sa conclusion;
c. en soulignant l’articulation du discours : son mouvement, sa progression, sa logique.
Où peut-on rencontrer des textes d’argumentation ?
Dans les discours économiques, sociaux, politiques, pédagogiques; les articles de fond de la presse parlée ou écrite, les exposés d’idées, etc.
On peut être soi-même amené à utiliser les ressources de l’argumentation dans un exposé ou un rapport, dans un débat ou une discussion, etc.
/I/ L’argumentation
L’argumentation est le développement raisonné d’une idée, organisée et mise en forme dans l’intention de persuader le lecteur ou l’auditeur.
L’idée directrice que l’on veut défendre est la thèse. Pour soutenir cette thèse, on apporte des preuves, des raisonnements : ce sont les arguments.
Les arguments sont eux-mêmes appuyés le plus souvent sur des exemples, qui peuvent être de deux sortes :
- ils viennent simplement illustrer le propos en lui donnant plus de vie ou plus de crédibilité;
- ils sont à eux seuls la preuve qui soutient la démonstration.
C’est de la valeur des arguments et des exemples qu’un exposé d’idées tire sa principale force de persuasion.
/II/ La composition
On peut convaincre en utilisant la brièveté des slogans, ou la succession des formules et des images. Mais si l’on veut développer un discours rationnel et progressif, il faut ordonner son propos.
Les principales étapes d’une argumentation sont :
- l’introduction où apparaissent la thèse qui va être développée, les problèmes qu’elle pose, les directions que va suivre la démonstration;
- la conclusion qui rassemble les arguments en les résumant et fait le point sur la réflexion développée.
Entre ces deux pôles ( point de départ et point d’aboutissement ), prend place Le développement où sont exposés les arguments. C’est le lieu de la discussion, de la progression de la pensée.
Dans le cours du développement, la transition permet de passer d’un argument à l’autre, de franchir les étapes de la démonstration. Elle reprend l’idée déjà exposée et annonce la suivante.
En général, la disposition d’un texte en paragraphes met en évidence sa composition.
/III/ Les liens logiques
A. Les marques grammaticales
Dans une argumentation, les idées s’enchaînent les unes aux autres par des relations logiques exprimées au moyen d’outils grammaticaux comme :
- les adverbes ou les locutions adverbiales : alors, pourtant, par conséquent...
- les conjonctions de coordination : mais, or, donc...
- les conjonctions de subordination : bien que, comme si, pour que, de sorte que, puisque, alors que, quoique, à condition que, à moins que...
B. A l’écrit, la ponctuation - La virgule, le point-virgule, le point, les deux points, les parenthèses, les guillemets, les tirets, les points de suspension, le point d’interrogation, le point d’exclamation - assure, elle aussi, l’articulation d’un texte, en renforçant les liens logiques entre les phrases, les propositions et les groupes de mots.
• La virgule peut être utilisée pour séparer différents éléments de la phrase ; elle marque une pause sans que la voix baisse.
La virgule permet, à l’intérieur d’un groupe, de ne pas répéter la conjonction de coordination. Cette dernière n’apparaît qu’avec le dernier mot coordonné :
- Le père, la mère et l’enfant avaient disparu.
Groupe sujet
- Il mangea les bonbons, les gâteaux et les chocolats.
groupe COD
- A l’intérieur d’une phrase, la virgule permet d’insérer, notamment entre le sujet et le verbe, des éléments qui donnent des informations sur le sujet. Elle indique alors que le verbe va apparaître dès que l’explication concernant le sujet sera achevée :
L’homme, fatigué par sa longue marche, s’assit enfin.
sujet information sur le sujet verbe
- La virgule permet de séparer des propositions en indiquant que les événements qu’elles évoquent se produisent l’un après l’autre (en succession chronologique) ou au même moment :
- Je le vois, je cours, il se retourne et me reconnaît. (succession chronologique)
- J’arrivais, ils partaient. (au même moment)
- La virgule peut marquer que les deux propositions sont liées par une relation logique (cause, condition, etc.) :
- Je le gronde, il se met à pleurer (=il pleure parce que je le gronde).
- Tu me frappes, je le dis à mon père (=si tu me frappes, je le dis à mon père).
- Dans le cas d’une mise en relief par déplacement d’un élément de la phrase, la virgule marque le détachement de cet élément :
- L’enfant appelait son père de l’autre bout de la rue.
- De l’autre bout de la rue, l’enfant appelait son père.
C’est aussi le cas lorsqu’un pronom est mis en relief :
- Moi, je n’aurais jamais accepté une chose pareille.
• Le point-virgule sépare deux propositions. Il indique que l’on marque une pause un peu plus importante qu’avec la virgule, sans pour autant que la voix baisse complètement entre les deux éléments séparés. Le plus souvent, les deux propositions ont entre elles une relation logique :
- Il travaillait énormément ; il voulait absolument réussir son examen (=il travaillait énormément car il voulait réussir son examen).
• Le point indique la fin d’une phrase. Il marque une descente complète de la voix et une pause importante avant que la voix ne remonte pour une autre phrase:
- Marc s’assit à la terrasse du café. Les gens passaient sur le boulevard sans se presser. Dans le ciel les premières étoiles se mirent à briller.
Le plus souvent on utilise le point lorsque l’on exprime une idée nouvelle qui n’a pas de relation étroite avec celle exprimée dans la phrase précédente.
Lorsque, dans un texte, on veut vraiment indiquer que l’on change de thème, on met un point et on va à la ligne. On commence un nouveau paragraphe.
Le point se place aussi après tout mot écrit en abrégé : P.T.T. (Postes, Télégraphes, Téléphones.)
• Les deux-points permettent :
1. d’indiquer de quels éléments se compose un ensemble : Les villes les plus importantes de France sont : Paris, Marseille, Lyon, etc.
2. de citer ou de rapporter les paroles de quelqu’un : Il se retourna et dit : « C’est vous qui m’avez appelé ? »
3. d’exprimer une explication :
- On entendait de temps en temps des bruits étranges : c’était le vent qui soulevait les tuiles.
• la parenthèse intègre un détail supplémentaire à l’argument :
- Il s’avança et dit (et d’ailleurs tout le monde s’en doutait) qu’il allait partir définitivement.
- Mais qu’est-ce que c’est que ça ? (c’était son expression favorite), répétait-il sans arrêt.
• Les guillemets encadrent une phrase ou un groupe de mots qui n’appartiennent pas à celui qui écrit mais qui sont empruntés à quelqu’un d’autre.
- Il se tourna vers moi : « Avez-vous quelque chose à dire ? »
Remarques : Lorsque l’on cite une ou plusieurs phrases d’un auteur à l’aide de guillemets, on doit veiller à respecter très fidèlement ce que l’auteur a écrit. Si l’on enlève une partie de la phrase citée, on l’indiquera à l’aide de points de suspension encadrés de crochets :[...] Si l’on souligne un mot ou un groupe de mots, on le notera en bas de page par la formule: souligné par nos soins.
Lorsque l’on utilise un mot dans un sens qui n’est pas son sens habituel, lorsque l’on veut donner à un mot une nuance particulière, on le met entre guillemets. C’est le cas aussi quand on utilise un mot étranger.
• Les tirets encadrent une phrase ou un segment de phrase, ils jouent
un rôle semblable aux parenthèses :
- Il me regarde, hésite - cruel dilemme - et se retourne sans un mot.
Dans un dialogue, le tiret sert à indiquer le changement d’interlocuteur :
- Tu viens ?
- Oui, j’arrive dans cinq minutes.
- Mais qu’est-ce que tu as encore à faire ?
• Les points de suspension interviennent dans une énumération que l’on ne veut pas allonger. Ils ont alors un sens analogue à etc. :
- Il y avait bien sûr toute la famille : le père, la mère, les frères, les sœurs...
Ils interviennent aussi lorsque celui qui parle ou écrit veut sous-entendre une suite, un commentaire, une conclusion, etc. compréhensible pour celui qui l’écoute ou le lit :
- Ne t’en fais pas, il a très bien compris...
- Nous sommes allés à Paris : il a beaucoup plu...
• Le point d’interrogation se place à la fin d’une phrase interrogative. On ne l’utilise qu’avec l’interrogation directe :
- Tu lui a dit de venir dîner avec nous ? (interrogation directe.)
- Savez-vous votre leçon ? (interrogation directe.)
- Je me demande s’il est parti. (interrogation indirecte.)
- Je ne savait pas si je devais le croire. (interrogation indirecte.)
• Le point d’exclamation se place à la fin d’une phrase dans laquelle celui qui parle ou écrit exprime un ordre, un souhait, la surprise, l’exaspération, l’admiration, etc.
- Venez ici maintenant !
- Assez de mensonges et de flatteries !
- Ainsi c’était donc vous !
- Quoi ! Vous me pleureriez mourant pour mon pays ! (Corneille)
C. Les principales relations logiques dans l’argumentation
 La concession exprimée par : malgré, sans doute, certes, bien que, quoique, etc. L’auteur constate qu’il existe des faits ou des arguments qui s’opposent à sa thèse, mais il maintient son opinion et poursuit son raisonnement.
Ex.: Nous habitons à la campagne. Evidemment, c’est fatigant pour mon mari qui doit faire le trajet en voiture tous les jours pour aller à son travail, mais les enfants sont tellement heureux ici !
 L’opposition exprimée par : mais, au contraire, en revanche, tandis que, alors que, néanmoins, pourtant, toutefois, etc. Elle permet de confronter deux faits ou deux arguments en soulignant leurs différences.
- « Maupassant déjeunait souvent au restaurant de la Tour Eiffel, que pourtant il n’aimait pas : c’est, disait-il, le seul endroit de Paris où je ne la vois pas. Il faut, en effet, à Paris, prendre des précautions infinies pour ne pas voir la tour ; quelle que soit la saison, à travers les brumes, les demi-jours, les nuages, la pluie, dans le soleil, en quelque point que vous soyez, quel que soit le paysage de toits, de coupoles ou de frondaisons qui vous sépare d’elle, la Tour est là. »
(Roland Barthe)
 La cause exprimée par : car, en effet, étant donné, ainsi, parce que, sous prétexte que, puisque, vu que, etc. L’auteur présente l’origine d’un phénomène, l’explication qui est généralement donnée ou qu’il donne lui-même aux questions posées.
Ex. : Il se sent isolé parce qu’il ne parle pas suffisamment bien la langue du pays.
- On ne peut rien prévoir puisqu’on ne connaît pas les dates des vacances.
 La conséquence exprimée par : donc, c’est pourquoi, par suite, de là, d’où, de telle sorte que, si bien que, etc.
Ex. : Le travail devenait trop pénible pour lui. Ainsi a-t-il été obligé de prendre sa retraite avant l’âge.
- La situation financière de la Société est devenue catastrophique. D’où l’ensemble des mesures prises par la direction pour la sauver.
 L’addition ou la gradation exprimée par : et, de plus, en outre, surtout, d’abord, ensuite, enfin, outre que, etc. Un argument nouveau est ajouté au(x) précédent(s).
Ex. : - Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre. (La fontaine)
D. Les liens implicites
Il arrive que les articulations logiques de la pensée ne soient pas exprimées par des outils grammaticaux.
Le lien logique est alors sous-entendu. C’est à l’auditeur ou au lecteur de suppléer à cette absence, ce qui peut être facile dans certains cas :
• parce que la succession des phrases ou des paragraphes suppose nécessairement telle relation entre eux;
• parce que le point de vue de l’auteur, exprimé antérieurement, conduit logiquement à de telles déductions;
• parce que la connaissance que l’on a des thèses abordées, de l’auteur qui les défend, du courant de pensée qu’il représente, établit une complicité intellectuelle entre le locuteur et le récepteur.
Ex. : - L’éducation ne se borne pas à l’enfance et à l’adolescence. L’enseignement ne se limite pas à l’école. [...] Toute la vie, notre milieu est notre éducateur, un éducateur à la fois sévère et dangereux. (P. Valéry)
/IV/ Le vocabulaire : les substituts
Pour éviter de répéter les mêmes expressions, d’une phrase à l’autre, quand on reprend le thème ou les propos précédents, on peut utiliser :
a. Des pronoms personnels ou démonstratifs (il, le, celui-ci) ou des déterminants possessifs (son, sa).
b. Des synonymes : soit absolus (ville et cité), soit ajoutant une nuance différente (maison et résidence).
c. Des substituts de sens général : ils incluent le terme que l’on ne veut pas répéter. Ex. :
- L’Angleterre = cette nation / la rose = cette fleur / les mots Angleterre et rose constituent des sous-ensembles des mots nation et fleur.
d. Des périphrases :
* soit neutres : elles constituent un simple synonyme du premier terme.
Ex. Les Français = les citoyens en France.
* soit descriptives : elles ajoutent certaines informations à la réalité désignée.
Ex. La France = l’hexagone.
* soit appréciatives : elles expriment le jugement de celui qui parle sur la réalité désignée.
Ex. Victor Hugo = le grand écrivain.
Exercices
/I/ Les liens logiques peuvent être exprimés soit par la syntaxe (subordination, coordination ou juxtaposition de deux phrases) soit par le vocabulaire (ce fait entraîne...). Relevez dans les phrases suivantes les termes qui soulignent des relations logiques entre les faits, et expliquez la nature du lien :

1. Mauvaise récolte et mévente avaient même effet : le pouvoir d’achat des masses diminuait.
2. Aussi urgente soit-elle, cette mesure peut attendre deux jours.
3. Si vous faites l’aumône pour qu’on vous voie et qu’on vous loue, votre charité est vaine.
4. L’affaire de notre avenir est trop grave pour que nous la prenions à la légère.
5. Notre mère nous aime tant qu’elle sacrifierait son bonheur pour le nôtre.
6. Vous parviendrez au succès, pourvu que vous travailliez et que vous persévériez.
7. Si la pauvreté est la mère des crimes, le défaut d’esprit en est le père.
8. Un orage ayant éclaté, nous avons dû retarder notre départ.
9. Puisqu’on plaide et qu’on meurt, et qu’on devient malade,
Il faut des médecins, il faut des avocats.(La Fontaine)
10. Fuyez les mauvais compagnons : ils vous entraîneraient au mal.
11. Que la richesse soit séduisante : elle n’en est pas moins impuissante à nous rendre heureux.
12 . C’est un étudiant qui vit dans un milieu familial instable, ce qui explique ses mauvais résultats.
13. Notre professeur n’élève jamais la voix, toutefois il se fait obéir.
14. Mieux vaut ne pas employer ce mot : il est vulgaire.
15. Ces informations se contredisent; c’est à n’y rien comprendre.

/II/ Dégagez les étapes de l’argumentation présentes dans l’extrait suivant

La nature même des informations apportées par ce que l’on appelle en français hexagonal les « mass-media » s’oppose à la démarche scientifique : la sensation s’oppose à l’observation. La recherche du sensationnel vise à déclencher les réflexes, les impressions immédiates, instinctives, irraisonnées, qui non seulement ne favorisent pas, mais paralysent l’effort de réflexion. En poursuivant l’audience du plus grand nombre, l’information contemporaine s’oblige aux expressions les plus simplistes, les plus voisines de l’instinct. Elle en vient à donner priorité et même exclusivité à ces « nouvelles » spectaculaires que sont les guerres, les révoltes, les bagarres, les embrassements et les ruptures, les assassinats, les séquestrations d’otages. Un détournement d’avion aura la « une » de toutes les T.V. et de tous les journaux du monde, et impressionnera plus qu’une étude sérieuse sur la violence.
(Jean Fourastié, Economie et Société)

/III/ Réfléchissant sur l’utilité des machines pour l’être humain, Lanza del Vasto critique plusieurs arguments des partisans du machinisme. La 1re liste présente les arguments de ses adversaires, la 2e liste présente les objections de Lanza del Vasto. Vous associerez à chaque argument la réfutation qui lui convient.

1re liste : a) Les machines épargnent du temps.
b) Elles épargnent de la peine.
c) Elles produisent l’abondance.
d) Elles ont multiplié les échanges.

2e liste : 1. Il ne faut pas s’étonner que lesdits peuples en éprouvent les uns pour les autres une irritation sans précédent. Il suffit qu’on me frotte à quelqu’un malgré moi ou malgré lui pour que je commence à haïr ce quidam, et lui moi. Peut-être est-ce regrettable, mais c’est humain.
2. Comment se fait-il que dans les pays où les machines règnent, on ne rencontre que des gens pressés et qui n’ont jamais le temps ? Alors que dans ceux où l’homme fait tout de ses mains, il trouve le temps de tout faire et du temps en outre, autant qu’il en veut, pour ne rien faire.
3. Comment se fait-il que là où elles règnent, règne aussi, dans tel quartier bien caché, la misère la plus atroce et la plus étrange ? (...) La surproduction et le chômage ont logiquement accompagné le progrès des machines tant qu’on n’a pas fait une guerre ou trouvé un trou pour y jeter le trop-plein.
4. Pourquoi tout le monde se montre-t-il affairé là où elles règnent, attelé à des tâches ingrates, fragmentées, précipité par le mouvement des machines à des travaux qui usent l’homme, l’étriquent, l’affolent et l’ennuient ? (d’après Lanza del Vasto, Le Pèlerinage aux sources)

/IV/ Observez ces textes. dégagez la thèse et résumez-la. Donnez le nombre et étudiez la valeur des arguments. Soulignez la place et le rôle des exemples.

1. Essayons d’abord de comprendre pourquoi l’enfant éprouve le besoin de gaspiller. Première raison : tout simplement parce qu’il est un enfant; c’est-à-dire curieux de tout, ayant un besoin de multiplier essais et expériences pour savoir « comment c’est fait »; parce que, comme tous les enfants, il est étourdi; parce qu’il se laisse entraîner par ses impulsions.
Autre raison : l’exemple de l’adulte. On connaît les remarques amères de l’éboueur : « Si vous saviez ce que je trouve dans les poubelles ! » Les gens jettent à la poubelle ce qui les encombre ou ne leur plaît plus, et qui pourrait encore servir. (E. Grigny, Hebdomadaire La Vie, 1978)

2. Vous le savez, mais vous ne l’avez peut-être pas assez médité, à quel point l’ère moderne est parlante ? Nos villes sont couvertes de gigantesques écritures. La nuit même est peuplée de mots de feu. Dès le matin, des feuilles imprimées innombrables sont aux mains des passants, des voyageurs dans les trains et des paresseux dans leurs lits. Il suffit de tourner un bouton dans sa chambre pour entendre les voix du monde. Quant aux livres, on n’en a jamais tant publié. On n’en a jamais tant lu, ou plutôt tant parcouru ! (Paul Valéry)

3. Regardez les gens courir affairés, dans les rues. Il ne regardent ni à droite, ni à gauche, l’air préoccupé, les yeux fixés à terre, comme des chiens. Ils foncent tout droit, mais toujours sans regarder devant eux, car ils font le trajet, connu à l’avance, machinalement.
Dans toutes les grandes villes du monde, c’est pareil. L’homme moderne, universel, c’est l’homme pressé, il n’a pas le temps, il est prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu’une chose puisse ne pas être utile; il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c’est l’utile qui peut être un poids inutile, accablant. (Eugène Ionesco)



Leçon 13

Les sons

/I/ Les sons et le sens
* Les éléments sonores qui composent la langue s’appellent des phonèmes. Par exemple, le mot «lourd» comporte trois phonèmes que l’on note ainsi dans l’alphabet phonétique : l u r.
N.B. Il convient de ne pas confondre les signes de l’alphabet orthographique et ceux de l’alphabet phonétique. Ainsi le phonème u s’écrit sous la forme d’une association de deux lettres « ou »; le phonème nasalisé s’écrit parfois « in », parfois « ein », ou encore « ain ». Il s’agit pourtant du même son.
* Dans le langage courant, la relation entre le son produit par un énoncé et le sens de celui-ci est le plus souvent arbitraire. Pourtant, dans certains cas, il existe une relation par imitation phonétique entre les sons d’un énoncé et la chose qu’il évoque.
a. On parle d’onomatopée lorsque les sons d’un mot suggèrent le bruit produit par la chose qu’il dénomme (le tic-tac de la pendule, le vrombissement du moteur) Les onomatopées sont caractéristiques du langage de la bande dessinée.
b. On parle d’harmonie imitative lorsque la répétition des sons dans un énoncé suggère un bruit particulier. Les messages publicitaires utilisent parfois ce procédé.
Ex. : «Tic, tac, toc, t’as le ticket chic, t’as le ticket choc», dans une publicité pour le métro.
* Dans un énoncé, les échos sonores entre les mots invitent à mettre ces derniers en relation : s’établit ainsi un double rapport de son et de sens qu’il est intéressant d’étudier.
a. On appelle assonance la répétition d’un même son voyelle ou de sons vocaliques voisins, par exemple, a et wa dans un énoncé en vers ou en prose.
Ex. : Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire.
( Assonance en i dans ce vers de Racine.)
Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur.
( Assonance en   dans ce vers de Musset.)
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
(Assonance en  oe dans cette strophe de Verlaine)

b. On appelle allitération la répétition d’un même son-consonne, par exemple,t et d ou d’un même groupe de consonnes. Repérons l’allitération en v dans cette strophe de G. Apollinaire :
Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez navigué
De la belle aube au triste soir.
et en m dans cette strophe de P. Verlaine :
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
L’étude des sons dans un texte en vers ou en prose peut suivre les étapes suivantes :
a. Lire attentivement le texte afin de repérer les assonances et les allitérations principales.
b. Regrouper les mots comportant les mêmes phonèmes.
c. Etudier les relations de sens qui existent entre ces mots. Les mots ainsi mis en relation par le son appartiennent parfois au même champ lexical. Par exemple, les mots : voile, navire, vaisseau, contiennent tous les trois le phonème [v] et appartiennent au champ lexical de la navigation.
Mais, souvent, les mots qui, ordinairement, n’ont pas de rapport de sens, peuvent être rapprochés par les phonèmes qu’ils ont en commun.
Ex. :
Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage. (Marbeuf)
d. Etudier s’il y a lieu la valeur suggestive de certains phonèmes.
Ex. :
Je m’étais endormi la nuit près de la grève.
Un vent frais m’éveilla, je sortis de mon rêve,
J’ouvris les yeux, je vis l’étoile du matin. (V. Hugo)
Dans ces trois vers, l’allitération en v et f évoque le souffle du vent qui réveille le poète.
/II/ L’étude des rimes
La rime constitue un cas particulier d’écho sonore. Elle est un des éléments caractéristiques de la poésie régulière, mais elle est aussi souvent présente dans le vers libre.
Assonance et rime
Assonance : identité de la voyelle finale accentuée, c’est-à-dire fortement prononcée, mais pas des phonèmes qui la suivent.
Ex. : fille / ami - rude / brut.
Rime : identité phonétique de la voyelle finale accentuée et des phonèmes qui éventuellement la suivent.
Ex. : rivage / orage - amour / toujours.
Qualité de la rime
On peut établir une hiérarchie selon le nombre de phonèmes communs qui se trouvent en finale des deux vers considérés.

Rime pauvre Rime suffisante Rime riche
un seul phonème commun = la voyelle accentuée et ce qui la suit : souverain / main Deux phonèmes communs:
rêve / achève
chevelure / brûlure trois phonèmes communs et plus :
hasard / bizarre
astre / désastre

Alternance et disposition des rimes
- L’alternance : il faut faire alterner les rimes féminines et les rimes masculines.
La rime féminine : la terminaison des vers est une voyelle ou un «e» muet.
Ex. : poésie / fantaisie - tente / tante - mariée / variée.
- La rime masculine : la terminaison des vers est un phonème-consonne.
Ex. : renard / tard - pur / dur - nuit / luit.
- La disposition : l’alternance peut se réaliser de trois façons, selon la disposition des rimes.
- Les rimes plates ( ou suivies ) de type : aa bb cc
Ex. :
Une heure est à Venise,- heure des sérénades, a
Lorsqu’ autour de Saint-Marc sous les sombres arcades, a
Les pieds dans la rosée et son masque à la main b
Une nuit de printemps joue avec le matin. b
(A. de Musset)
- Les rimes croisées de type : abab
Ex. :
Depuis longtemps déjà je t’ai laissé tout seul a
Cependant me voici t’apportant mon mensonge b
Poète sois joyeux tu sembles un linceul a
Regarde-moi c’est moi je ne suis pas un songe. b
(G. Apollinaire)
- Les rimes embrassées de type abba
Ex. :
La tzigane savait d’avance a
Nos deux vies barrées par les nuits b
Nous lui dîmes adieu et puis b
De ce puits sortit l’Espérance. a (G.Apollinaire)
Etudier les rimes, c’est observer leur disposition mais aussi analyser le rapport de sens qui existe entre les mots qui riment. Parfois ce rapport est simple (les mots à la rime sont voisins par le sens ou au contraire s’opposent), mais il peut être plus complexe.
Ex. : Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ? (Lamartine)

Dans cet exemple, les mots «ivresse» et «vitesse» sont associés par la rime et par le sens. En revanche, les mots «bonheur» et «malheur», associés par la rime, sont opposés par le sens.
On parle de rime intérieure lorsqu’un mot placé à l’intérieur d’un vers rime avec les mots placés à la fin du vers.
La strophe est un ensemble de vers correspondant à un type de rimes complet : aabb, abba ou abab.



Leçon 14

Mesure et Rythme

Il ne faut pas confondre la mesure et le rythme. La mesure est une contrainte, le rythme est une liberté, mais une liberté difficile à exploiter.
Le rythme est une composante musicale de la langue (prose et poésie). Il permet de souligner certains mots, d’établir des correspondances de sens et de sons entre les termes mis en relief.
Dans la vie quotidienne, les messages publicitaires utilisent fréquemment les différentes possibilités du rythme.

/I/ La mesure du rythme
Dans la langue, certaines syllabes sont plus marquées que d’autres.
Ex. : lycée, fenêtre, roman.
Les syllabes en gras sont appelées syllabes accentuées ou toniques. Les autres sont dites atones.

Règles de l’accentuation
* Quand un mot se termine par une syllabe qui comporte un «e» muet, l’accent tonique porte sur l’avant-dernière syllabe. Ces mots sont appelés mots à terminaison féminine.
Ex. : orage, tempête
* Dans les autres cas, l’accent tonique porte sur la dernière syllabe. Ces mots sont appelés mots à terminaison masculine.
Ex. : jardin, maison.

Le rythme c’est le retour des accents toniques qui crée le rythme : on les place sur la dernière syllabe d’un mot ou d’un groupe de mots qui forme une unité grammaticale.
Ex. : Juste ciel ! Tout mon sang dans mes veines se glace.
Ce vers de Racine comporte 4 accents, donc 4 groupes rythmiques ou mesures délimités par des coupes.

La place des coupes
La coupe (/) se place immédiatement après la syllabe accentuée.
1. On appelle césure (//) la coupe qui partage un alexandrin (vers de douze pieds ou syllabes), en deux hémistiches (moitiés) de six syllabes.
2. Quand un mot se termine par une syllabe non accentuée, la coupe sépare cette dernière syllabe du reste du mot.
Ex. : Le navi/re glissant //sur les gouf/fres amers

La mesure ou compte syllabique
a. Le vers numérique
La mesure est la caractéristique principale du vers numérique. Mesurer le rythme, c’est calculer le nombre de syllabes contenues dans chaque mesure.
N.B. Quand la dernière syllabe est non accentuée et donc séparée du reste du mot par la coupe, on la compte avec la mesure suivant cette coupe.
Ex.1 : Le pré / est vénéneux // mais joli / en automne (Apollinaire )
2 4 3 3
Ex.2 : Je te por / te dans moi // comme un oiseau blessé ( L. Aragon )
3 3 6
N.B. Certaines syllabes peuvent être comptées pour deux, dans le cas de la diérèse (ex. : o-di-eux, au lieu de o-dieux).

b. Vers pairs et vers impairs
1- Les vers pairs sont les vers de 12 syllabes (alexandrins),8 syllabes
(octosyllabes), 6 syllabes (hexasyllabes), 4 syllabes.
Ce sont des vers symétriques (deux hémistiches d’égale longueur mértique) bien équilibrés.
2- Les vers impairs sont des vers de 9, 7, ou 5 syllabes.

EX. : Art poétique
De la musique avant toute chose
Et pour cela préfère l’impair,
plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose. (P. Verlaine)

/II/ L’étude des rythmes

Le rythme binaire. Le vers ou les deux moitiés d’un vers sont divisés en deux mesures égales.
Ex. : Son regard / est pareil // au regard / des statues. ( P. Verlaine )
3 3 3 3

Le rythme ternaire. Le vers est divisé en trois mesures égales.
Ex. : Je marcherai / les yeux fixés / sur mes pensées. ( V. Hugo )
4 4 4
Dans cet exemple, le retour de l’accent suggère le mouvement régulier de la marche ou un sentiment qui dure (ex. : l’ennui)

Le rythme croissant. Les mesures du vers sont de plus en plus longues
Ex. : Ainsi / de peu à peu // crût l’empire romain
2 4 6
Ce rythme évoque souvent un mouvement ou un sentiment qui s’amplifie.

Le rythme accumulatif. Le nombre d’accents toniques est supérieur à la moyenne ( supérieur à 4 pour un alexandrin ).
Ex. Le lait tom / be : adieu, / veau, / va / che, cochon, / couvée. ( J. de La Fontaine )
3 2 1 1 3 2
Ce rythme traduit souvent l’accumulation, la succession, un mouvement désordonné, ou encore l’intensité d’un sentiment.

/III/ Le rythme dans un texte en prose.
On peut analyser avec profit le rythme dans un texte en prose et l’on constate que l’écrivain en tire souvent des effets.
L’unité à étudier n’est plus le vers mais la phrase. Le rythme découle de :
• la longueur des phrases successives.
• la longueur relative des groupes dans la phrase dont la disposition crée des rythmes croissant, décroissant…
• la répétition des constructions syntaxiques qui crée parfois des rythmes binaire ou ternaire.
Comme pour les vers, on recherchera les relations entre ces effets de rythme et le sens du texte.

Bibliographie

1. Adam (J.M.), Le Texte Narratif, Paris, Nathan Université, 1994.
2. Adam (J.M.)-ýPetitjean (A.), Le Texte Descriptif, Paris, Nathan Université, 1995.
3. Aquien (M.)-Molinié (J.), Dictionnaire de Rhétorique et de Poétique, La Pochothèque, 1996.
4. Bailly (Ch.), Traité de Stylistique française, Paris, Klincksieck, 1951.
5. Crépin (F.), Français, méthodes et techniques, Paris, Nathan, 1996.
6. Cressot Marcel, Le Style et ses Techniques, Paris, P.U.F., 1969.
7. Eluerd (R.), Langue et littérature, Paris, Nathan, 1992.
8. Eterstein (C.)-Lesot (A.), Pratique du Français, Paris, Hatier, 1988.
9. Fromilhague (C.), Les Figures de style, Paris, Nathan Université, 1996.
10. Fromilhague (C.)-Sancier-Chateau(A.), Introduction à la Stylistique, Paris, Dunod, 1996.
11. Gardes-Tamine (J.), La Stylistique, Paris, Armand Colin, 1995.
12. Herschberg Pierrot(A.), Stylistique de la prose, Paris, Belin, 1995.
13. Kokelberg (J.), Les Techniques du style, Paris, Nathan Université,1993.
14. Le Her (Y.), Analyses stylistiques, Paris, Armand Colin, 1965.
15. Marouzeau (J.), Précis de Stylistique française, Paris, Masson et Cie.,1969.
16. Moeschler (J.), Argumentation et Conversation : éléments pour une analyse pragmatique du discours, Paris, Hatier, 19985.
17. Molinié (G.), La Stylistique, Paris, P.U.F.1997.
18. Molinié (G.), Eléments de Stylistique française, Paris, P.U.F.1991.
19. Peyroutet (C.), Style et Rhétorique, Paris, Nathan, 1995
20. Peyroutet (C.), La Pratique de l’Expression écrite, Paris, Nathan, 1993.
21. Robrieux (J.J.), Eléments de Rhétorique et d’Argumentation, Paris, Dunod, 1996
22. Suhamy (H.), Les Figures de style, Paris, P.U.F., 1995.
23. Superville (J.), Histoire et Théorie de la Versification française, Paris, Editions de l’Ecole.















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