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Ancien 02/11/2016, 22h56
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Par défaut Religion et intolérance

 

 

 

 


Religion et intolérance
" Écrasons l'infâme", disait souvent Voltaire pour inciter à la révolte contre les abus des religions. Dans Candide, la satire frappe les vices et l'appétit de pouvoir des clergés, ainsi que l'intolérance. Mais le conte propose également un modèle de religion.
1. LA SATIRE DU CLERGÉ
Les vices moraux
Dès le Moyen Âge, les fabliaux dénoncèrent certains religieux voleurs, gourmands, coureurs de jupons, qui ne respectaient pas les vertus prônées par le Christ ou l'Église. Voltaire reprend cette tradition, en l'étendant à tous les cultes issus de l'Ancien Testament.
Dans Candide, juifs, chrétiens et musulmans commettent allégrement tous les péchés. Les soldats jésuites tuent (chap. 14), un imam cruel persuade les janissaires turcs de manger la fesse de leurs prisonnières (chap. 12), l'abbé périgourdin dupe Candide (chap. 22), un cordelier vole Cunégonde (chap. 10). Les juifs sont représentés par le colérique Issachar (chap. 9) et par des fripons (chap. 30). II n'est pas dit qu'il s'agit de membres du clergé, mais Issachar était le nom d'un rabbin dans un roman, les Femmes de mérite, antérieur à Candide.
Voltaire, comme dans les fabliaux, insiste particulièrement sur la luxure: le Grand Inquisiteur convoite Cunégonde (chap. 8), la vieille est la fille d'un pape (chap. 11), un cordelier abuse de Paquette, qui se prostitue ensuite à des prêtres (chap. 24), etc.
Les relations avec la pouvoir
La religion relève du domaine spirituel, et ne devrait pas, si l'on suit les préceptes du Christ, se mêler du pouvoir temporel, c'est à dire du pouvoir politique ou économique. Pourtant l'Église catholique, et tout particulièrement les jésuites, a des relations étroites avec les princes et la richesse.
Au Paraguay, les pères jésuites passent pour avoir créé un véritable royaume, qui entre en guerre avec celui d'Espagne. Ils ont des plantations prospères où ils exploitent durement les Indiens (chap. 14). Voltaire savait que la réalité historique était plus nuancée, comme le montre son Essai sur les meurs, où il reconnaît que les jésuites ont souvent protégé les Indiens contre la cruauté des colonisateurs européens. Mais la satire ne se prête pas aux nuances.
Dans Candide, la religion encourage la guerre. Les rois abare et bulgare « faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp», c'est à dire des prières remerciant Dieu pour son aide au combat (chap. 3). Au Maroc, les musulmans s'entre tuent « sans qu'on manquât aux cinq prières par jour ordonnées par Mahomet» (chap. 11).
La religion est également complice de l'esclavage : le nègre de Surinam observe que, d'un côté, les prêtres chrétiens déclarent que « nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs », et que, de l'autre, ils laissent les catholiques traiter les Africains plus mal que des bêtes (chap. 19) et profiter de leur travail pour s'enrichir.
Le destin de frère Giroflée offre un autre exemple des liens entre argent et religion. Comme souvent à l'époque, où l'héritage familial n'est donné qu'à l'aîné des enfants, les cadets des riches, auxquels ils est interdit d'avoir un métier à cause de leur condition noble, sont contraints d'entrer dans le clergé, donc de rester célibataires, voire enfermés dans un couvent (chap. 24).
2. L'INTOLÉRANCE
Pour Voltaire, le crime le plus grave est l'intolérance, qui le conduit à mépriser ou tuer ceux qui ne pensent pas comme soi, qu'il s'agisse de sectes internes à une religion, ou de conflits entre religions.
Une cible privilégiée: l'Inquisition
L'Inquisition, à l'époque de Voltaire, détient la palme de cette intolérance. Cette procédure de justice de l'Église était dirigée contre les autres religions, mais aussi contre les doctrines ou attitudes déviantes au sein du christianisme. Née en Italie au ne siècle, elle s'implanta en France, puis au xve siècle en Espagne, où sa cruauté trouva son point culminant. Un juge et un tribunal d'Église avaient le droit, en dehors de tout contrôle, de rechercher, poursuivre, torturer et tuer les hérétiques. Les principales victimes de l'Inquisition furent les juifs, les musulmans espagnols, mais également les protestants, et tous les catholiques soupçonnés de ne pas respecter les règles religieuses.
Dans Candide, l'autodafé concerne deux catholiques de la région de Biscaye qui ont épousé leur marraine, deux Portugais qui, comme les juifs, se sont abstenus de porc, et enfin, Candide et Pangloss dont les idées semblent suspectes (chap. 6). Le châtiment apparaït comme disproportionné pour ces actes dont l'existence ne repose sur aucune preuve, et qui constituent des entorses à des règles tatillonnes et injustifiées, Celles ci n'ont rien à voir avec les véritables valeurs prônées par la religion chrétienne : l'amour et le respect d'autrui, la charité, l'aspiration à une rencontre spirituelle avec Dieu. La religion ne respecte même pas les morts, puisque le cadavre du juif Issachar est jeté à la voirie alors que celui de l'Inquisiteur est enterré en grande pompe.

 

 






Les autres intolérances
Ce genre d'injustice cruelle n'est pas propre à l'Inquisition. Les catholiques marquaient leur mépris pour l'immoralité supposée des comédiens en leur refusant une sépulture dans les cimetières (cas des actrices évoquées au chap. 22). Victimes de la haine des catholiques, les protestants de Voltaire répondent avec une intolérance identique : un pas¬teur protestant, « orateur » qui prêche longuement sur la cha¬rité, refuse ensuite d'aider Candide parce qu'il le soupçonne de ne pas croire que le pape catholique est « l'Antéchrist », c'est à dire l'ennemi du Christ (chap. 3). Entre musulmans et chrétiens sévit une guerre de religion, par exemple à Constantinople, où s'opposent janissaires turcs et troupes russes (chap. 12).
Partout règnent ainsi les conflits entre sectes que sépa¬rent des différences minimes. La critique de Voltaire est d'au¬tant plus virulente que les motifs de l'intolérance apparaissent dérisoires et peu fondés. Les crimes sont également com¬mis au nom de superstitions : l'autodafé est organisé pour apaiser la colère de Dieu à la suite d'un tremblement de terre (chap. 6).
3. LA RELIGION PRÔNÉE PAR VOLTAIRE
Face à tous ces abus, l'auteur donne l'exemple d'indivi¬dus et de sociétés dont la religion est uniquement spirituelle, pacifique et charitable.
Des personnages exemplaires
Jacques (chap. 3 4) appartient à une tendance religieuse qui ne respecte pas les règles habituelles du baptême catho¬lique, mais il aide son prochain sans s'interroger sur ses croyances. Candide, bien que catholique élevé dans une région historiquement très opposée au protestantisme, la Westphalie, est assez sensible et intelligent pour s'étonner des intolérances. Martin, quoique membre d'un mouvement hérétique, le manichéisme, respecte les idées des autres, notamment l'optimisme de Candide. Persuadé que le Mal triomphe sans partage sur la terre (telle est la doctrine mani¬chéenne), il répond avec modestie aux espoirs de son ami sur l'existence du Bien (chap. 20)
II y a pourtant du bon, répliquait Candide. Cela peut être, disait Martin; mais je ne le connais pas.
Deux sociétés harmonieuses
L'Eldorado et la métairie donnent chacun l'exemple d'une religion exempte des défauts dénoncés par Voltaire.
En Eldorado, il n'y a pas de clergé, pas de « moines qui enseignent, qui disputent, qui gouvernent, qui cabalent, et qui font brûler les gens qui ne sont point de leur avis •> (chap. 18). Les cérémonies religieuses se réduisent aux prières de remerciement à Dieu pour ses bontés. La religion est très simple, donc acceptable par tous: elle se limite au culte d'un Dieu généreux et encourage l'amour entre les hommes au lieu de les diviser par les finesses théologiques sur la nature divine. Pour Voltaire, cette simplicité et surtout l'absence des prêtres expliquent le bonheur de ce pays.
En Turquie, au chapitre 30, Candide recrée une harmonie identique pour son groupe d'amis : cohabitent des chrétiens, dont deux partisans de tendances opposées (l'optimiste Pangloss et le pessimiste Martin), et un catholique converti à l'Islam (Giroflée). Le voisin est un vieux Turc qui sait bien recevoir les étrangers quelle que soit leur religion (r les deux filles de ce bon musulman parfumèrent les barbes de Candide, de Pangloss, et de Martin »). Cette réussite de Candide à la fin du conte vient du fait que deux conditions ont été remplies : le baron jésuite a été expulsé (ses prétentions et son intolérance sont indéracinables); Candide et ses amis, par ailleurs, ont refusé d'entrer dans le débat sur la nature du Bien, du Mal et de Dieu, comme le montre le silence imposé par l'élève à son maître Pangloss (« Cela est bien dit, [...] mais il faut cultiver notre jardin »).
Le conte mentionne trente cinq fois des membres du clergé, et la plupart des chapitres contiennent des critiques contre le fanatisme ou d'autres excès religieux. Le sujet est cher à l'auteur, qui voit dans l'utilisation de Dieu à des fins mauvaises l'une des principales causes du Mal. La leçon reste très actuelle, surtout pour l'intolérance.

 

 

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