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Revenir en arrière   Forums français Maroc > L'enseignement secondaire qualifiant > 2ème année > Il était une fois un vieux couple heureux
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Ancien 20/04/2010, 23h10
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Thumbs up Mohammed khaïr-Eddine un sociologue talentueux(Nadia BIROUK)

 

 

 

 

http://fr.scribd.com/doc/53297881/l-oeuvre-integrale-il-etait-une-fois-un-vieux-couple-heureux




Mohammed khaïr-Eddine un sociologue talentueux


Auteur: Nadia BIROUK


Colloque sur Mohammed Khaïr -Eddine sa vie, sa poésie et ses oeuvres (Maroc)
(Le vendredi : 25 -04 -2008)
Ville d'AGADIR MAROC

Introduction

Mohammed Khaïr Eddine est connu par son écriture pamphlétaire et difficile. Par ses poèmes et ses romans qui montrent que cet homme a la création dans le sang. Ses origines n’ont pas empêchés cette personne de devenir l’un des écrivains maghrébins les plus importants
; il est même nommé : L’enfant terrible de la littérature maghrébine. Dans cette intervention, je vais essayer de vous faire découvrir Mohammed Khaïr-Eddine le sociologue à travers son oeuvre : Il était une fois un vieux couple heureux[1]. J’ai choisi cette oeuvre
car, elle est programmée et les élèves ainsi auront l’occasion de discuter et d’approcher autrement un roman qui ont déjà lu. Je tiens à vous dire qu’il s’agit d’une analyse personnelle où j’ai essayé de mettre l’accent sur les talents de Khaïr- Eddine le sociologue. Ce
travail a été fait à la dernière minute pour pallier le vide dû à l’absence d’un spécialiste de Khaïr-Eddine qu’il devait nous parler de ce monsieur et de ses créations.

Il était une fois un vieux couple heureux

Ce roman est une oeuvre posthume apparue aux éditions du Seuil en 2002. Il raconte la vie d’un couple heureux où le vieux passe ses journées à écrire des poèmes en berbère et à savourer les repas faits par la vielle, sa femme. Le récit sera développé en fonction du passé agité du vieux et ses pensées. Le progrès vient provoquer un véritable changement au village paisible. Les poèmes du vieux seront diffusés à la radio et mis en chansons.
Je vais essayer, comme je vous l’avais signalé, de vous faire découvrir Mohammed Khaïr- Eddine le sociologue à travers l’étude de certains cas présentés au sein de son oeuvre : Il était une fois un vieux couple heureux.

La situation de la femme

La figure féminine la plus dominante est la vieille. La femme de Bouchaïb. Une femme qui
passe son temps à fabriquer des tajines pour son vieux époux et qui doit sous-estimer
heureuse dans toutes les situations et à toutes les conditions : le bonheur est un apprentissage,
un mode de vie et non un sentiment. Une obligation et non un choix. La femme à
l’époque n’existait que dans l’ombre et devait accepter son sort d’épouse fidèle et heureuse:

« -Je dois t’apprendre une chose, femme, dit le vieux. Une chose très importante. On est heureux ensemble, n’est ce pas ?
-Oui, mais sans enfants…
-Bah ! C’est mieux ainsi. Dieu l’a voulu, la lignée est finie. Même des rois ont subi ce sort.» (p.37)

Dans ce passage, la stérilité d’un homme n’est pas discutable. La femme ici, doit confirmer son bonheur même si elle ne pourra jamais être mère ou grand-mère. Pourtant, la stérilité d’une femme est une honte, une chose inexcusable. En effet, la société ne pardonne jamais une femme inféconde, qui doit remarier son mari et lui trouver une autre femme.
Dieu dans ce sens aura d’autres choses à dire. Mohammed Khair-Eddine traite ici un problème
socioculturel d’une manière dérisoire et met ainsi le bonheur de ce couple entre parenthèses.
Ce qui nous pousse en tant que lecteurs réels, à poser la question : Y a- t- il vraiment un vieux couple heureux ? N’oublions pas que l’auteur n’a pas avancé le non

 

 


de la vieille, qui sombre dans l’anonymat. D’ailleurs, Mohammed Khaïr –Eddine dans un style à détour semble bien répondre à cette question…

L’argent devient la règle du jeu

Dans son roman : Il était une fois un vieux couple heureux, Mohammed Khaïr–Eddine signale le changement que la société a subi à cause de l’intervention européenne et américaine. Les gens sont devenus avides d’argent. Les principes et les valeurs humaines deviennent une mode archaïque sans importance. Cela veut dire, que Mohammed
Khaïr -Eddine a remarqué cette évolution matérielle, qui pénétrait nos foyers et bouleversait nos convictions. La foi des anciens n’a plus de place dans un monde où :

« On va bientôt renier père et mère pour de l’or » (p.45)
« Les gens ne sont plus eux-mêmes. Ils ne respectent plus que l’argent. L’argent et encore l’argent !
Ils vendraient tout pour de l’argent… » (p.45) « Certes. Comme je l’ai toujours dit, nous sommes
les garants de la tradition. Mais vieille bien sûr ces pièces d’argent. Il y a des trafiquants d’objets
rares partout. Tout quitte le pays, s’en va ailleurs on ne sait comment…même les anciens coffres de
bois. Il faut se méfier des camelots qui passent… » (p.44)


Vendre sa culture, son histoire, son patrimoine pour l’argent. Aujourd’hui les jeunes cherchent
à se vendre pour l’argent, pour se trouver à l’autre côté du rive. Le talent du sociologue qui cherche à analyser les causes et les effets se voient dans les conversations interactionnelles entre le vieux et sa vieille, qui essayent d’approcher les phénomènes socioculturels, qui les inquiétaient et qui nécessitaient une étude urgente. Quoique ces conversations semblent ordinaires elles sont lourdes au niveau sémantique, surtout lorsqu’elles traitent les maux et les soucis Historiques ou lorsqu’elles s’expriment sur le conflit des générations, la crise de l’identité ou autres.
[/LEFT]

 

 


Dernière modification de prof.ziani, 19/01/2013 à 08h53
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Ancien 20/04/2010, 23h16   #2
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Le conflit des générations

Un phénomène socioculturel évident qui distingue chaque époque et que Mohammed Khaïr -Eddine prend le temps d’exposer et d’analyser dans son roman : Il était une fois un vieux couple heureux, est celui du conflit des générations. D’abord, il met l’accent sur la solidarité qui n’existe plus même entre les membres de la même famille. Cette tendance de l’individualité égocentrique qui caractérise désormais la société marocaine. Cette envie
de voler avec ses propres ailes, de partir, de vivre ailleurs, de s’enrichir loin du pouvoir paternel,
d’imiter les européens, de trouver d’autres manières d’exister… :

« Seuls les jeunes écervelés, voulaient imiter à tout prix leurs aînés, allaient se perdre ailleurs,
abandonnant à la fraiche les terres qui les avaient nourris et vu grandir… » (p.58)


Pour les anciens, les jeunes sont des ingrats. Pour les jeunes, ils ont le droit de changer leur situation au lieu de rester coller à la terre qui nécessite un travail fou et régulier. Les villageois trouvent que les jeunes nés en Europe sont encore pires :

« Ces enfants nés en Europe sont les pires qui soient, dit le vieux Bouchaïb. Ils ne respectent
même pas les morts. J’en ai vu une bande qui profanait les tombes. Ils ne parlent même
pas notre langue ? » (p.59)


En effet, il y a un grand problème de communication entre les générations. Les jeunes sont mal copris et mal vus par les anciens qui n’arrivent pas à saisir leur pensée, leurs transformations subites, leurs tentatives de se trouver dans un monde sans frontières où tout se complique et se croise. Mohammed Khaïr – Eddine a bien indiqué ces mutations que les jeunes subissent sans arrêt et qui modifient leur façon d’agir et de voir les choses.
Il anticipe déjà sur le rôle de la technologie et la place qu’elle va occuper dans la société.

La crise de l’identité

Mohammed Khaïr Eddine évoque dans son oeuvre : Il était une fois un vieux couple heureux, la crise de l’identité des jeunes marocains nés en Europe. Il semble que ces derniers sont perdus dans un monde qui leur est complètement étranger mais dont-il appartient
par naissance. Déraillés, perdus, égarés entre deux pays, deux origines, deux cultures, ils sont devenus des délinquants, des voleurs, des trafiquants :

« Ils étaient passées du tiers –monde au quart monde sans même s’en rendre compte.
Condamnés à subir leur échéance en Europe, ils ne pouvaient plus revenir au pays d’où
ils s’étaient exilés. Leurs enfants, incultes comme eux, rééditèrent le même topo en l’amplifiant.
Ils constituaient désormais l’essentiel de la population délinquante et carcérale des
pays d’Europe, car le trafic de stupéfiants et le vol étaient le seul métier où ils excellaient.
Un métier à la portée des exclus de la société industrielle, qui rejetait ces indésirables en
des banlieues surpeuplées, dangereuses et sinistres. » (p.59)


Une description loin de toutes imaginations fictives, qui montre la réalité des jeunes immigrés qui n’ont pas de place dans une société de compétences, de savoir, de civilisation et de chances. Ces jeunes français-marocains doivent supporter la conséquence de leur double identité, de leur couleur et leurs traits qui les relèguent au second plan. Un récit qui met les points sur les « i », qui montre la réalité d’une génération qui souffre pour
trouver un sens à son existence, pour tracer les piliers d’un futur sombre et sans issue. Un peuple errant qui a le mal de vivre et de s’adapter à une patrie inaccessible.

L’isolement du milieu rural

Mohammed Khaïr–Eddine n’oublie pas de dévoiler la réalité du milieu rural. Derrière le village paisible et beau se cachent d’autres réalités atroces. La vie difficile des villageois qui doivent subir seuls les malheurs des années de sécheresse. La pauvreté attaque le village
autrefois fascinant1 et prodigieux. Un milieu isolé sans école, sans route… :

« Même les vagabonds de jadis avaient déserté la région. »(p.150)

Pour Mohammed Khaïr –Eddine : « L’Etat doit procéder à des fourrages coûteux. Mais l’Etat est bien loin d’ici. Il ne nous entend pas et nous voit encore moins. » (p.151)

 

 


Pour Mohammed Khaïr–Eddine, les villageois n’ont pas d’avenir en ville. Seuls quelques malins y parviennent (p.151). Pour lui, il y aura sûrement une explosion sociale relative à cette immigration illogique et collective des villageois vers les villes.
Il trouve que ce phénomène n’est qu’une bombe à retardement. (p.152)
Vers la fin de son oeuvre : Il était une fois un vieux couple heureux, Mohammed Khaïr- Eddine, nous incite à travailler. Ce qui nous rappelle Le jardin mythique de Voltaire.
Le travail de la terre inféconde, travailler pour vivre même dans le désert le plus aride est l’unique solution car, selon lui le plus heureux est celui qui attend, qui reste tranquille et travaille pour vivre là où il se trouve. (p152-153)

Dernière modification de prof.ziani, 18/10/2012 à 13h45
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Ancien 25/09/2010, 19h19   #3
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Merci pour ce partage!
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Ancien 26/09/2010, 08h27   #4
chantula
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Merci de cette magnifique analyse d'un roman que j'ai lu et relu.
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Ancien 26/09/2010, 11h33   #5
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Chapeau pour tous ces efforts louables.Joyeuse année scolaire .
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Ancien 26/09/2010, 17h55   #6
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Chapeau pour tous ces efforts louables.Joyeuse année scolaire .
Merci infiniment cher professeur pour ces encouragements.
Mes amitiés sincères.
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Ancien 27/09/2010, 01h45   #7
aboud
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merci bien cher ami
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Ancien 16/02/2013, 08h30   #8
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Ancien 16/02/2013, 22h43   #9
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Ancien 20/04/2013, 22h26   #10
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TEXTE.
-Ce que tu as prévu dans ton fameux poème est arrivé, dit la vieille . C'est vraiment la catastrophe, d'après la radio.
-C'était à prévoir. Le Sahara est notre voisin. Il faut bien qu'il essaye un jour de gagner nos terres. D'autre part, les gens ne respectent pas la nature: ils abattent les arbres pour faire du feu ou autre chose. Et les arbres , comme chacun sait, sont les amis de l'eau. Cette calamité n'est donc pas si naturelle qu'on le prétend. Ses causes sont essentiellement humaines, affirma le Vieux. Cela dit, il n'a pas eu de labours faute de pluie. Pour nous deux, ce n'est pas un problème , nous pouvons nous payer l'orge que nous voulons, mais pour les autres, c'est un casse-tête. Hé! As-tu demandé à notre voisine, la sainte lettré, si elle ne manquait de rien?
-Elle ne manque de rien. C'est une fourmi. Elle a des sacs d'orge en réserve.
-Si jamais elle avait besoin de quelque chose…
-Elle me le dirait . Tu sais, elle aimerait bien avoir un de tes livres.
-Qui lui a dit que j'ai publié un livre?
-Moi.
-Bon. Tu peux lui en porter un.
-Et l'autre livre, celui qui vient d'arriver?
-Je n'en ai pas suffisamment . Plus tard. J'ai aussi deux cassettes que tu écouteras toute seule quand je serai dehors. Ce sont mes vers chantés par un raiss*. Je voudrais avoir ton avis là-dessus.
-Mais je ne sais pas faire marcher l'appareil.
-Apporte-le, je vais te montrer comment faire.
Elle s'exécuta. Au bout d'une vingtaine de séances de démonstration, elle sut enfin faire fonctionner le magnétophone.
-On apprend vite quand on veut ,dit-elle.
Ils rirent.

raiss: musicien berbère qui compose et chante des poèmes.

ÉTUDE DE TEXTE: (10 points)
1-Reportez l'énoncé ci-dessous sur votre copie puis complétez-le convenablement d'après votre connaissance de l'oeuvre: (1)
-C'est…………………………qui est l'auteur de ce texte extrait du………………qui a pour titre………………………….et qui a été publié au……………….siècle.
2-Après avoir recopié ce tableau identifiez la situation d'énonciation en répondant au questionnaire suivant(1)

Qui parle?


A qui?


Niveau de langue dominant?

a-…………………..


b-…………………….


c-………………………………..

3-La catastrophe dont parlent les deux personnages est-elle: le tremblement de terre qui avait frappé Agadir, les inondations ayant submergé le Gharb ou la sécheresse qui avait causé des dégâts dans le Sud marocain?
4-Relevez dans le texte les deux principales causes expliquant cette catastrophe. (1)
5-Par quelle expression le personnage principal écarte-t-il l'une de ces causes et par quel autre terme insiste-t-il sur l'autre? (1)
8-a-Relevez puis nommez la figure de style qui caractérise la manière dont cette voisine a su faire face à la crise provoquée par la catastrophe. (0.5)
b-Cette figure de style signifie-t-elle que la vieille était économe , avare ou, au contraire, dépensière? (0.5)
9-a-A quel genre littéraire appartiennent les livres écrits par le personnage principal? Justifiez votre réponse par une expression du texte. (0.5)
10-Quelle solution proposeriez-vous pour prévenir (éviter) la catastrophe évoquée dans le texte? (1)

II-PRODUCTION ÉCRITE: (10 points.)
SUJET:
Un célèbre proverbe populaire dit ceci: «choisis ton voisin avant de choisir ton domicile (ta maison )»
Rédigez un texte argumentatif dans lequel vous développerez votre point de vue sur le message de ce proverbe en utilisant des arguments convaincants et en citant des exemples concrets.

 

 



IMPORTANT!

La correction tiendra compte de:
-la présentation de votre écrit( alinéas, paragraphes, ponctuation, majuscules): 1pt
-l'originalité et la pertinence des idées: 3pts
-la cohérence de l'ensemble(enchainement logique de l'introduction, du développement et de la conclusion, de la bonne utilisation des mots de liaison): 3pts
-la correction de l'expression: 3pts
(2011
(2011
Éléments de réponse (à titre indicatif) + barème A) Étude de texte : (10 pts)
1- a) Candide ou l'Optimisme. 1 pt
b) François Marie Arouet ou Voltaire. (0,5x2)
2- - Narratif 1 pt
3- - Le baron ne pouvait se lasser d'embrasser Candide 1 pt
- Il l'appelait son frère, son sauveur
4- -car elle a soixante-douze quartiers (elle est d'une famille importante). 1 pt
-Candide ne possède aucun quartier
5- - Immobilisé par une émotion violente. 1 pt
6- Niveau de langue : soutenu 1 pt
7- -Dévalorise Candide 1 pt
8- Car, puisque ... (la cause) 1 pt
9- « l' » renvoie à Cunégonde. 1 pt
10- Une gradation. 1 pt
A) Production écrite : (10 pts)
Quel est le personnage que vous aimez le plus : Candide, Rastignac ou le vieux Bouchaïb ?
Justifiez votre choix en vous appuyant sur des arguments et des exemples précis.
La correction portera sur les capacités suivantes :
Respecter les paramètres de la situation de communication 2 pts
- Appliquer les règles fondamentales d'écriture et de composition de texte 3 pts
- S'exprimer correctement 3 pts
- Traiter le sujet de manière personnelle et originale 1 pt Présenter convenablement la copie 1 pt
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Ancien 01/05/2013, 12h56   #11
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L'espace "sudique"Chez Mohammed Khaïr-Eddine

S’interrogeant sur son retour au Maroc, après quinze ans d’exile volontaire :

« et qu’as-tu gagné à ce brusque retour, opéré , sans doute sur un coup de tête ? »

Khaïr-Eddine le commentait ainsi :

« la liberté de courir intensément ces solitudes impeccables qui ont toujours nourri mon œuvre, sans les quelles celle-ci ne serait pas ce qu’elle est, n’aurait pas cette coloration mouvementée, caractéristique du commencement du monde. J’y ai gagné au moins une maturité sereine, plus le flux très riche de nouvelles images capables à elles seules de donner des textes miroitants » « le retour au Maroc in Ruptures, sept-oct. 1981, N°2, P.13

Expression de l’appel de la terre natale et de l’ancrage d’une œuvre dans espace auquel l’écrivain semble venir se ressourcer, ces propos annoncent, d’emblée, la place essentielle de l’espace comme source de création, réservoir d’images, ainsi que le fondement , la nature topologique de l’image et par voie de conséquence de l’écriture .

L’espace génère donc l’écriture, celle, par exemple, de Légende et vie d’Agoun’chich (seuil ,1984), annoncé lors du retour de Khair-Eddine sous le titre : » redécouverte du Sud ». En fait ; conçue dans l’exil et pour cette raison même, l’œuvre de Khair-Eddine est toute entière rivée à un espace qu’elle nomme et par lequel elle prend sa signification, me sud marocain qui devient, selon l’expression de l’écrivain, la terre « sudique ».

Si l’espace est un creuset d’images suscitant la génération du texte, son expression par l’écriture va donner lieu à une constellation d’images et à une représentation multiple. Source de la fonction créatrice, il est çà son tour investi par l’imaginaire et, d’objet contemplé , devient par cette investigation objet transformé. L’écriture de l’espace , qui puise ses images dans celui-ci, va renvoyer de cet espace l’image du Même et de L’Autre- Khair-Eddine ne parlait-il pas de « textes miroitants » ?

Ainsi , l‘écriture de l’espace « sudique » chez Khair-Eddine laisse apparaitre une double construction. Espace concret et organique, il se manifeste dans l’ouvre par « son caractère unique (qui) le différencie nettement des terres du Nord (car) à mesure que l’on s’en approche, il s’annonce géologiquement " , écrit-il dans Légende et vie d’Agoun'chich (P.9). Caractère unique donc de ce lieu élu qui inscrit sa différence ,,et surtout dimension géologique de cet espace dont la description physique annonce déjà le glissement vers l’imaginaire, vers le fantastique :

« Tout est à l’échelle cosmique en ces lieux où la géologie et la métaphysique se mêlent en de multiples images qui vous laissent en mémoire une marque indélébile comme le sceau magique de la sérénité blanchie par les souffles purs de la genèse ». (légende et vie d’Agoun’chich, (p.1)

Source d’un langage poétique qui emprunte à la langue berbère sa force suggestive comme ce « laurier –rose de mon pays qu’on appelle la pierre du vent » dans Soleil Arachnide (p.20) ; source aussi d’un bestiaire tout aussi fantastique , peuplé notamment par ces animaux légendaires que sont la hyène et le chacal qui hantent les régions « sudiques » et l’imaginaire berbère.

« Arbres épineux , mille fois vaincus et mille fois ressuscités, (…) , sans doute le symbole le plus représentatif de ce pays montueux que la légende auréole de ses mythes patinées et de ses mystères » (idem, pp.9-10)

L’arganier symbolise à lui seul le Sud , dans sa lutte pour la survie, sa capacité de résistance , son combat pour la terre, la culture et l’identité.

On le voit, cette évocation du Sud espace concert, physique , n’échappe pas à l’emprise de l’imaginaire. L’écriture va ainsi transformer cet espace en univers fantasmatique, lieu fui et rêvé , perdu et retrouvé, » soi-aimé et redouté » - écrit Khair-Eddine dans légende et vie d’Agoun’chich (p.20)- espace donc de l’ambivalence.

Si les propos ci-dessus insistent sur la permanence du lieu, sur son caractère indomptable voire éternel et sa capacité de résistance , celui-ci n’en reste pas moins un espace menacé , abandonné, trahi même. Menace du Nord, »victime de l’aliénation extérieure » , lieu de la modernité néfaste vers lequel émigrent ceux qui abandonnent le Sud- notamment le père- sur un Sud terrien qui « tend à s’effriter comme sous l’effet d’un rejet collectif », s’inquiète de dire l’auteur (p ;15)- de ce point de vue , le séisme qui frappe Agadir ne serait-il pas symbolique de cet effritement du Sud gagné par la modernité ?_ le Sud devient alors « terre orpheline », délaissée par les siens , en danger de mort. De là, l’écriture du lieu rejeté, trahi, fui. Mais si l’écrivain dénonce la trahison des autres, son œuvre est travaillée par son propre rejet, sa propre trahison et sa propre fuite.

Je n’insisterai pas ici sur un aspect de l’œuvre , maintes fois dégagé : la rupture avec l’ordre tribal , celui des ancêtres et du père, expression de la soumission , de la décadence du Sud vaincu, visage honni et violemment pris à partie par l’écriture de l’écrivain. Toutefois, là encore, l’ambivalence fait loi en ce qui concerne le versant , disons « patrilinéaire » , de cette représentation symbolique et identitaire de l’espace « sudique ». En effet, malgré son rejet pour les raisons évoquées ci-dessus, et aussi parce qu’il renvoie à un discours patriarcal sur l’identité , parole de pouvoir fondée sur la peur qu’elle cherche à inspirer :

« Aie peur de moi, je suis ton père ! aie peur de Dieu ! Bref, aie peur ! » (Moi, L’aigre, p.38)

Malgré son rejet donc par l’écriture , celle-ci reconnait qu’il est cet « ombilic réel qui (me)relie encore aux Berbères » dans Une vie, un rêve, un peuple, toujours errants (p.80). D’où cette impossibilité avouée par l’écrivain « d’en finir avec cette image du père , tellement obsédante « ; d’où aussi cette ambivalence dans le rapport avec l’espace « sudique », tantôt lieu identitaire et culturel , rapport tout aussi problématique donc que le lien avec le père lequel est à la fois celui qui transmet et celui qui rompt le lien avec le Sud pour le trahir avec le Nord, celui qui par ailleurs a répudié , donc trahi la mère.

De là , la thématique de la répudiation et de la trahison de la mère en rapport étroit avec l’abandon même de la terre » sudique ». « Ombilic réel qui relie encore aux Berbères », le père n’en reste pas moins l’éternel absent du liue « Sudique » , où la mère et le fils sont répudiés par le père. L’espace « sudique » devient alors lieu d’exil . « On m’exila dans le Sud », écrit Khair-Eddine dans le Déterreur (p.119) où la mère est répudiée ; celui-ci se transforme ainsi en espace maternel, coupé de la vile où se trouve le père qui répudie. Chargé de négativité parce qu’il marque cette » répudiation »du fils par le père- c’est –à-dire l’exclusion de son monde et l’expression de son pouvoir – et la résignation de la mère, laquelle révolte le fils, le Sud est aussi vécu comme lieu paisible , exil sécurisant , associé positivement à la mère :

« le Sud ! le Sud ! Ma mère ; la vraie (…) ma mère répudiée vivant seule (…) ma mère que je retrouvai qui m’appartenait qu’à moi seul errant dans la montagne chassant la perdrix, la colombe et les lièvres, grâce à quoi je me sui nourri . Sa maison surplombait une ravine , devant c’étaient des arganiers(…) Et, très loin, la montagne, le silence. On appelle cette contrée le Ventre du Torrent. Deux chaînes de montagne s’y font face., l’une humide et violette, l’autre rouge, corrodée , jaunissant à minuit quand la lune transfigure le paysage ».



(Le déterreur, pp. 119-120)

Lieu naturel , de l’enfance , de l’errance et de la liberté retrouvée, l’espace « sudique » est alors inaccessible pour l’écrivain en exil et apparaît comme un lieu mythique , soustrait au temps , objet de désir auquel seules l’écriture , désir tendu vers une projection mythique , et la parole imaginaire permettent le retour en même temps qu’elles en expriment la perte : » Elle ( associant la mère, la montagne, le ventre du torrent) n’est plus dans mes rêves qu’un feu follet vite dissipé , pas même une ombre , et chaque fois que j’essaie de l’approcher , de me plonger de nouveau dans son sourire , elle se dématérialise , s’effilochant complètement , me rejetant dans es songes confus où rien jamais rien ne sanctionne ma quête , mais où tout fuit , dérivant peut-être d’une poussière de cimetière tel qu’il en existe ici »



( Le déterreur, p.120)

Lieu perdu- en cela il s’inscrit de façon obsessionnelle dans l’œuvre , rappelons qu’il s’agit de la perte de la grandeur passée, de celle de l’enfance et de la mère et enfin de l’abandon de la terre – le Sud est désir et manque générateurs de l’écriture, lieu d’émanation qui se fait parole et corps , lei maternel et féminin d’un dire- désir suscitant l’écriture.

Lieu féminin car c’est la femme – berbère , précise l’écrivain dans Légende et vie d’Agoun’ chich- qui :

« a été tout temps pourvoyeuse des significations cachées du monde ( et qui nourrissait) le cerveau de l’enfant de légendes symboliques tout en lui faisant connaître les beautés diverses et immédiates de la terre , (…) , en déesse bienveillante car elle composait avec les éléments , était les éléments , (…) , se confond(ant) avec la renaissance de la Nature ( sudique), ( elle initiait) aux changements de saisons (qui) se transformaient en festivités dionysiaques où le désir vital acquérait une dimension propre aux mythologies les plus envoûtantes ».

Ainsi, la femme berbère –« qui vit sa montagne »- transmet une part identitaire enfouie , occultée et sacrifiée dans l’individu, pourtant première , une culture qui renvoie dans légende et vie d’Agoun’chich (p.12) à la « terre et connaissance viscérale de cette terre ». Celle-ci s’ancre dans un espace , lequel est l’écrivain « d’abord une langue (puis) il s’annonce géologiquement , c’est aussi l’habit des femmes pourvoyeuse des significations cachées du monde » (idem, pp.9-10).

Langue , espace et imaginaire disent le Sud et constituent les thèmes matriciels autour desquels le récit s’organise. L’espace « sudique « est alors champ symbolique , sphère culturelle marqués par la figure maternelle, lieu dans lequel prennent place la culture et l’imaginaire berbère, celui d’une mémoire culturelle, espace-corps premier et inaugural, espace de l’oralité.

Si retrouver le Sud , c’est fusionner avec ce corps inaugural, maternel, quitter le Sud , c’est abandonner la mère. Ainsi, il est à chaque fois question de l’errance loin de la mère et de la « culture terrienne, organique,(…) , base de toute connaissance » dont elle est l’initiatrice. L’écriture est ainsi travaillée par cet abandon de la mère et de la terre et par l’effritement de la culture terrienne , inquiète de cette mort-trahison ( rappelons que la scène de la mère malheureuse , attendant le retour du fils obsède Khaïr-Eddine et ce à travers des récits légendaires : le saint Sidi Hmad ou Moussa, Hamou ou Namir ; Agoun’chich abandonne tout pour entreprendre son voyage vers le Nord).

Aussi l’évocation du Sud conduit-elle inévitablement à la constatation d’une réalité contraignante et décevante, celle d’un espace : terre et culture, abandonné par les siens- à l’instar de la mère délaissée par le fils, répudiée par le père – et donne lieu , une fois de plus, à une double écriture, celle de la mauvaise conscience d’une part , d’un Sud réinventé, production d’une autre image plus séduisante, plus gratifiante , compensation et revanche sur le réel, d’autre part.

Écriture de la culpabilité, celle d’avoir trahi à son tour la mère et la terre pour rejoindre le père et le Nord, qui se traduit à travers cette inscription obsessionnelle de l’espace « sudique » dans l’œuvre , à travers aussi cette ambiguïté caractérisant la relation de l’écrivain avec le monde « sudique » qui obsède d’autant plus son écriture qu’il l’a volontairement fuie. Mauvaise conscience enfin lorsque l’écrivain ne peut pas faire autrement que de chanter cet espace sur lequel il a tant « craché » par ailleurs, que ce soit dans Une odeur de mantèque, le Déterreur ou encore Une vie, un rêve, un peuple, toujours errants qui s’en prend à » cette engeance qui ne torche le cul qu’avec un caillou sec « (p.82).

 

 



L’exemple le plus frappant de l’expression de cette mauvaise conscience et de la constatation du réel angoissant , du glissement dans l’imaginaire compensateur , enfin, c’est Légende et vie d’Agoun’chich ( notons que ce n’est pas un hasard, s’il est aussi le livre du retour et de la réconciliation).

La fuite dans l’imaginaire vers le Sud mythique et légendaire y vient à la suite des Vingt pages qui évoquent la terre , ses traditions mais aussi – juste avant le récit de la légende- son abandon et son effritement. Elle vient aussi après la constatation qu’au bout de :

« vingt ans d’absence , on n’est plus qu’un étranger un touriste égaré=ou un flic, (…) aux yeux de ceux qu’on avait vu naître,( que) vous n’êtes plus d’ici , que votre patrie est partout sauf chez vous , (et surtout) quel régal après les vins forts de l’errance que le broc de petit-lait saupoudré de thym moulu. Cela vous émeut tellement que vous vous plongez malgré vous dans le passé » ( p.20).

Le passé évoqué est celui de la légende de l’ancêtre fondateur, Agoun’chich , qui incarne à lui seul le combat du Sud contre la colonisation, le Nord « corrupteur » et le monde moderne , combat pour la survie , la terre et la culture, pour l’identité enfin. Le texte chante , exalte , à travers la figure légendaire d’Agoun’chich , la valeur guerrière ainsi que la capacité de résistance non seulement du héros mais aussi du peuple et de la Nature « sudique », tels ces « arbres épineux (l’arganier évoqué ci-dessus) mille fois vaincus et mille fois ressuscités » (p.9).

Une fois de plus chez Khaïr-Eddine , c’est par le biais de l’imaginaire que sont célébrées les retrouvailles avec l’espace « sudique » qui ne semble être accepté que dans sa dimension mythique et symbolique , qu’en tant que Sud réinventé , créé , investi par l’imaginaire , tellement le réel semble intolérable et suscite inévitablement la fuite : exil ou plongée dans l’imaginaire . Le Sud construit devient ainsi espace-refuge , lieu de la marginalité , en rupture totale avec le Sud de la réalité évoquée ci-dessus. Espace rêvé et désiré , nommé « sudique » - néologisme significatif de la création totale- devenu espace scriptural en qu’il alimente l’écriture, la justifie même , comme si elle avait besoin de s’inventer son territoire , de s’inscrire de façon obsessionnelle , nous l’avons dit, dans ce lieu pour se donner une légitimité en quelque sore . Le Sud devient alors si mythique, si inventé qu’il n’est plus localisé , lieu si obsédant, toujours fui, toujours retrouvé- il y a toujours chez Khaïr-Eddine un car en partance pour le Sud ou de retour du Sud- auquel Khaïr-Eddine semble avoir lié le sort de son écriture, tellement il lui colle à la peau et à la plume.

Paradoxe chez cet écrivain de l’errance – car « l’amour de l’exil et de l’errance s’est de nouveau emparé » de tout berbère, dit Légende et vie d’Agoun’chich (p.23)- que cette inscription obsessionnelle du lieu (« sudique ») dans son œuvre et auquel il rêve sans cesse. Aussi , cet espace fui et par là tout puissant , jamais conquis , envahissant au point de hanter l’écriture , ne fonctionnerait-il pas comme un révélateur , un miroir dans lequel L’écrivain viendrait se chercher , tantôt se retrouvant, tantôt se fuyant et e se refusant .

D’où le va-et-vient incessant de l’écriture entre le lieu fui pour l’errance et le leiu retrouvé , fondamentalement imaginaire, en ce qu’il reste accessible uniquement par l’écriture .

En fait, la relation avec le Sud ne peut être qu’ambivalente, voire ambiguë , tant elle est liée à la question de l’identité , prise entre le refus et l’acceptation d’elle –même. Tantôt honni, tantôt sublimé , pris en charge de toute façon par l’écriture , investi par l’imaginaire pour être soustrait au devenir fatal, l’espace « sudique » est tout d’abord représentation esthétique se transformant au fil de l’écriture en lieu identitaire , espace de construction/déconstruction du « je » , et en cela problématique chez Khaïr-Eddine.



Professeur Zohra MEZGUELDI

Universuté Hassan II

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Ancien 01/05/2013, 13h00   #12
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La littérature maghrébine de langue véhiculaire française

Comme espace transitionnel, Par Kacem BASFAO


En toute logique et selon les prévisions-prédictions d’Albert Memmi dans Portrait du colonisé, et de Malek Haddad dans les Zéros Tournent en Rond, la littérature maghrébine de langue véhiculaire française aurait dû s'éteindre avec la colonisation. Alors qu’en fait, de nouvelles générations d’écrivains se mettent à écrire en français. C’est le cas entre autres, de Abdelhak Serhane, Tahar Djaout, Rachid Mimouni et Abdelwahab Meddeb .

Pour le coup, les explications historique , politique et sociologique deviennent sinon caduques (sans réduire l’importance de l’historique et de l’économique) ,du moins insatisfaisantes car incapables à elles seules de rendre compte du problème du bilinguisme , d’analyser ses assises et de mettre à jours ses points d’ancrage.

Au seuil de cette communication, je voudrais rapporter l’élément qui a nourri mon hypothèse de travail. Cet élément, je l’ai découvert en lisant une enquête sociologique de Pascon Bentahah " ce que disent 296 jeunes ruraux " Publiée en 1970 dans le bulletin économique et social du Maroc, et qui concernait en particulier les opinions des jeunes ruraux marocains sur leur rapport à leurs parents. Il y a là une phrase qui a retenu mon attention parce qu’elle est aveuglante de vérité pour quelqu’un qui fait un tant soit peu de psychanalyse.

C’est la précision d’un changement de langue au niveau d’une réplique d’un jeune campagnard qui a arrêté mon attention. À la question posée en arabe (langue utilisée pendant la passation de l’enquête par les enquêteurs et les enquêtés), le campagnard commence par répondre en arabe, puis dit en français une phrase qui semble venir comme un cheveu sur la soupe :

« - qui consultez-vous dans la famille avant d’agir ?

- Lorsqu’il s’agit de secrets, c’est à ma mère que les confie : « l’homme est toujours amoureux de sa mère (en français) »

Je ne peux que louer ici, la fidélité de la retranscription des réponses des enquêtés ; et du coup rendre hommage à la rigueur méthodologique du regretté Paul Pascon.

C’est le contenu de la phrase qui a induit et facilité l’interprétation et qui, m’a fourni, par simple application au roman maghrébin , les données de base pour une explication apte à rendre compte du statut de la langue française pour le roman maghrébin. Application légitimée par l’homologie de la position des locuteurs. C’est le point de départ de mon hypothèse concernant le pourquoi de l’utilisation toujours vivace de la langue française dans la littérature maghrébine.

Les propos du jeune rural trahissent un amour immodéré et quasi incestueux à l’endroit de sa mère. L’usage du français lui permet de faire d’une pierre deux coups : il satisfait à la fois le ça et le Surmoi. Il dit le désir refoulé et contente la censure refoulante grâce à l’emploi d’une tournure de phrase dont le caractère sentencieux pointe le côté vérité générale (ce qui désenclenche quelque peu l’implication du sujet dans ses paroles) et grâce à l’utilisation tactique d’une langue étrangère, le français : ce qui tend à renforcer l’altérité du contenu. Car en français, le terme amour est ambigu, il renvoie tout autant à l’amour filial qu’à l’amour-passion. Seule, la situation de communication détermine le sens.

Son emploi pointe ici, (tout en le masquant) un débordement, une transgression, toute verbale il est vrai de l’interdit de l’inceste si puissant dans la culture islamique. Vu que l’enfant vit dans un espace féminin jusqu’à l’âge de raison ; et que le sevrage y est traditionnellement tardif : de 18 à 24 mois.

L’ambiguïté du mot en français permet un déplacement qui se résume en un glissement de sens. Cet adolescent n’aurait pu exprimer ce désir en arabe sans trahir la portée de ses sentiments, car les types d’amour sont linguistiquement différenciés dans cette langue et il aurait été obligé de se servir du terme qui signifie amour-passion s’il veut énoncer le fond de sa pensée…ce qui est littéralement impensable, car cet « amour » est indicible. Et ce d’autant plus que dans le cadre de la culture maghrébine il n’est jamais question d’amour mais de respect entre parents et enfants.

L’utilisation de la langue étrangère facilite donc et même rend possible la transgression des tabous. Le statut du français permet de l’utiliser pour exprimer ce qu’on ne peut dire dans sa langue maternelle ( au sens strict de l’expression). Le déplacement d’une langue à l’autre ouvre un espace d’expression , une aire de transgression spécifiant la littérature maghrébine de langue véhiculaire française. En effet, les textes marquants de ses romanciers sont iconoclastes, irrévérencieux et destructeurs des traditions , des dogmes et structure sociales, casseurs de la langue et du genre littéraire dans lesquels ils s’expriment. La critique , qu’elle soit journalistique ou universitaire, le clame assez haut pour qu’il ne soit pas utile de donner des exemples qui abondent chez Chraïbi, Boudjedra ou encore Khaïr-Eddine. On ne peut écrire , ici et maintenant , ces textes dévastateurs en arabe. Cela serait difficilement supportable par l’écrivain et par le lecteur maghrébin si tant est que la structure de la langue et de l’imaginaire culturel le permet.

Et le cas du Pain nu de Mohamed Choukri, me direz-vous ? je vous répondrais que c’est là justement l’exception qui confirme la règle. Cet ouvrage a d’abord paru en français, traduit par un écrivain écrivant lui-même en français. Taher Ben Jelloun en l’occurrence. Aucune maison d’édition maghrébine ou proche orientale n’ayant dans un premier temps voulu du manuscrit en arabe, jugé de par trop scandaleux, et donc impubliable. C’est la notoriété de la traduction en ffançais qui a forcé la publication en arabe et qui a atténué l’effet de choc de la version originale. Et je ne parlerai pas des démêlés de l’œuvre avec la censure des pays arabo-musulmans.

La langue étrangère est donc , dans ce cas aussi, un passage obligé, un espace transitionnel dont la traversée fait advenir l’indicible à l’énonciation publique.

Choukri , contrairement à la loi du clan, lave son linge sale en public. Marginal dans sa vie et de par son œuvre, il affronte sa propre culture comme étrange…et étrangère, au sens où il ne s’y reconnait pas. C’est ce qui lui permet de briser les limites de la connaissance endiguée par les tabous de toutes sortes, et de rompre le silence de la langue arabe.

Cet arabe véhicule de la littérature, est étrange, s’il n’est étranger, comparé à la langue maternelle des arabophones à l’arabe parlé, dit « dialectal ». La langue nationale est une langue maternelle truquée.

L’écrivain maghrébin ne peut épeler sa langue maternelle car cela signifie fantasmatiquement faire violence à la mère, au giron géniteur. La mère introduit par la tétée et par la voix, les mots de sa langue. le corps de l’enfant est réceptacle « possédé » (aux sens juridique et magique du terme), il apprend le carcan linguistique dans ses langes, sa mémoire en est tatouée.

Son désir de « maîtriser », de « déconstruire » et de « démembrer » la langue qui le possède , il le refoule au fin fond de lui-même car il est concomitant de la crainte ( et de l’angoisse dépressive qui l’accompagne), de la crainte de détruire ce qui est source de vie et de plaisir…c’est-à-dire de porter atteinte à l’intégrité du corps de la mère.

L’écriture en français est ainsi vécue , fantasmatiquement, comme une aire de jeu avec le cordon ombilical, jeu permettant de remettre sur le tapis la représentation de la présence et de l’absence de la mère. Ce rapport à langue française , « belle et maléfique Étrangère » selon Khatibi , est vécu comme un rapport infidèle , un rapport interdit, autant dire une relation incestueuse avec un ersatz de la mère qui a tous le traits de la marâtre. En effet, à l’image de ce qui se passe dans La répudiation de Rachid Boudjedra, l’auteur fait à la marâtre tout ce qu’il est prohibé de faire avec la mère. Le déplacement de la mère à la marâtre, de la langue maternelle à la langue étrangère permet le retour du refoulé , et le passage à l’acte scriptural.

L’utilisation de la langue étrangère permet à l’écrivain de se défendre de l’univers annihilant et dévorant de la mère. À Chaque fois qu’on parle de la langue de la mère on abdique de facto sa dimension d’individu autonome pour revêtir les atours du collectif. Autrement dit, il y a retour à une relation de dépendance ; on passe sous le joug de la structure socioculturelle dominante induite par les schèmes et par la structure syntaxique et grammaticale de la langue maternelle. Langue parlée et non écrite , langue de l’oralité et non de l’analyse, langue de la proximité et de la promiscuité, langue de l’affect qui paralyse l’esprit critique, interdit la distance nécessaire à la mise en crise d’un état du monde frustrant, parce que langue de la fusion et de l’adéquation.

 

 



La langue étrangère permet une prise de distance salutaire d’avec l’image de la « Mauvaise Mère », celle dont les attentions prévenantes ne laissent aucune place au désir du sujet qui n’est plus dès lors qu’un objet, un prolongement du désir de la mère.

Mais l’écrivain maghrébin se défend aussi de l’emprise maléfique de la langue étrangère en la « démembrant » , en la travaillant pour en gommer les structures aliénantes, les structures radicalement autres. L’écriture des romanciers maghrébins de langue véhiculaire française est le fruit d’une déconstruction et d’une restructuration de la langue française. Ils introduisent d’une façon et d’une autre certaines structures de la langue maternelle dans la langue étrangère : arabismes, aphorismes, expressions coraniques, traduction littérale de tournures idiomatiques ou de termes, ou encore insertion de mots arabes ou berbères dans le texte en français.

Voilà définie cette littérature comme espace interculturel , puisqu’elle participe de deux langues, de deux cultures. La langue étrangère a tendance à neutraliser la langue maternelle, et celle-ci cherche à habiter et même à envahir la langue étrangère.

C’est dans cet espace que l’œuvre prend corps en tant qu’objet transitionnel , en tant que substitut de la mère absente…selon la définition que donne Winnicott de l’objet transitionnel dans Jeu et réalité .

Cet objet créé-trouvé se situe à l’endroit de conjonction et de disjonction de la langue maternelle et de la langue étrangère. Espace transitionnel dont le prototype est, selon Winnicott , la surface de contact du sein de la mère et de la bouche du nourrisson, la partie de la mère que l’enfant vit comme lui appartenant mais qui ne fait pas partie de lui. Partie qui est, à la lettre, une possession « non-moi ».

Écrire en français implique pour l’écrivain maghrébin de remettre à leur place et l’une et l’autre culture, ainsi que les identités culturelles contraignantes et stéréotypées qu’elles produisent .Écrire est alors synonyme d’une tentative de dégagement du vécu problématique d’une situation conflictuelle qui parle de l’inconfort d’être assis entre une chaise et un pouf. L’écriture est un aménagement provisoire de cette situation : l’écrivain y cherche non à couper les ponts entre les deux rives de la méditerranée, mais à couper les liens aliénants.

Si la nationalité maghrébine de l’écrivain le rappelle à l’ordre collectif, sa production en français invite à une expérience interculturelle créatrice d’un espace imaginaire nouveau , un Ailleurs présent , un no man’s land, ou plus exactement une terre qui appartient à chacun et à tous.

Cette littérature construit de fait un espace potentiel où le maghrébin nouveau est arrivé. Elle met en place un nouveau mode d’être et appelle de ses vœux un « Nouveau Monde »

Professeur Kacem BASFAO

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Ancien 13/05/2013, 11h12   #13
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http://www.uniondesfamilles.org/role...es_parents.htm


Le rôle éducatif des parents

par Jacques BICHOT
L’attention s’est récemment focalisée sur la délinquance juvénile. Les media ont porté à ce phénomène une attention soutenue, ce qui a amené diverses personnalités politiques à proposer leurs « remèdes ». Ingrédient commun : faire appel au sens des responsabilités des familles, et particulièrement à leur responsabilité éducative. Certains ont même proposé de punir les parents de jeunes délinquants par le biais des allocations familiales. Ainsi, dans un contexte qui n’est sans doute pas celui que l’on aurait préféré, le Gouvernement et le monde politique ont-ils redécouvert une réalité essentielle : la famille exerce une fonction éducatrice sans laquelle le fonctionnement de la société est mis en péril.

« Les parents de la génération en âge d’avoir des enfants ne savent plus comment les éduquer. Ils ont de grosses difficultés de communication avec leurs enfants. On voit de plus en plus d’enfants mal élevés, qui ne respectent plus leurs parents ou même leurs enseignants, qui s’expriment mal. Il faut donc réapprendre aux enfants le sens du bien et du mal, quelques notions de morale élémentaire. »

La femme qui dresse ce constat un peu sombre et appelle les parents à jouer davantage leur rôle éducatif n’est pas française, ni même européenne : c’est Madame Mayumi Moriyama, qui fut ministre de l’Education du Japon de 1991 à 1993, et qui préside actuellement la commission sur l’éducation du Parti Libéral Démocrate, au pouvoir dans ce pays[1]. La difficulté rencontrée par de nombreux parents français à exercer efficacement leurs fonctions éducatives n’est donc pas une spécificité hexagonale : il existe aujourd’hui un réel problème dans bien des pays et des cultures très diverses.


LES PARENTS AU COEUR DU PROCESSUS EDUCATIF

La famille est au centre même du processus éducatif. « avant l’école, pendant l’école, après l’école, il y a la famille ». Les parents ont à porter cette responsabilité primordiale : conduire leurs enfants vers l’état adulte. Ils peuvent et doivent sous-traiter certains aspects du processus éducatif, notamment l’apprentissage des savoirs scolaires et la formation professionnelle, mais ce n’est en aucun cas un abandon de responsabilité : les parents doivent surveiller le bon déroulement des opérations, motiver l’enfant puis l’adolescent dans son apprentissage, l’encourager, l’accompagner, l’orienter puis, quand il grandit, l’aider à s’orienter lui-même. Ils doivent aussi, parfois, prendre la décision difficile de changer de fournisseur : retirer l’enfant d’un établissement scolaire, ou d’un club sportif, ou d’un centre de loisirs, s’il s’avère que l’action éducative de cet organisme n’est pas bonne pour l’enfant.

L'UNION des familles réclame le libre choix de l’école

A cet égard, L'UNION DES FAMILLES réaffirme le droit naturel des parents à choisir les établissements scolaires auxquels ils confient leurs enfants. L’arrêt Lida du Conseil d’Etat en date du 12 octobre 1973, toujours d’actualité, constate dans son considérant principal : « aucun principe de droit ni aucune disposition de loi ou de règlement n’a reconnu aux parents des enfants d’âge scolaire le droit de choisir librement l’établissement devant être fréquenté par leurs enfants ». L'UNION DES FAMILLES exprime son indignation : qu’une telle carence existe au pays des droits de l’homme, au pays de la liberté, est inadmissible. La liberté de choix signifie concrètement, entre autres choses, la fin de la carte scolaire en tant que contrainte juridiquement opposable aux parents. Une loi, ou mieux un texte de portée constitutionnelle, devrait affirmer solennellement cette liberté.

L'UNION DES FAMILLES appelle les parents à suivre activement la scolarité de leurs enfants

Il arrive que des parents, dépassés par les événements, ou insouciants, ne se préoccupent guère de ce que leurs enfants font en classe. Ce n’est pas agir de façon responsable. L’enfant a besoin de sentir que ses parents s’intéressent à ses études. L’apprentissage de la lecture et de l’écriture, par exemple, s’effectue beaucoup mieux si les parents motivent l’enfant en lui montrant que la lecture introduit à un monde plein de richesses et de découvertes. Même des parents analphabètes peuvent donner à leurs enfants l’envie d’apprendre à lire ! Il suffit qu’eux-mêmes aient un désir réel que l’enfant pénètre dans ce monde d’où ils sont exclus. Fort heureusement, nos enfants vont souvent plus loin que nous, sans que cela rende impossible notre rôle éducatif.

L'UNION DES FAMILLES organise des formations pour faciliter ce suivi de la scolarité

Les programmes et les méthodes pédagogiques évoluant sans cesse, même les parents ayant fait des études poussées sont souvent désorientés par ce que leurs enfants font en classe. Ils ont besoin, non pas d’apprendre tout ce que l’école enseigne à leurs enfants, mais ce qui est nécessaire pour comprendre les problèmes d’orientation, mesurer les progrès accomplis ou prendre conscience d’éventuelles lacunes ou retards.

Comment l’indispensable dialogue parents-enfants relatif au travail scolaire peut-il se dérouler si pour les parents le monde dans lequel l’enfant vit une grande partie du temps est totalement inconnu ? Il faut donc organiser des sessions au cours desquelles les parents puissent se « recycler » en matière de fonctionnement du système scolaire. L'UNION DES FAMILLES ne peut certes organiser de telles formations qu’à une toute petite échelle, mais elle refuse de s’en désintéresser ; elle entend donner l’exemple, en espérant que le recyclage permanent des parents fera bientôt partie des fonctions des enseignants. Le rôle de ceux-ci n’est pas seulement d’instruire les enfants : il est aussi de donner aux parents les moyens de suivre activement la scolarité de leurs enfants.

L'UNION DES FAMILLES prône une véritable collaboration parents-enseignants

L’implication des enseignants dans la formation continue des parents ne serait-elle pas en outre le meilleur moyen de nouer des liens entre ces deux catégories d’éducateurs ? L'UNION DES FAMILLES a toujours considéré qu’une bonne collaboration entre parents et enseignants est indispensable, dans l’intérêt de l’enfant : celui-ci ne doit pas se trouver pris entre des adultes qui tirent à hue et à dia, ce serait très dommageable pour le développement de sa personnalité. Il importe donc de trouver les moyens d’améliorer la cohérence entre les deux actions éducatives, celle de la famille et celle de l’école. Pour collaborer, pour agir de façon cohérente, il faut se connaître, se parler, se fréquenter ; les sessions de formation des parents aux programmes, méthodes pédagogiques, modes d’orientation, etc, seraient une excellente occasion de développer les contacts nécessaires.

Les grands-parents : des auxiliaires précieux, mais des auxiliaires

Les grands-parents ont incontestablement un rôle important à jouer auprès de leurs petits-enfants. Ils sont appelés à les prendre en charge dans bien des circonstances ; ils peuvent leur parler de l’enfance de leurs parents ; ils les introduisent dans la dimension du temps, en leur faisant connaître de façon vivante, personnelle, une époque où la vie était bien différente.

Les grands-parents peuvent contribuer largement à l’éducation de leurs petits-enfants : us et coutumes, savoirs divers, politesse, morale, religion le cas échéant. Ils sont souvent là dans des moments de difficulté, par exemple quand le couple parental traverse une crise ou quand le jeune vit un échec scolaire ou une peine de coeur. Ils peuvent être les confidents de premiers émois amoureux ou ceux d’une réflexion difficile en matière d’orientation scolaire et professionnelle. Bref, il est peu de domaine où les grands parents ne soient pas susceptibles de jouer un rôle éducatif.

Mais attention ! Le grand-père ne doit pas se prendre pour le père ; la grand-mère ne doit pas se substituer à la mère. Sans détailler ici les raisons pour lesquelles les psychologues conseillent de veiller à éviter toute confusion, une chose est claire : comme les enseignants, les grands-parents doivent rester en arrière des parents, à qui revient, et à eux seuls, la plénitude de la responsabilité éducative. Il peut parfois être frustrant pour des grands-parents encore jeunes de ne pas renouer avec les comportements qu’ils avaient eus un quart de siècle auparavant avec leurs propres enfants, mais il leur faut apprendre à vivre quelque chose de nouveau. D’ailleurs, n’est-ce pas cela, être encore jeune ?

INCULQUER OU EVEILLER ?

Jean-Jacques Duby, directeur général de Supélec, faisait remarquer récemment[2] que l’éducation s’inspire de principes tantôt sophistiqués, et tantôt simplistes, selon les époques. La maïeutique[3] de Socrate relève de la première catégorie : fils de sage-femme, ce philosophe se flattait d’accoucher les esprits des pensées qu’ils contiennent sans le savoir. A cette école se rapporte la démarche consistant à faire prendre conscience à l’enfant de ses potentialités, à miser sur son activité, sa capacité à découvrir ce qu’il porte en lui, en l’encourageant, en accompagnant et en dirigeant parfois ses efforts, comme le fait la sage-femme qui réconforte la parturiente et l’aide à « pousser » à bon escient. C’est ce que nous appellerons l’éveil.

Au début du haut moyen âge, mille ans plus tard, la conception de Saint Benoît, à en croire Duby, était beaucoup plus fruste : « celui qui sait parle et enseigne, celui qui ne sait pas se tait et apprend ». Il s’agit là de transmission au sens le plus strict du terme : le savoir passe de l’un à l’autre, l’élève copiant le maître sans rien tirer de son propre fonds.

L'UNION DES FAMILLES réfute l’opposition inculquer/éveiller

Il serait facile de se gausser de cette pédagogie sommaire, mais ne serait-ce pas injuste ? Si elle est fondamentalement appel à la liberté et à l’initiative, l’éducation n’en comporte pas moins une certaine dose de « dressage ». Se limiter à la reproduction d’un modèle (le « dressage ») serait mutilant et réducteur ; mais ne miser que sur l’inventivité du jeune risquerait d’échouer par excès d’optimisme : « qui fait l’ange fait la bête », dit le proverbe. Socrate et Saint Benoît nous indiquent peut-être des dimensions de la pratique éducative plus complémentaires qu’opposées.

Le bébé auquel ses parents apprennent à se nourrir et à dormir à des heures régulières n’est pas en mesure de comprendre ce que ses parents lui inculquent sans lui demander son avis : des horaires, un certain rythme. Pourtant, si de telles habitudes ne sont pas prises très tôt, il est ensuite difficile d’acquérir les disciplines indispensables pour mener une vie professionnelle : combien de jeunes sont lourdement handicapés parce que se lever à heure fixe, être ponctuel au travail, respecter les délais, constitue pour eux une contrainte difficile à supporter ? Sans un certain nombre d’automatismes, de règles intériorisées très jeunes, la vie en société est difficile à vivre. Le langage en est le meilleur exemple : on ne laisse pas chaque enfant inventer ses propres mots, si ce n’est en petit nombre, car sinon ce serait la tour de Babel, il n’y aurait plus de communication possible.

L’apprentissage des règles doit se faire dans un climat d’amour

Il faut que l’enfant apprenne les règles sans lesquelles il n’y a pas de vie commune possible, cela est indubitable. Mais un tel apprentissage peut se faire de deux manières : soit dans le cadre d’une relation froide, distante, voire humiliante ou méchante ; soit dans un climat d’affection, de confiance, de bienveillance.

Dans le premier cas, l’enfant acquiert des automatismes, mais il les hait. La discipline qu’impose la vie en société est pour lui marquée négativement, de façon indélébile. Elle constitue un « sur-moi », comme dit Freud, qui a été plaqué par force, et que la personne déteste. Une telle éducation engendre des frustrations, des révoltes, et beaucoup de malheur. Que les règles qui nous ont été inculquées à l’âge tendre l’aient été sans affection, et toute autorité, toute règle est ensuite perçue comme la reproduction de ce viol primitif de la personnalité.

Dans le second cas, c’est-à-dire si l’enfant a été entouré de tendresse dans l’acte même par lequel il a été en quelque sorte « dressé », les règles sont pour lui quelque chose d’aimable. Il éprouve en les respectant la satisfaction de faire plaisir à quelqu’un qui le comble de bonheur. L’enfant auquel les normes de politesse, par exemple, ont été inculquées sans amour, assimilera sa vie durant la politesse à l’humiliation d’avoir été soumis à une volonté froide ou hostile. Il ne pourra se libérer qu’en secouant ce carcan ; il lui faudra être mal-élevé pour être lui-même. Au contraire, celui qui a été éduqué à la politesse avec tendresse (ce qui n’exclut nullement la fermeté !) s’épanouit chaque fois qu’il fait preuve de savoir-vivre, car en étant courtois et bien élevé il a le sentiment d’agir de son propre chef, conformément à un choix personnel.

Ainsi l’éducation réussie n’est-elle pas celle qui a inculqué beaucoup de préceptes par n’importe quels moyens ; elle consiste à avoir gravé avec beaucoup d’amour sur la cire molle qu’est le cerveau enfantin. Surtout pas de gravure à l’acide ! seulement de la gravure à l’amour ! Mieux vaut n’avoir enseigné à l’enfant qu’un nombre limité de comportements et de règles, mais les lui avoir fait aimer, car ensuite il pourra en apprendre d’autres, la règle étant pour lui aimable en raison du caractère positif de son expérience primitive.

Une imitation libératrice

L’homme apprend pour une large part en imitant. Le bébé reproduit des sons, puis des mots, puis des phrases : c’est ainsi qu’il apprend à parler. Mais il y a imitation et imitation :

· l’imitation servile enferme celui qui la pratique ; il ne peut rien faire d’autre que ce que fait son modèle ; toute autonomie, toute originalité lui est interdite.

· l’imitation libératrice ouvre le champ des possibles ; après avoir reproduit textuellement des phrases, l’enfant va se mettre à en créer lui-même ; l’imitation n’était qu’un point de départ, une introduction au plein sens du terme : ce qui lui permet d’entrer dans un nouvel espace, un lieu d’action et de création.

Il importe au plus haut point que les parents engagent leurs enfants sur le chemin de l’imitation libératrice. L’imitation servile est castratrice, elle brise les ressorts de la personnalité, le goût de l’action ; elle fait des personnes dociles, du moins tant qu’elles ne se révoltent pas, mais sans initiative. Tandis que l’imitation libératrice prépare à un monde dans lequel il y a toujours à apprendre, toujours à prendre modèle, mais aussi toujours à inventer, toujours à personnaliser.

Eduquer à l’imitation libératrice ne relève pas de la recette. Il faut surtout encourager l’enfant, d’abord à copier, puis à aller plus loin. Il faut lui manifester notre satisfaction quand il prend une initiative, quand il s’écarte du modèle pour essayer, sans doute en tâtonnant, sans doute avec des maladresses, de faire quelque chose d’original. Chacun a droit à l’erreur : l’enfant doit le comprendre, il doit s’en apercevoir aux réflexions, aux attitudes de ses parents quand il expérimente. Il est bon que les parents manifestent leur joie aussi bien quand l’enfant a essayé de faire quelque chose d’original, même si ce n’est pas très réussi, que lorsqu’il a bien fait le perroquet (la reproduction pure et simple du modèle). Cette remarque vaut également pour les enseignants.

EDUQUER A L’OUVERTURE ET A LA RESPONSABILITE

« Eduquer » combine le verbe ducare, conduire, et l’adverbe ex, hors de. Eduquer un enfant, c’est donc le conduire quelque part, vers un but qui le dépasse. L’éducation nous apprend à sortir de nous-mêmes, de nos préoccupations égoïstes, de nos points de vue étriqués, pour adopter une vision plus large, tenant compte des autres, de ce qu’ils savent, de ce qu’ils pensent, de ce qu’ils ressentent.

L’éducation comme ouverture au monde

Il est banal de dire que l’éducation doit ouvrir l’esprit. Le contraire d’une personne éduquée est un personnage obtus, c’est-à-dire fermé, borné, incapable de s’intéresser à ce qui n’est pas son univers familier, à ce qu’il ne connaît pas déjà. L’élève obtus ne parvient pas à suivre le professeur dans le monde nouveau auquel celui-ci cherche à l’introduire. La nouveauté l’effraie, le bloque, lui ôte ses moyens. Il ne respire à l’aise que dans un cadre connu de longue date. Le monde extérieur, le vaste monde, est pour lui a priori hostile.

L'UNION DES FAMILLES s’interroge évidemment sur les raisons d’un tel blocage, qui affecte trop de nos contemporains, les rendant inadaptables à l’évolution du monde dans lequel ils vivent. Les origines d’une telle infirmité remontent vraisemblablement, dans bien des cas, à l’enfance, voire à la petite enfance. La formation d’esprits ouverts, d’hommes qui n’aient pas peur de la nouveauté ni de l’inconnu, commence très tôt.

La sécurité affective de l’enfant, source première de l’ouverture d’esprit

L’enfant fait naturellement confiance, tant qu’il n’a pas éprouvé une cruelle déception de la part de ceux à qui il se fie entièrement. La confiance, l’optimisme, sont les racines de l’ouverture au monde. Or ces attitudes se forgent dans le rapport à la mère, d’abord, puis au père : leur bonté, le fait qu’ils veuillent fondamentalement du bien à l’enfant, y compris quand ils le corrigent, est ce qui permet à la confiance de se développer.

Si ses parents sont durs avec lui, l’enfant se représentera le monde extérieur comme hostile. Le conte du Petit Poucet ne reflète pas seulement la dureté d’une époque où il arrivait assez souvent que des parents n’aient pas de quoi donner à manger à leurs enfants ; il évoque, pour la conjurer, une peur enfantine fondamentale : la crainte que les parents ne nous aient donné la vie, ne nous aient fait sortir de la poche amniotique, que pour nous abandonner dans un milieu hostile, pour nous livrer à des puissances maléfiques, sans exercer la protection que nous attendions d’eux.

L’insécurité affective du bébé puis de l’enfant est ainsi à l’origine de repli sur soi, d’incapacité à aborder sereinement les connaissances, les personnes, les lieux, les événements nouveaux. Les adultes qui ont eu la chance d’avoir des parents aimants et convenablement protecteurs (à ne pas confondre avec surprotecteurs) sont armés pour partir à la découverte. Ils ont certes appris la prudence : leur optimisme n’est pas béat. Mais ils n’ont pas dans la profondeur de leur âme cette peur latente qui taraude ceux qui, dans leur enfance, ont connu l’expérience affreuse d’être à quelque degré trahis par leurs parents. Sans s’imaginer que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles », ils ne sont pas paralysés par un sentiment d’insécurité que ravive toute sortie du cadre routinier construit pour conjurer l’angoisse existentielle qui, secrètement, les tenaille.

La « vitamine mimi », comme disait joliment un psychologue, est le meilleur antidote au rachitisme de l’ouverture d’esprit. Il ne suffit sans doute pas d’avoir été aimé pour être ouvert, disposé à découvrir, à apprendre, à évoluer ; mais c’est pour cela un atout extraordinaire.

Depuis Max Weber[4], il est classique de s’interroger sur le rôle des religions dans le développement des sciences, des techniques et de l’économie. Il serait intéressant de voir si les religions qui présentent à leurs fidèles un Dieu ou des Dieux tendre(s) et aimant(s) n’ont pas été sensiblement plus favorables au changement, à l’innovation, que celles dans lesquelles la divinité est dure et cruelle. Il se pourrait que le sentiment d’être aimé, si essentiel pour la formation de personnalités équilibrées et dynamiques, soit important aussi pour le développement de civilisations évolutives, accueillantes à ceux de leurs membres qui vont de l’avant, ce que Karl Popper[5] appelait des « sociétés ouvertes ».

De l’ouverture à la responsabilité

Quel rapport entre l’ouverture d’esprit et la responsabilité ? Un rapport très étroit, car le sens des responsabilités est sortie de soi, dépassement du monde clos où un moi souffrant d’une blessure secrète essaye de se tenir à l’abri des autres, ressentis comme étrangers ou même hostiles.

Etre responsable, c’est se soucier des autres, des conséquences que nos actes entraînent pour eux. C’est agir de façon compatible avec leur survie, leurs intérêts légitimes. A l’opposé, le benign neglect, comme disent les anglo-saxons, ne se préoccupe pas des conséquences.

Se comporter en personne responsable suppose de n’être pas insensible à ce qu’autrui pense et ressent. Une certaine empathie, c’est-à-dire une certaine capacité à se mettre à la place d’autrui, est nécessaire. Or celui qui vit dans son monde clos, l’égocentrique, n’imagine pas ce que les autres pensent et ressentent. L’actualité de ces derniers mois a été fertile en crimes affreux, perpétrés aussi bien par des adolescents, et même des pré-adolescents, que par des adultes ; ces cas extrêmes manifestent une insensibilité effrayante à autrui, à sa douleur, à son existence même. Tel est l’aboutissement ultime de la fermeture sur soi, de l’enfermement dans la citadelle de ses fantasmes et de ses désirs.

La responsabilité suppose le réalisme. Non pas cet espèce de cynisme que l’on déguise parfois pour le légitimer, et qui consiste à mettre les principes au rancart. Mais le sens de l’existence d’autres personnes, avec leur épaisseur, leur irréductibilité à des schémas, à des abstractions. Pour être responsable, il faut être humain, c’est à dire sensible aux problèmes des autres, à leurs difficultés, à leur douleur, à leurs joies et à leurs espoirs.

L’insensibilité peut conduire au pire

Pendant l’Occupation, l’assimilation de certaines personnes à des noms ou à des numéros sur un registre a conduit des fonctionnaires à l’horreur : envoyer à la mort des hommes, des femmes et des enfants en manipulant ces symboles abstraits, sans vraiment se rendre compte de ce qu’ils faisaient. L’irresponsabilité[6] découle ici clairement de la fermeture sur soi, de l’ignorance (volontaire ou non) de la réalité humaine et charnelle qui est symbolisée par quelques signes. Un homme réaliste n’aurait pas collaboré à l’envoi en déportation, en camp d’extermination, à moins qu’il n’ait été un monstre. Par contre, un esprit manquant d’ouverture au monde, d’empathie, de capacité à se représenter la réalité que commande abstraitement un acte administratif, n’assume pas la responsabilité de ses actes : il n’était, selon lui, qu’un rouage. Le drame est que tant d’hommes se résignent à n’être que des rouages, y compris ceux qui appuyent sur la gâchette ou déclenchent l’arrivée du gaz mortel, ces gestes homicides étant alors transformés en abstractions pour ceux qui les commettent.

Il importe en conséquence d’éduquer nos enfants à voir, à sentir, à comprendre, ce qui arrive à autrui. Ils doivent être sensibles au bonheur et au malheur de leurs semblables. L’insensibilité, résultat d’un repliement sur soi, d’une incapacité à dépasser ses propres problèmes, est l’échec de toute éducation. Etre responsable, c’est s’occuper des problèmes d’autrui comme s’il s’agissait des siens propres. Pour être responsable, il faut être capable de s’intéresser à d’autres qu’à soi-même ; il faut avoir dépassé le stade narcissique où l’on admire sa propre image sans se fatiguer du spectacle, où l’on se plaint, où l’on se déteste, où l’on est toujours centré sur soi. La solution n’est pas de dire « le moi est haïssable » : ce n’est pas de la haine qu’il faut avoir envers soi-même, mais une certaine dose de détachement, de façon à ce que les autres puissent eux aussi trouver place dans notre coeur.

Ouverture, responsabilité, et aptitude à l’amour

Le but ultime de toute éducation est de rendre apte à l’amour. Or l’amour est le degré le plus élevé de l’ouverture et de la responsabilité. Aimer, c’est d’abord faire une place à l’autre dans son jardin secret, là où se forment les joies et les peines. Celui qui aime est heureux de ce qui arrive de bon à l’être aimé, heureux de ses progrès, de son bonheur ; il souffre de ses échecs, de ses fautes, de ses malheurs. L’amour est la forme suprême de l’empathie ; c’est une ouverture complète, sans réserve, qui rend vulnérable.

L’amour inclut aussi, et totalement, la responsabilité. Aimer n’est pas un simple sentiment, une inclination, une affinité ; c’est la volonté de se consacrer à l’épanouissement des personnes aimées. Le mari s’occupe du bonheur de sa femme, l’épouse de celui de son époux ; les parents ont la charge de veiller à l’épanouissement de leurs enfants, à la construction de leur personnalité, c’est leur responsabilité première. Et les enfants, précisément parce qu’ils aiment leurs parents, se sentent de quelque manière responsables d’eux. On le constate de manière pathétique lorsqu’un couple se déchire et que les enfants se punissent, pensant que c’est leur faute, qu’ils auraient dû rendre leurs parents heureux.

Les parents le savent bien : l’éducation s’achève le jour où leur rejeton fonde à son tour un foyer. S’il est capable d’aimer, le but est atteint. Or, à cet égard, l’exemple des parents est essentiel. Certes, rien n’est jamais perdu ; une personne dont les parents se sont déchirés, haïs, séparés, peut puiser dans cette épreuve même la détermination de donner à son conjoint et à ses enfants le bonheur dont elle a été privée. Mais, en règle générale, l’amour des parents, l’un pour l’autre et pour leurs enfants, est la meilleure préparation que puissent recevoir des enfants pour qu’un jour, à leur tour, ils soient capables d’ouvrir grand leur coeur et de mettre leur volonté à l’unisson.

EDUQUER EST UN ART

Il ne faut pas complexer les parents en leur faisant croire qu’à moins d’être diplômés en psychologie ou en pédagogie, ils n’éduqueront pas correctement leurs enfants. Il faut garder raison : éduquer n’est ni excessivement difficile, ni extraordinairement facile. Chacun peut devenir un éducateur convenable pour ses propres enfants, mais chacun risque aussi d’être un mauvais guide s’il prend sa fonction à la légère. Réfléchir, se documenter, échanger, se former, n’est pas un luxe.

Aimer l’enfant pour lui-même

Le premier obstacle, et peut-être le principal, vient de la tendance que nous avons à nous projeter sur notre enfant. Il arrive que des parents demandent à leur fils ou à leur fille de faire ce qu’ils n’ont pas réussi eux-mêmes à accomplir : des études, une réussite professionnelle exemplaire, une carrière politique. Le jeune est alors chargé de vivre par procuration, de donner une seconde vie à son père ou à sa mère. Il est un peu considéré comme un clône, comme un simple prolongement de ses parents.

Cette attitude égocentrique des parents est mauvaise pour l’enfant. Il aura beau être poussé, être doté de toutes sortes de facilités pour « réussir », il lui manquera l’essentiel : que ses parents se soient intéressés à lui pour lui-même. Ses succès ne le satisferont pas, puisqu’au fond ce seront surtout ceux de ses parents. Montré comme un chien savant, exhibé aux amis et relations pour mettre en valeur ses parents, il risque de souffrir profondément de n’être pas lui-même. Le sur-moi se fait alors étouffant, et, à un moment ou à un autre de sa vie adulte, il se pourrait qu’il se révolte, las de jouer un rôle de composition. Rappelons-nous la chanson de Brassens, ces parents qui voulaient leur fils « menton rasé, ventre rond, notaire », et qui eurent finalement un poète.

Cela ne signifie pas qu’il faille laisser faire à l’enfant tout ce qui lui plaît. Entre un caprice et une véritable vocation, il existe une différence de taille. Autant les parents doivent se réjouir quand leur enfant a « trouvé sa voie », autant il leur incombe de tester la solidité de ses choix, le sérieux de ses engouements. Il est normal qu’un enfant rêve d’être acteur, pilote ou top-modèle ; il n’est pas moins sain que ses parents le ramènent au sens des réalités et l’orientent, le moment venu, et sans brutalité, vers des professions où la réussite est plus probable.

Un peu de technique ne fait pas de mal

Autant l’éducation ne se réduit pas à des techniques pédagogiques, autant il serait dommage de négliger l’aide que de telles techniques peuvent apporter.

Il est bon, par exemple, de connaître les principales phases de la croissance, tant psychologique que physique. Cela évite dans certains cas de s’inquiéter pour rien ; dans d’autres, cela permet de remarquer un signal, un appel, et d’intervenir avant que la situation ne se soit dégradée. Ainsi tout adolescent passe-t-il par des phases d’opposition à l’autorité parentale, dans le cadre desquelles certains comportements un peu agressifs sont classiques et ne doivent pas être dramatisés. Inversement, il vaut mieux connaître les signes qui peuvent indiquer un début d’inféodation à une bande, ou de consommation de drogue. Les parents sont parfois d’une naïveté déconcertante, à moins qu’ils fassent exprès de fermer les yeux : si par exemple un adolescent ramène des « fringues » nettement plus coûteuses que ce que son budget lui permet, il y a anguille sous roche, les explications fournies ne doivent pas être prises pour argent comptant.

Organiser des formations

Pour apprendre les rudiments de psychologie ou de caractérologie qui leur sont utiles, certains parents peuvent avoir directement recours à des livres. Cependant, beaucoup ont du mal à utiliser ce moyen un peu trop « intellectuel ». Des cours d’initiation devraient être disponibles à leur intention, ainsi que des outils de type multimédia. Un problème de coût peut naturellement se poser. Il est permis de se demander si une partie du budget d’action sociale des Caisses d’Allocations Familiales, actuellement consacré presqu’exclusivement à des questions matérielles, ne pourrait pas servir à cela.

Des formations seraient également fort utiles dans le domaine de la santé. On oublie trop facilement que les parents sont les premiers responsables de la santé de leurs enfants, et que la culture médicale dont ils disposent est hélas, en général, très insuffisante.

Un domaine dans lequel les formations peuvent être particulièrement utiles est l’écoute. Beaucoup de problèmes surgissent au sein des familles, comme d’ailleurs dans les entreprises, les associations et d’autres organisations, par manque de véritable attention à l’autre. Faire s’exprimer un enfant, lui faciliter la tâche lorsqu’il a quelque chose à dire, cela peut s’apprendre, au moins dans une certaine mesure. Les stages d’écoute active sont donc d’une grande utilité pour l’éducation. Combien de drames auraient pu être détectés précocement, par exemple lorsqu’un enfant est victime d’abus ***uels, ou de persécutions de la part de condisciples, de racket, etc, si les parents savaient se mettre à l’écoute ! Nous vivons dans un monde incroyablement surchargé en informations de toutes natures, et les informations les plus vitales, celles qui correspondent à nos responsabilités propres, sont souvent étouffées par d’autres, en réalité insignifiantes. Se débarrasser d’un peu d’accessoire pour faire une place suffisante à l’essentiel est une responsabilité parentale primordiale, sachant que l’essentiel, c’est précisément, pour une bonne part, les enfants.

Faciliter les échanges d’expériences

Les parents sont trop souvent isolés face aux problèmes éducatifs. Or, en la matière, les échanges avec d’autres personnes confrontées à des expériences similaires quoique différentes, chaque vie familiale étant spécifique, peuvent contribuer efficacement au perfectionnement de l’art éducatif. Il faut donc trouver des lieux, des occasions, pour faire se rencontrer et dialoguer des parents désireux de parler de la façon dont ils s’y prennent avec leurs enfants et dont ceux-ci se comportent. Il paraît clair que les associations Familles de France ont vocation à organiser de telles rencontres, éventuellement autour d’un spécialiste, ou en utilisant les services d’une personne capable de faciliter les échanges. Des cercles de parents avaient jadis joué ce rôle ; sous une forme modernisée, la formule serait à relancer.

 

 



Rembourser certaines interventions relatives aux « maladies de l’âme »[7]

Dans certains cas les familles ont besoin de recourir à des spécialistes, soit pour des questions de rapports parents-enfants, soit pour l’orientation, soit parce que des événements graves se sont produits (fugues, délinquance, drogue, etc.). Or, autant les soins médicaux sont remboursés, même s’il s’agit d’un rhume bénin, autant des problèmes se posent quand il s’agit d’analyses, de conseils et de soins de nature psycho-sociale ou relationnelle. L'UNION DES FAMILLES a déjà eu l’occasion, en collaboration avec des associations de conseillères conjugales, de demander un statut pour cette profession, et des moyens pour mettre ses services à la portée de tous ; elle renouvelle sa demande, en l’étendant à tous les « soins » nécessaires pour la vie familiale. Ce qu’on pourrait appeler les « maladies de l’âme et de la relation» est actuellement considéré à tort comme ne relevant pas des assurances sociales. Celles-ci portent uniquement sur les maladies du corps, y compris les maladies mentales prises dans une perspective purement individuelle. Il importe d’élargir le champ couvert par les assurances sociales en direction de ces besoins qui sont réels et importants.

FERMETE ET TENDRESSE, L’ALLIAGE MAGIQUE

Le monde contemporain croule sous les règlements, mais en même temps il y sévit un laxisme qui ne favorise nullement l’éducation des enfants. Lors de sa récente intervention devant l’Assemblée Nationale française, Tony Blair a fort bien dit : « les gens veulent une société libérée des préjugés, mais pas des règles ». Par ailleurs, le vieux dicton est toujours valable : « qui aime bien châtie bien ».

Trop de loi tue la loi

L’une des difficultés majeures de notre civilisation est la prolifération des lois, règlements et contraintes en tous genres. L’exemple du code de la route est typique : les panneaux sont tellement nombreux, et posent théoriquement des obligations si draconiennes, que peu d’automobilistes les respectent rigoureusement. Si l’on veut que l’enfant acquiert le sens du respect de la loi, fasse correctement la différence entre le permis et le défendu, il convient donc que la masse des préceptes auxquels on essaie de le soumettre ne soit pas démentielle. Pour éduquer un enfant dans le respect de la loi, il faut ne pas lui infliger une overdose de consignes à respecter.

A cet égard, l’éducation à la campagne était plus facile. Les enfants disposaient de vastes espaces où ils pouvaient faire, non pas ce qu’ils voulaient, mais du moins quantité de choses, sans que les adultes y trouvent à redire. En ville, par contre, le défendu est la règle, et le permis, l’exception. Il est banal de constater que les villes n’ont pas été construites avec un souci suffisant des enfants ; ne serait-il pas temps de redresser le tir, et d’inscrire le problème éducatif en bonne place parmi les préoccupations des responsables de l’urbanisme ?

Au niveau familial, il importe également de privilégier la qualité des règles sur leur quantité. Ne passons pas notre temps à crier après les enfants sans parvenir à nous faire obéir, c’est le moyen le plus sûr de perdre toute autorité ! Des règles de qualité sont d’abord des règles stables : si les enfants constatent que les adultes changent la loi comme ils changent de chemise, comment acquéreraient-ils le respect de la loi ? Les parents doivent se garder soigneusement d’imiter les pouvoirs publics, dont on connaît la propension à modifier sans cesse la masse prodigieuse (et impossible à connaître correctement) des lois et des décrets. Confronté à la versatilité de l’autorité, l’enfant en déduit que ce qui lui est commandé est arbitraire, résulte d’un caprice, et ne reflète par conséquent aucune justice.

Comment échapper au relativisme ?

Le sens de la justice, précisément, est assez inné chez l’enfant. Il convient de le développer, de l’affiner. Cela ne saurait se faire en le soumettant à des exigences contradictoires dans le temps ou selon les personnes. Si les lois édictées par maman et les lois édictées par papa vont dans des directions opposées, la notion même de loi est compromise chez l’enfant. Le relativisme moral est la conséquence logique de l’incohérence parentale. L’adolescent devra certes apprendre, par exemple en lisant Pascal, « vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà ». Mais il faut que ses bases soient assez solides pour qu’il aborde ce phénomène dans de bonnes conditions. Plus précisément, il faut que la norme d’une loi universelle soit déjà solidement ancrée dans son psychisme avant que l’enfant ne soit mis au contact de réalités lui montrant que cette norme est hélas souvent battue en brèche. Il est tout à fait différent de percevoir la phrase célèbre de Pascal comme un constat d’infraction par rapport à un idéal de loi universelle qui a déjà été intériorisé, ou comme quelque chose de normal. Le relativisme (tout se vaut, tout est affaire de culture) est une des plaies béantes de notre civilisation. Il dépend des parents qu’il s’étende ou qu’il régresse, selon qu’ils placeront leurs enfants dans un cadre stable et cohérent de règles du jeu, ou qu’ils lui feront subir la valse et l’incohérence des normes.

La discipline, oui, mais pas sans tendresse !

Le décès du docteur Spock[8], dont les théories sur l’éducation ont inspiré des dizaines de millions de parents occidentaux, marque la fin d’une époque. En schématisant, le docteur Spock enseignait une grande permissivité, de peur que l’enfant ne soit complexé par les interdits et les sanctions. La crainte perpétuelle de causer des traumatismes irréparables aux pauvres chérubins dès lors qu’un de leurs caprices n’aurait pas été satisfait, a disparu. Les notions de morale, de discipline, sont revenues au goût du jour ; c’est le slogan de mai 68, « il est interdit d’interdire », qui est devenu ringard.

Ce retour du balancier dans la direction de plus de rigueur peut être une bonne chose, à une condition : qu’il ne s’accompagne d’aucune diminution de la tendresse, heureusement plus présente aujourd’hui dans les rapports parents-enfants qu’elle ne le fut jadis. Faire respecter des règles, infliger des sanctions si nécessaire, peut être la meilleure ou la pire des choses : la meilleure si l’enfant sent que c’est pour son bien, qu’on agit ainsi dans son propre intérêt et par amour pour lui ; la pire s’il a le sentiment que l’adulte prend simplement un plaisir personnel à exercer sur lui sa domination.

Autrement dit, l’enfant ne doit jamais ressentir la discipline comme une brimade, mais comme une exigence qui lui permet de progresser. Or il sent cela intuitivement, il ne construit pas un raisonnement. Si l’affection est présente, alors il ne doute pas que la discipline est conçue pour le faire progresser, il a confiance. Si au contraire les exigences parentales sont posées sans affection, il se méfie, flaire le rapport de force, et se rebelle ou se soumet à contre-coeur, pour éviter les sanctions, sans intérioriser la règle.

L’enfant a besoin que les adultes « disent le droit »

Il ne s’agit pas de transformer chaque père ou mère de famille en une sorte de juge, et pourtant cela est vrai : l’enfant a besoin qu’un adulte ou des adultes lui indiquent jusqu’où il peut aller, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, ce qui est encouragé, ce qui est permis, ce qui est toléré et ce qui est défendu. Son père et sa mère sont les premiers responsables de cette éducation aux normes, indispensable pour vivre en société. D’autres adultes y participent aussi, à commencer par les enseignants, mais les parents sont en première ligne.

Un problème se pose en la matière du fait du désengagement des adultes non directement liés à l’enfant. Dans un village traditionnel, si un gamin faisait une « bêtise », n’importe quel villageois présent lui faisait des remontrances. Aujourd’hui, quand quelqu’un saute le tourniquet du métro sous nous yeux, nous ne nous sentons pas habilités à le tancer. D’ailleurs, si un passager fait une remarque à un jeune troublion qui prend un wagon de chemin de fer pour un terrain de jeu lui appartenant personnellement, il n’est pas rare que les parents, au lieu de confirmer et de calmer l’enfant, renvoient le protestataire à ses oignons : « de quoi se mêle-t-il, celui-là ? ». Les parents sont donc, en partie volontairement, chargés de manière plus exclusive de représenter « la loi », les usages et les contraintes de la vie en société, devant leurs enfants. Cela rend d’autant plus impérieux leur devoir en la matière.

Ce devoir, ils l’ont surtout à l’égard de l’enfant lui-même. En effet, la formation de la personnalité requiert que l’enfant puis l’adolescent soit mis en face de quelques « murs », de quelques interdictions. Un enfant qui a pris l’habitude de faire tout ce qui lui plaît se rend rapidement insupportable, et risque de tomber de haut lorsqu’il arrivera dans un contexte, par exemple professionnel, où les autres n’ont aucunement l’intention de passer par ses quatre volontés. Le cocon n’a jamais été un bon instrument éducatif. La réalité est que nul ne peut faire tout ce dont il a envie. Il faut par conséquent préparer très tôt l’enfant à renoncer à certains de ses desiderata, sans en faire un drame. Il faut le faire dans le chaud climat affectif de la famille, qui met du baume sur les petites blessures occasionnées par cet apprentissage, car ensuite il y a de grandes chances que ceux qui remettront « à sa place » le jeune se prenant pour un roi le fassent sans prendre de gants. Certaines inadaptations et marginalisations viennent de là : croyant qu’il a tous les droits, que tout lui est dû, que tout est permis quand c’est lui qui agit, le jeune se trouve incapable de s ’adapter à une société qui le traite en membre ordinaire ; il se sent exclu, rejeté, alors que les membres de la société se contentent d’avoir avec lui une relation normale.

Le sens des devoirs

L'UNION DES FAMILLES insiste toujours sur la complémentarité des droits et des devoirs : il est indispensable que chacun ait des droits, mais il est impossible de donner un contenu réel à ces droits si, en contrepartie, les membres de la société ne se reconnaissent pas des devoirs. Apprendre aux enfants le sens du devoir est donc un des objectifs important de l’éducation. Cet apprentissage gagne à s’effectuer de manière très concrète, notamment à travers la participation des enfants aux tâches ménagères. La responsabilité de mettre le couvert, ou de vider la poubelle, où d’aller chercher le pain, est une façon douce et naturelle de se mettre au service des autres pour un certain nombre de choses, sachant que pour d’autres, les services se rendent en sens inverse.

A Taïwan, économie en plein essor qui est en passe de rejoindre le niveau européen, dès l’école primaire il est demandé aux élèves de balayer la classe à tour de rôle. Les enfants ont le droit de bénéficier d’une bonne instruction, mais ce droit n’est pas dépourvu de contreparties : ceux qui en jouissent ont des devoirs, ils en prennent conscience balai à la main, même si ces devoirs, bien évidemment, vont bien au delà. De la même manière, les parents doivent, à travers de petites tâches adaptées aux capacités de leurs enfants, leur faire toucher du doigt et accepter l’existence de devoirs en contrepartie des droits étendus dont ils bénéficient. Là encore, il importe que cet apprentissage des devoirs s’effectue dans un climat d’affection, pour que la notion même de devoir soit ensuite perçue de façon positive, comme faisant partie d’un monde agréable, et non comme une corvée dont on cherche à se débarrasser.

POUR UNE SOCIETE MOINS TENTATRICE

La télévision pose de sérieux problèmes aux parents, et en posera encore davantage avec le passage aux « bouquets » de chaines, parce qu’elle propose des programmes dont certains sont rien moins qu’éducatifs : la télévision se pose parfois en rivale pour les éducateurs, elle donne des références avec plus de poids qu’eux. Les hommes de marketing le savent bien, qui font de « vu à la TV » un puissant argument de vente, comme si le seul fait d’avoir bénéficié d’un passage sur le petit écran (en général, une publicité payante !) était un label de qualité. Or il est impossible pour les parents d’être en permanence sur le dos de leurs chérubins, et ce n’est pas davantage souhaitable. Sachant que d’autres réseaux posent des problèmes analogues, que ce soit dans le domaine télématique (Minitel, internet) ou dans le commerce, que faire ?

Les familles et l’écologie morale

En réponse à cette question, j'ai a forgé le concept d’écologie morale. De même que les membres de la société (particuliers, entreprises, administrations), doivent respecter l’environnement, limiter leur pollution, pour que tous puissent vivre sans masques à gaz, de même existe-t-il un devoir de propreté morale, pour que chacun puisse vivre sans être perpétuellement agressé par des sollicitations et des affirmations contraires à la morale républicaine. Tout comme le souci de l’écologie physique, géographique, le respect de l’environnement moral fait partie de ce qui est nécessaire à la bonne marche d’une société.

Il y a quelques années encore, ces affirmations auraient déclenché des vagues de protestations : au nom de la liberté, certains dénoncent en effet régulièrement « l’ordre moral ». Leur crédibilité a beaucoup baissé dès lors qu’ils prétendent eux-mêmes interdire l’expression de ceux qui ne pensent pas comme eux : peut-on sérieusement dénoncer les prises de parole publiques de représentants de grandes religions, ou celles de militants familiaux, censées causer du tort à ceux qui ne partagent pas leurs convictions, et revendiquer pour les ****ocrates le droit au prosélytisme sous toutes ses formes ? Aujourd’hui, « l’ordre immoral » est en perte de vitesse. Le ministre de la scolarité du Gouvernement Jospin, par exemple, a rappelé vigoureusement la nécessité d’enseigner dès le primaire les rudiments de la morale.

Le droit à un environnement moral convenable, contrepartie du devoir d’éducation

Les parents ont des devoirs éducatifs. Ces devoirs, ils les ont d’abord vis-à-vis de leurs enfants, envers qui ils se sont engagés en leur donnant la vie. Mais ils les ont aussi, parallèlement, vis-à-vis de la société : ils ne doivent pas fournir à celle-ci, pour autant que cela dépende d’eux, des membres asociaux, des parasites ou des malfaiteurs. Certains ne manquent pas de rappeler ce devoir aux parents, et les menacent même de sanctions en cas d’échec : les propositions de suspension des allocations familiales en cas de délinquance juvénile en témoignent.

L'UNION DES FAMILLES a toujours dit que les parents sont engagés vis-à-vis de la société à faire de leur mieux pour élever leurs enfants. Mais elle rappelle fermement qu’une telle exigence de la part de la société serait illégitime si, de leur côté, les institutions représentatives de ladite société ne faisaient rien d’efficace pour créer un climat compatible avec l’éducation des enfants.

· Les parents ne peuvent pas s’employer à rendre leurs enfants respectueux des lois, à les détourner de l’usage de la violence, si dans le même temps l’apologie du crime et de la brutalité s’inscrit quotidiennement, sous des formes éventuellement déguisées, sur le petit écran.

· Les parents ne peuvent pas détourner leurs enfants de l’usage des drogues dites douces, propédeutique à l’extasy, à la cocaïne et à l’héroïne, si dans le même temps des ministres en exercice se vantent publiquement de fumer de temps à autre un « petit joint ».

· Les parents ne peuvent pas apprendre à leurs enfants le respect de l’autre dans la relation amoureuse si un matraquage permanent, parfois effectué à l’aide de l’argent du contribuable, présente systématiquement l’acte ***uel comme un simple moment de plaisir, que seuls les demeurés ne prennent pas avec n’importe qui[9], et pour lequel il faut seulement se munir d’un préservatif.

L'UNION DES FAMILLES milite en conséquence pour que la loi et la réglementation, sans déborder sur le domaine qui relève de la liberté personnelle de chaque citoyen, interdise le racolage public en faveur de comportements, de pratiques et d’opinions qui vont directement à l’encontre de ce que des parents responsables s’efforcent d’apprendre à leurs enfants. Il est normal d’interdire à des nostalgiques du régime nazi de proclamer urbi et orbi que les chambres à gaz n’existaient pas, car les citoyens, et notamment les plus jeunes d’entre eux, ont le droit de savoir à quelles horreurs peuvent aboutir le totalitarisme et le racisme[10]. Il n’est pas moins normal d’interdire aux exploiteurs de tous les vices d’en faire l’apologie à l’aide de budgets énormes, dans le but d’augmenter leur enrichissement, exactement comme certains industriels sacrifient l’environnement à leur intérêt financier.


L'EDUCATION, UNE RESPONSABILITE EXALTANTE
Il ne conviendrait pas de terminer ce rapport moral sur une note pessimiste. En dépit de toutes les difficultés qu’elle présente, l’éducation des enfants par leurs parents est une source de joies toujours renouvelées, une aventure merveilleuse, aussi enrichissante pour ceux qui donnent l’éducation que pour ceux qui la reçoivent.

Sans doute est-ce là ce que la plupart de ceux qui ont ou qui ont eu la chance d’élever des enfants ressentent le plus vivement : avoir eu des enfants, ou en avoir adopté, et vivre avec eux la grande aventure de la croissance, de l’avancée vers l’âge adulte, est merveilleux. Créer et développer est toujours exaltant : qu’il s’agisse d’une entreprise à monter et à faire fonctionner, d’un chantier à mener à bien, d’un livre à écrire, d’un tableau à peindre, d’un malade à guérir ou à stabiliser, d’un jardin à cultiver, l’homme s’accomplit à travers ses responsabilités. Mais le sommet de cet accomplissement ne s’atteint pas en dirigeant un pays ou une entreprise géante ; il est accessible à un beaucoup plus grand nombre, à travers la paternité et la maternité. Rien ne saurait se comparer à cet accompagnement d’un être depuis le début de sa vie jusqu’à son autonomie. Et lorsque cet être est « différent », que ce soit en raison d’un handicap ou d’une originalité qui le situe en dehors des « canons » en vigueur, l’amour des parents et de la fratrie est encore plus important : aimer l’autre dans sa personnalité propre, pour lui-même, c’est le cas échéant l’aimer dans sa différence.

La conjoncture, si peu favorable à la politique familiale, conduit à ajouter une dernière réflexion. Le fait que la responsabilité éducative des parents soit formidablement exaltante ne signifie en aucune manière que la société soit en droit de n’apporter aucune contrepartie économique à ceux qui l’exercent. A l’instar des chefs d’entreprise, les parents créent de la richesse, et il est normal qu’ils bénéficient d’une partie de la richesse ainsi créée. La joie ne fait pas bouillir la marmite. La responsabilité éducative a une dimension économique, elle est un service rendu à la collectivité, et à ce titre elle doit faire l’objet d’une juste contrepartie. Prétexter de l’épanouissement qui provient de l’exercice du « métier » de père ou de mère de famille pour refuser aux parents, ou à certains d’entre eux, des allocations familiales convenables, est un déni de justice. Le service éducatif a une valeur économique ; celle-ci doit être reconnue, et se traduire par des droits identiques pour tous les parents éducateurs.



[1] Interview titrée « il faut enseigner la morale et surveiller la télévision », paru dans Les Echos du 26 mars 1998.

[2] Dans un article « Peut-on préparer à des métiers qui n’existent pas encore? », Sociétal, n° spécial, avril 1998.

[3] La maïeutique désigne l’art de faire découvrir à l’autre des connaissances, de les lui faire réinventer, au lieu de les lui asséner de l’extérieur. Littéralement, c’est l’art de l’accoucheur.

[4] Sociologue allemand (1864 - 1920) célèbre notamment par son étude l’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme.

[5] Philosophe autrichien, réfugié en Grande-Bretagne pour fuir le nazisme. Il s’est rendu célèbre par ses travaux de philosophie des sciences, et aussi par sa réflexion sur les moyens d’éviter l’horreur totalitaire qui lui avait fait quitter sa patrie. La « société ouverte » est précisément celle qui possède des qualités l’immunisant contre nazisme et communisme.

[6] Il ne s’agit pas d’irresponsabilité au sens juridique du terme ; un jury peut les condamner, alors qu’il aurait acquitté pour irresponsabilité des personnes reconnues folles. Il s’agit d’un manque de responsabilité au sens où un parent se sent responsable de son enfant, estimant qu’il doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour qu’il vive, qu’il soit convenablement préparé à sa vie d’adulte, etc.

[7] Nous nommons ainsi, faute de mieux, ces dysfonctionnements psychiques ou/et relationnels qui se traduisent par des complexes, des inhibitions, des incapacités, des peurs, des incompréhensions, des blocages, et parfois même des haines.

[8] Célèbre pédiatre américain, dont les livres, traduits en de nombreuses langues, se sont vendus par millions d’exemplaires.

[9] Voir le livre de Jean-Claude Guillebaud, La tyrannie du plaisir, Le Seuil, 1997 : montrant que la jouissance obligatoire est un ordre immoral tout aussi répressif que l’ordre moral, J.C. Guillebaud, « écrivain qui, à gauche, possède tous les certificats de bonne conduite » (L’Expansion), et qui n’hésite pas à égratigner le Pape et les valeurs traditionnelles, remet en cause l’excès de permissivité de type soixante-huitard et préconise de « refaire famille ».

[10] Il serait sain d’étendre cette législation aux exterminations perpétrées par les régimes communistes, dont la sauvagerie fut comparable et l’ampleur, semble-t-il, encore supérieure. La dissimulation du Goulag pour « ne pas désespérer Billancourt » est la honte indélébile d’une fraction notable de l’i
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