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Revenir en arrière   Forums français Maroc > L'enseignement secondaire qualifiant > 2ème année > Il était une fois un vieux couple heureux
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Ancien 08/03/2018, 20h07
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texte 1

Un matin, on frappa à la porte et ce fut le Vieux qui alla ouvrir. Sa surprise fut-
tellement forte, en reconnaissant le visiteur, qu’il faillit en perdre la parole : c’était son vieil

 

 



ami de France qui revenait ici après bientôt trente ans d’exil total. Les salamalecs
interminables achevés, ils montèrent dans le petit salon, s’assirent l’un en face de l’autre
et s’examinèrent un bon moment.
- Tu n’as pas beaucoup changé, dit le Vieux. Tu es toujours aussi jeune et peut-être,
du côté des femmes, plus performant qu’un jeune. Mais comment as-tu fait pour venir,
Radwane ? Dis-moi quelle mouche t’a piqué.
- Il y a bien trente ans que je n’ai pas remis les pieds dans ce pays. Qu’y faire quand
on n’y a plus personne... à part toi, bien sûr? Je suis donc resté là-bas. Je suis français
comme tous les autres, marié, je paie des impôts et je vote – c’est démocratique. J’ai trois
enfants. L’un travaille avec moi dans l’agroalimentaire et les deux autres exercent des
professions libérales. Il y a un médecin et un avocat. C’est donc uniquement pour te revoir
que je suis revenu. J’ai pris un billet d’avion comme un touriste et me voici. Mais j’ai fait
expédier deux cartons pleins de bricoles pour toi par le car qui fait Paris-Tiznit. Ici, j’ai loué
une voiture. Je ne compte pas rester plus d’une semaine.
- C’est net et précis, dit le Vieux. Eh bien, tu déjeuneras ici.
- Oui.
- Et tu resteras jusqu’à demain.
- Non. J’ai des rendez-vous à Agadir. Tu recevras les cartons ici même. Le chauffeur
du car te les apportera en personne.
- Ah ! Quel plaisir de te revoir ! dit le Vieux. Tu bois encore du thé, au moins ?
- Bien sûr, mais je bois aussi du bon vin et de la bonne bière.
- À ce moment, la vieille épouse de Bouchaïb entra dans le salon.
- Tu reconnais notre visiteur ? lui demanda le Vieux.
Elle réfléchit un instant et dit :
- Non, vraiment, je ne le remets pas.
- Il y a tellement longtemps. Tu es tout excusée. C’est Radwane, notre ami de
France.
- Maintenant, je le reconnais. Je n’aurais jamais pensé qu’il reviendrait. Sois donc le
bienvenu, Radwane, tu es de la famille. Je vais vous préparer du thé et des friandises.
Elle s’en alla, puis revint avec ses ustensiles habituels. Elle s’installa assez loin des
deux hommes pour les laisser parler à l’aise, et elle commença à préparer la boisson. Le
chat renifla le visiteur, se frotta à sa jambe et retourna à l’oreiller qui était devenu sa litière.
- Ah ! Toi, par exemple ! dit Radwane. Tu es connu même à Paris. Il y a seulement
quelques jours, une radio berbère a parlé de toi. C’est peut-être ce qui m’a déterminé à
venir. L’animateur, que je connais bien, a donné un long extrait de ton épopée sur le saint.
Il a réussi à se procurer ton livre, c’est un crack ! Mais en as-tu, toi, de ces livres, ici?
- Oui, je t’en donnerai trois.
Il alla les chercher dans un coffre de bois peinturluré. Après les avoir feuilletés,
Radwane s’exclama :
- Ce sont des oeuvres d’art, mon vieux ! À Paris, ils coûteraient une petite fortune.
Qui a exécuté cette belle calligraphie ?
- Un élève de la medersa, dit le Vieux.
- C’est un virtuose, ce petit. Est-ce qu’on pourrait le voir ?
- C’est facile.
- Comme poète, tu te poses un peu là, dit Radwane. Ce que tu fais est sublime.
- Merci, mon ami. Mais parlons d’autre chose. Tu liras le livre à tête reposée.
Comment va la France ?
- La France va de moins en moins bien. Les jeunes chôment. Ils se droguent,
dealent, c’est-à-dire qu’ils vendent de la drogue pour en avoir à consommer eux-mêmes,


texte 2

Le Vieux voyait se découper dans le rectangle lumineux de la fenêtre ouverte la crête du massif montagneux et il se souvint des neiges qui le couronnaient avant les changements climatiques. « Tout change, en effet, tout évolue dans un sens ou dans l’autre, pensa-t-il. Moi aussi, du reste. Il n’y a qu’à regarder autour de soi pour constater que rien n’est jamais statique. Tu vois, même le chat a changé. Il a vieilli, lui aussi. Bientôt, il m’en faudra un autre, car je ne peux pas me passer de chat. Ces bêtes-là ne vivent pas assez longtemps. Dès qu’on commence à s’y attacher, elles crèvent. Mais cessons de divaguer ! Après le thé, j’irai rendre visite à l’imam. Je lui porterai un daces livres. Lui, au moins, sera content, car il est le véritable artisan de cette publication. Sans son aide, je n’aurais rien fait. Mon œuvre aurait sombré comme tant d’autres. Et pendant que j’y pense, je trouve Radwane fascinant. Il me comble d’objets modernes dont je ne sais que faire. Par exemple, ces stylos à feutre et à bille. Et même l’autre, à plume en or! Je n’écrirai jamais avec ces engins, moi. Pour rien au monde je n’abandonnerais mon porte-plume offert jadis par Khoubbane, mort sans postérité. Un de ces hommes du clan qui représentent le dernier chaînon de la lignée. Mais il y en a d’autres qui se reproduisent assez pour que le clan dure encore mille ans. Khoubbane ! Il m’apportait toujours des cahiers, des crayons de couleur et des biscuits quand il revenait au village, où il passait quelques mois pour voir s’il pouvait engrosser son épouse. Il prenait son temps, mais il ignorait qu’il était stérile. Il est mort sans le savoir, un soir à Safi, devant sa boutique où il prenait le frais après avoir dîné et fait sa prière. On l’a enterré là-bas. Sa maison se délabre à présent. Sa veuve est retournée chez elle. Elle s’est aussitôt remariée. Elle est mère de plusieurs enfants à l’heure qu’il est. Ah ! Cette femme ! Quelle douceur et quelle gentillesse ! N’étaient ces marques de variole sur le visage, elle aurait éclipsé les prétendues beautés dont on célèbre gaillardement les formes plantureuses. Mais elle a eu, enfant, cette maladie qui lui a laissé des trous dans la figure. Khoubbane s’en fichait, lui. Il aimait cette femme admirable. Et il n’aimait qu’elle, ce qui est formidable dans un pays où on aime toutes les femmes, pour la bagatelle. Il savait, lui, donner un sens à l’amour. D’autres, voyant qu’ils n’avaient pas d’enfants, auraient répudié l’épouse inféconde. Lui, non ! Un homme. Oui, c’était un homme. »

 

 

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